Uniformes n°270 mai/jun 2010
Uniformes n°270 mai/jun 2010
  • Prix facial : 6,95 €

  • Parution : n°270 de mai/jun 2010

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Régi'Arm

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 86

  • Taille du fichier PDF : 79 Mo

  • Dans ce numéro : mai 40... la bataille de France.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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COLLECTION DÉCORATIONS p Marsouin français décoré de la Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs, de la Croix du combattant, de la médaille coloniale avec agrafes « Maroc » et « Maroc 1925-1926 » et enfin, bien sûr, de la médaille de la Paix du Maroc, portée après les décorations nationales comme il se doit. On notera que le ruban de cet insigne de fabrication espagnole est bien muni de la barrette-attache dorée traditionnelle de l’autre côté des Pyrénées. (Collection privée) dans un climat de tensions politiques, en supprimant toutes les décorations royales, suspend dès 1931 les attributions de la médaille de la Paix. Elles ne reprennent qu’à l’initiative du général Franco pendant la guerre d’Espagne (1936-1939), jusqu’à ce que le décret royal n°1040 du 1er août 2003 y mette définitivement fin. Une telle prolongation s’explique par le caractère héréditaire de cette médaille, dont certains descendants des ayantsture médiatique des opérations accomplies dans la région. Les Français, dont l’aide a été notoirement déterminante pour mater la rébellion rifaine, ne sont bien sûr pas oubliés. L’article 4 du décret de création leur est même entièrement consacré. Et celui-ci dispose que les militaires et marins 6 des forces armées françaises, ainsi que les fonctionnaires civils du Protectorat ayant participé à la pacification du Rif à partir du 1er juillet 1925, peuvent aussi demander ladite médaille. Tout comme il est prévu de l’attribuer aux négociateurs des accords militaires franco-espagnols de 1925-1926, à ceux des pourparlers d’Oudjda vainement entamés avec Abd el-Krim durant les hostilités, et aux personnels des formations sanitaires civiles françaises impliquées dans la guerre du Rif (cf. article 3). Mais à la différence notable de leurs homologues de la zone espagnole, ils sont tous exonérés des droits de chancellerie normalement perçus pour l’expédition des diplômes (cf. article 7) 7. Quoi qu’il en soit, afin de prévenir d’éventuels abus, le port des décorations étrangères n’est pas libre en France. Prenant acte des dispositions espagnoles, un décret du président Doumergue, signé le 3 avril 1930, vient donc autoriser collectivement les Français ainsi que les sujets marocains du Protectorat concernés à accepter la médaille de la Paix du Maroc. Mais pour légalement la porter réglementairement, encore leur faut-il en transmettre le brevet original par la voie hiérarchique à la Grande chancellerie de la Légion d’honneur, de manière à ce que celle-ci puisse y apposer gratuitement son visa après enregistrement. Ce texte n’est pourtant pas neutre, dans la mesure où il retient comme terme des opérations militaires ouvrant droit à la médaille une date moins tardive que la norme espagnole initiale : celle du 23 juillet 1927 8. Mais la Seconde République espagnole, proclamée B) Les variantes à couronne pleine Autre exemple de liberté prise avec le dessin officiel, certaines pièces comportent une couronne pleine. Dans le cas de la médaille de gauche – en bronze argenté et de belle facture –, c’est un choix délibéré du fabricant qui a aussi décidé de donner un aspect très bombé à ce symbole royal (parfois surchargé au revers de la mention mystérieuse « COLEGIO DE LA SALLE », tendant à confirmer l’origine espagnole de la fabrication). Mais en revanche, c’est à l’évidence contraint et forcé que le créateur de la seconde médaille a opté pour cette solution moins heureuse d’un point de vue