Uniformes n°272 sep/oct 2010
Uniformes n°272 sep/oct 2010
  • Prix facial : 6,95 €

  • Parution : n°272 de sep/oct 2010

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Régi'Arm

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 86

  • Taille du fichier PDF : 90,3 Mo

  • Dans ce numéro : le 8e chox à Dien Bien Phu.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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COLLECTION HISTOIRE D’UNE UNITÉ p Le fanion du 8 e Choc. 1er février où la « 2 » se heurte à des positions viets creusées à fl anc de colline en pleine jungle, à proximité de « Gabrielle ». Ces sorties offensives se succèdent durant la première quinzaine de février afin de mieux localiser l’adversaire qui excelle dans l’art du camouflage. Le général Cogny demande alors au PC du GONO de limiter ce type d’opérations trop coûteuses en vies humaines. La garnison perd ainsi définitivement l’initiative au moment où que les premiers obus viets s’abattent sur le camp. Citadelle assiégée Le 13 mars, c’est la fin de l’insupportable attente, l’ennemi se dévoile enfin pour réaliser l’impensable. Tenue par la 13 e DBLE, « Béatrice » est prise d’assaut en moins d’une heure après un matraquage en règle. C’est la stupeur dans les états- majors. Aurait-on sous-estimé le potentiel vietmih ? Le 15 mars au matin, c’est l’échec sanglant 18 UNIFORMES | COLLECTION gent de lourdes pertes à l’ennemi qui laisse plus de 300 hommes ainsi que de nombreuses armes sur le rain. Ce succès éphémère coûte la vie à ter- 3 paras du « 8 » alors que 36 autres sont blessés et défilent à l’infirmerie du médecin lieutenant Patrice de Carfort. Le 30 mars, les bo dois déferlent sur « Eliane 1 » et Dominique 1 et 2 » qui succombent. Le « 8 » est désigné pour contre-attaquer sur « Dominique 1 ». A la « 2 », le capitaine Pichelin n’a plus qu’un seul officier valide. Le PA est arraché aux viets après plus d’une heure de face à face sanglant mais le capitaine et tous ses chefs de section sont tués. Faute de renfort, la position doit finalement être abandonnée la rage au cœur. Pris en main par le capitaine Lamouliatte, commandant en second, les survivants de la compagnie, dont beaucoup sont blessés, sont aussitôt envoyés en renfort sur « Eliane 2 » sans plus de cérémonie. La section d’assaut qui vient de perdre son chef charismatique est réduite à moins de 15 hommes et placée aux ordres du sergent Franceschi. Les restes de la 2 e Compagnie sont ventilés dans les jours qui suivent à la « 3 » et à la « 4 ». Début avril, l’effectif est tombé à 394 hommes et les pertes s’accumulent chaque jour davantage. t Le sergent chef Pibouleau, (à droite, en veste camouflée peau de saucisson non modifiée et pantalon de saut modèle 1947 vert). Affecté pour son second séjour au 8 e BPC nouvellement créé au Tonkin en 1951 après un premier séjour au 2 e BCCP en 1948, Paul Pibouleau gagne 4 citations en moins de sept mois et obtient le grade de caporal chef. Nommé sergent en février 1953, il est cité une nouvelle fois dans le cadre de l’opération aéroportée sur Lang Son. Parachuté sur Dien Bien Phu en novembre, il est blessé le 28 mars 1954 mais poursuit le combat. Atteint une seconde fois le 1er avril 1954, il participe jusqu’au bout à la défense du PC du camp retranché. Il est alors mortellement blessé à son poste, il n’a pas 25 ans. Titulaire de 6 citations dont 2 à l’ordre de l’Armée, le sergent-chef Pibouleau, médaillé militaire, est fait chevalier de la légion d’honneur. Sousofficier le plus ancien au bataillon et le plus décoré, incarnant à merveille la devise du 8 e RPIMa « Volontaire », il est choisi en 1987 pour être le parrain de la 120 e promotion de l’ENSOA de Saint- Maixent. de la manœuvre montée pour soutenir le PA « Gabrielle » tenus par les tirailleurs algériens. Choix discutable, c’est le 5 e BPVN de Botella largué la veille qui a été désigné en soutien du 1er BEP et des Schaffee alors que le « 8 », qui connaissait parfaitement le terrain a été tenu hors du coup. Dès le lendemain, le 6 e BPC de Bigeard est parachuté en renfort afin de regonfler le moral de la garnison. Avec l’arrivée de « Bruno » dont Tourret a été l’adjoint lors de l’affaire de Tû Lé en 1952, tout redevient possible. Les jours passent et la situation se dégrade inexorablement, « Anne-Marie » est abandonnée sans combat par le 3 e Thaïs. Les batteries françaises s’avèrent incapables de museler l’artillerie vietminh qui bat de ses feux la piste d’aviation. L’asphyxie est dès lors programmée. Les évacuations sont vite rendues impossibles et le ravitaillement en vivres et en munitions se limite à des parachutages plus ou moins précis. De plus, les appuis aériens qui opèrent en limite de leur rayon d’action se heurtent à une DCA des plus efficaces. Le 22 mars, le 8 e BPC est envoyé au Sud en liaison vers « Isabelle », dangereusement isolée. Il est alors arrosé au mortier sur le chemin du retour après avoir découvert de nombreux emplacements de combat soigneusement aménagés mais heureusement vides qu’il a dû combler et piéger au passage. Le 25 mars, le bataillon reçoit pour mission de desserrer l’étau viet autour de « Dominique ». La « 3 » ouvre la marche, suivie de la « 2 » précédée de la section d’assaut du sergent Carré toujours en pointe. Les parachutistes font place nette mais perdent 15 tués et 57 blessés. Le 28 mars, les paras du « 8 » s’élancent avec leurs camarades du 6 e BPC pour mener un raid éclair contre la DCA vietminh à l’Ouest de « Claudine ». Soutenus par les blindés du capitaine Hervouêt, les bérets rouges arrivent au contact et infl i- q Insigne de la 120 e promotion de l’ENSOA. t Losange modèle 1945 de fabrication tailleur de sergent de la coloniale. Le « 8 » sur Epervier A partir du 2 avril débute le parachutage échelonné des compagnies du II/1 RCP venues se sacrifier aux côtés de leurs frères d’arme. Le 3 avril dans la soirée, la 4 e compagnie du lieutenant Desmons prend à revers les viets de la 312 qui attaquent « Huguette 6 » après une audacieuse progression à travers le drain qui longe la piste. Surpris, l’ennemi renonce jusqu’au lendemain où il est cette fois-ci stoppé par la 3 e compagnie du lieutenant Bailly. Le 8 s’installe sur « Epervier » dont « Dominique 4 »
q Le médecin du Bataillon Patrice de Carfort (en chapeau de brousse) rassemble les blessés après le saut sur Dien Bien Phu. Les deux parachutistes indochinois portent des tenues anglaises windproof, celui de gauche porte un pantalon avec poches latérales modifiées suivant le modèle du treillis TTA français et porte une casquette qui permet d’observer sur ce modèle l’absence d’élastique de serrage et de couvre nuque. t Revue « Combattant d’Indochine » en date du mois de mars 1954. En couverture, on reconnaît le sergent Carré de la 2 e compagnie du 8 e Choc. Il porte la casquette de l’unité et une Denison Smoke anglaise. Engagé en 1944 à 17 ans dans la Résistance, Armand Carré participe aux combats de la Libération qui le mène de la Normandie jusqu’en Alsace. Présent dès 1946 en Indochine, il sert avec le grade de caporal au 518 GT. Rengagé en 1949 chez les parachutistes coloniaux, il effectue un second séjour en Extrême-Orient au 1er BCCP avec le grade de sergent. Et gagne sa première citation. Prolongeant de 6 mois, il rejoint le 5 e BPC où il est à nouveau cité pour son courage et son sang froid. De nouveau en Indochine pour un troisième séjour en 1953, il est affecté en renfort au 8 e BPC. Il se distingue encore lors des opérations « Hirondelle » et « Brochet » avec la 2 e compagnie et gagne une nouvelle citation. Durant les combats de Dien Bien Phu, il prend la tête d’une section d’as- saut, toujours en pointe des contre attaques. Il tombe le 31 mars aux côtés du capitaine Pichelin lors de la reprise de « Dominique 2 ». Son corps est ramené par le sergent Franceschi et quelques survivants afin d’être enterré avec les honneurs, enveloppé dans une voilure de parachute. Il sera le parrain de la 192 e promotion de l’ENSOA. forme la partie la plus exposée. Dans les jours qui suivent les paras du 8 e Choc font face au lent grignotage mené par les divisions de