esthétique. En effet, plate, non articulée et très légère, sa décoration aurait été fragilisée par une couronne ajourée. Mais quoiqu’apparemment fabriquée à l’économie, celle-ci présente un bon degré de détails et de finitions. (Collection privée) 32 UNIFORMES | COLLECTION 2) Les fabrications frustes Ces deux autres spécimens espagnols, plus plats, sont en métal léger à peine argenté. Ils proviennent du même atelier, bien que dotés de couronnes fort différentes – et d’ailleurs assez sommaires, puisque celle de droite ne masque même pas son articulation avec la colombe. Il s’agit sans doute des différents stades de la production d’un fournisseur bon ché, dont les médailles mar- sont plutôt mal finies. Leurs principaux traits caractéristiques résident d’une part dans le traitement du paysage marocain, très peu détaillé pour ne pas dire esquissé, et d’autre part dans la ponctuation finale du texte au revers par une petite fleur stylisée, sans équivalent sur les variantes identifiées à ce jour. (Collection privée) droit peuvent encore actuellement la porter 9 ! Cette possibilité – déjà exceptionnelle en droit espagnol et encore plus éloignée des conceptions françaises – n’a néanmoins jamais bénéficié aux Français, non expressément visés par ce dispositif. Le descriptif officiel La médaille de la Paix du Maroc, très symbolique, est décrite à l’article 2 de son décret de création : ovale, cou- 6) Moins connu, l’aspect maritime de la Guerre du Rif n’en est pas moins décisif : en 1925, c’est par un audacieux débarquement amphibie dans la baie d’Alhucemas que l’armée espagnole reprend pied de vive force au cœur du territoire rebelle avec l’appui de la marine française. Cette bataille, première du genre, aurait d’ailleurs inspiré les Alliés lors de la préparation de l’opération Overlord en 1944. 7) Différence de traitement habituelle en cas d’attributions internationales de décorations, et d’autant plus justifiée, en l’occurrence, qu’il est prévu d’affecter les fonds ainsi récoltés à la réalisation d’un grand projet patriotique : l’édification en Espagne d’un monument national commémorant les campagnes du Maroc de 1909-1927 (cf. article 1er du décret royal du 21 novembre 1927), lequel ne verra finalement jamais le jour. 8) À noter qu’en parallèle, pour commémorer les mêmes opérations, la France attribue la médaille coloniale avec agrafe « Maroc 1925 » (décret du 6 janvier 1926), « Maroc 1925-1926 » (décret du 30 décembre 1926) ou « Maroc » (décrets des 20 mai 1927 et 5 mai 1928) selon les périodes – les deux premières agrafes ne pouvant normalement se cumuler au terme d’une instruction du ministre de la Guerre en date du 13 janvier 1927. 9) Voir notamment en ce sens la circulaire royale du 8 mai 1928. 10) Cette patine bleue, en raison d’une mauvaise interprétation des textes par certains fabricants ou bien de la qualité médiocre de leur production, se rencontre sur une minorité de médailles.
leur de « fer acéré avec une patine bleu foncé 10 », elle mesure 37 millimètres de long sur 33 de large et est frappée en bas-relief. Deux branches d’olivier proéminentes épousent ses contours, étant réunies en leur sommet par un nœud que tient dans ses serres une colombe aux ailes déployées. Détachée du corps de la médaille, elle porte en son bec un rameau d’olivier chargé de fruits. Cette allégorie de la paix est surmontée de la couronne royale d’Espagne, dont le globe supérieur, orné d’une croix, est traversé par l’anneau de suspension destiné à accueillir le ruban de la médaille. Mis en valeur par les guirlandes d’olivier du pourtour, le jeton représente à l’avers, inscrit dans un croissant de lune islamique portant la légende « MARRUE- COS » [Maroc], le panorama d’un bourg marocain typique, dominé par son minaret et baigné par la lumière d’un soleil levant au nimbe radiant. En exergue au-dessus du paysage, les dates « 1909-1927 » et le mot « PAZ » [Paix] – en grandes lettres capitales – se détachent ostensiblement des rayons de soleil placés en toile de fond. Au revers, on peut lire un texte dithyrambique à la gloire de l’Espagne coloniale, disposé sur treize lignes : ESPAÑA, SIEMPRE DISPUESTA A TODA EMPRESA DE CIVI- LIZACIÓN UNIVERSAL, CONTRI- BUYÓ A LA DE MARRUECOS CON LA SANGRE PRECIADA DE SUS HIJOS Y CON EL ORO DE SUS ARCAS. EL TRIUNFO DE SUS ARMAS Y LA CULTURA DE SUS MÉTODOS SON LOS CIMIENTOS DE ESTA GRAN OBRA DE HUMANIDAD En voici la traduction : « L’Espagne, toujours prête à toute entreprise de civilisation universelle, a contribué à celle du Maroc avec le sang précieux de ses fils et avec l’or de ses coffres. Le triomphe de ses armes et la pertinence de ses méthodes sont les fondements de cette grande œuvre d’humanité. » Quant au ruban primitif, large de 32 millimètres, il est blanc moiré avec, de part et d’autre, une bande latérale de 10 millimètres aux couleurs espagnoles encadrées de vert foncé 11, symbolisant l’islam. Mais une circulaire royale est venue le modifier dès le 13 janvier 1928, diminuant de moitié la largeur des deux liserés latéraux, afi n de ne pas pénaliser les fabricants induits en erreur par une représentation erronée de la médaille et de son ruban, publiée au Bulletin officiel de la zone espagnole du Protectorat et dans le Recueil législatif de l’Armée espagnole. Une disposition n’a cependant jamais varié : celle prévoyant le port au centre du ruban d’une étoile chérifi enne métallique à six branches, constituée de deux triangles équilatéraux, égaux et superposés. La grande variété des fabrications L’Espagne ne disposant pas d’une manufacture étatique de décorations, il n’y a pas à proprement parler de modèle officiel de la médaille de la Paix du Maroc, mais seulement un dessin – du reste initialement inexact –, servant de référence commune aux fabricants intéressés par ce marché. Conséquence logique du recours à l’industrie privée, les récipiendaires doivent se procurer l’insi- 11) Dans les faits, une majorité de rubans présente des liserés d’un vert assez clair. 12) À titre d’exemple, le catalogue de l’année 1936 du fabricant français Delande propose cette médaille en taille ordonnance à 16 francs (soit un peu plus de 9 euros en monnaie constante), c’est-à-dire environ trois fois le prix d’une Croix de guerre en bronze ou encore la moitié de celui d’une médaille commémorative du Maroc en argent massif. III) Les productions françaises La provenance des variantes françaises étant mieux connue, il est plus judicieux d’en organiser la présentation en fonction de leur origine. A) Les fabrications d’Arthus-Bertrand Ces trois exemplaires de belle qualité sont immédiatement reconnaissables à l’épaisseur des chiffres des deux dates placées en exergue à l’avers, typique des fabrications d’Arthus-Bertrand. Réalisés en bronze argenté ou mat, ils portent chacun une couronne bien différente : petite et partiellement ajourée – à deux ou quatre ouvertures réduites –, ou bien plus volumineuse et complètement repercée. Pour l’anecdote, la médaille photographiée à gauche appartenait au général François, sous-chef d’état-major du commandement supérieur des troupes au Maroc durant la guerre du Rif. (Collection privée) B) Les fabrications de Delande Plus massives mais bien finies, ces variantes en bronze argenté dues au fabricant Delande présentent deux couronnes d’inspirations éloignées, dont le globe supérieur et la croix ressortent particulièrement – la couronne de droite étant de loin la plus grande de toute la série de variantes ici photographiées. Détail intéressant, l’un des deux rubans est paré d’un pentagramme non réglementaire, fantaisie d’un revendeur ou du titulaire traduisant l’évolution de l’emblème marocain sous l’influence française. (Collection privée) COLLECTION | UNIFORMES 33



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