Giap. C’est une guerre d’usure qui oppose maintenant les deux camps, sur fond d’ouverture de la conférence de Genève. Seuls, éreintés, les défenseurs vivent hors du temps. Le 12 avril, suite à une tragique méprise, l’aviation lâche plusieurs bombes sur les abris de la CA. Le 16 avril, le capitaine Tourret est élevé au grade de chef de bataillon à titre exceptionnel pour faits de guerre. Dans la nuit du 16 au 17 avril, la 4 e compagnie intervient et permet le décrochage de la colonne de ravitaillement pour « Huguette 6 ». Le 17 avril, l’évacuation du PA est décidée et menée de main de maître par le capitaine Bizard. Le même jour, la 1 re compagnie du « 8 » renforcée d’éléments du 2 e BEP nettoient au PM et à la grenade les tranchées creusées à quelques centaines de mètres au Nord d’« Epervier » par les « fourmis viets ». Durant la nuit, le capitaine Tourret suivi de la « 3 » et d’une compagnie du 5 e BPVN crée dans ce secteur un nouveau point de résistance baptisé « Opéra » afin de mieux couvrir le PC central. Plusieurs hommes sautent sur des mines et l’artillerie ennemie se déchaîne. Le lendemain, la « 4 » prend le relais. Le 20 avril, la 3 e compagnie intervient au niveau du drain entre « Epervier » et « Opéra » pour interdire le passage aux viets. Le corps à corps est violent. Dien Bien Phu n’est plus qu’un immense cloaque où l’héroïsme le plus pur trouve souvent son épilogue dans la mort. Le 24 avril, la compagnie Desmons est enfi n relevée à son grand soulagement et dès le lendemain, la 1 re compagnie stoppe une attaque frontale sur « Epervier ». Les défenseurs s’accrochent dans le fol espoir de voir déboucher prochainement la colonne Crèvecoeur (opération « Condor ») qui doit partir bientôt du Laos pour se porter à leur secours. Le 1er BPC est largué par compagnie dans les premiers jours de mai, et t Revue « Combattant d’Indochine » en date de septembre 1953. Ce para du « 8 » porte la Denison Smoke largement distribuée au bataillon en 1953. Sur son casque USM1 muni du filet de camouflage à petites mailles est fixée la boîte métallique du pansement individuel américain maintenue par l’élastique. aussitôt livré en holocauste sans modifier en rien le cour de la bataille. Envoyant en avant bataillon après bataillon, sans soucis de pertes, les viets enlèvent les derniers PA et débouchent sur la Nam Youm. Le 8 e Choc est alors dispersé un peu partout sur les « Elianes », on ne sait plus trop qui commande, mais la volonté de lutter demeure intacte. Les bérets rouges combattent farouchement, pour l’honneur, en héros anonymes. Au matin du 7 mai, le PA central et le PC sont cernés et les viets se préparent pour l’ultime assaut. Au 8 e Choc, les derniers tués répertoriés sont le sergent-chef Pibouleau et le caporal Fontaine, fi dèles à leur serment. Après avoir résistés jusqu’aux limites extrêmes, les parachutistes du « 8 » reçoivent, comme tous leurs camarades de la garnison, l’ordre de cesser le combat en fin d’après-midi. Un silence pesant s’abat alors sur le camp retranché couvert de dizaines de milliers de voilures abandonnées et d’où ne s’élève aucun drapeau blanc. Certains rêvent déjà d’évasion. Très peu y parviendront, tel le sergent Cuq après 14 jours d’une véritable odyssée solitaire à travers la jungle. Le 8 e Bataillon Parachutiste de Choc n’est plus. Disparu dans la tourmente, il est officiellement dissous le 19 mai 1954. Son fanion arbore alors 4 citations à l’ordre de l’Armée, fruits de trois années de combats et de sacrifices dans les rizières. Sur les 656 hommes qu’il comptait lors du déclenchement de la bataille de Dien Bien Phu, 141 ont été tués, 403 blessés et 12 déclarés disparus. Moins de cent survivront finalement à leur internement dans les terribles camps de prisonniers du vietminh. Remerciements : L’auteur et la rédaction tiennent à remercier l’Amicale du 8 e RPIMa ainsi que messieurs A. Ivanoff, V. Tarrius, E. Amaillon et B. Couval pour leur aide précieuse dans la réalisation de cet article. COLLECTION | UNIFORMES 19



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