Trois Couleurs n°94 septembre 2011
Trois Couleurs n°94 septembre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°94 de septembre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 132

  • Taille du fichier PDF : 17,3 Mo

  • Dans ce numéro : super Nanni... Moretti rhabille le pape.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Haut et Court Qu’est-ce qui a guidé vos choix de casting ? La notion d’harmonie. J’ai d’abord choisi Céline Sallette, puis je voulais que ma deuxième actrice s’accorde avec la première, etc. Je cherchais des parcours et des physiques différents : Alice Bagnol, par exemple, n’avait jamais joué auparavant. Malgré ces différences, je tenais à ce qu’aucune ne sorte du lot, à l’idée d’un collectif incarné. Je fonctionne beaucoup au son, à la voix : dans les scènes de groupe, il vaut mieux ne rien regarder et tout écouter. La plupart des personnages qui entourent vos prostituées sont joués par des cinéastes. Pourquoi ? Peut-être que tous mes films finissent par parler de cinéma… Ce sont des amis, des connaissances. Dans le rôle de la mère maquerelle, Noémie Lvovsky mêle dureté et bienveillance maternelle : elle met littéralement en scène les filles et les clients. Quant aux autres cinéastes, comme Jacques Nolot, Xavier Beauvois ou Pierre Léon, leur physique fait très 1900. 54 septembre 2011 La séquence finale a été reçue assez violemment à Cannes. Quelle est votre analyse ? Thierry Frémaux m’a dit qu’il avait beaucoup hésité à sélectionner le film en compétition à cause de cette scène. J’assume le débat : tout dépend de ce que l’on voit dans le plan. Céline Sallette dit « Je ne sais pas ce que je vais devenir », et on la retrouve cent ans plus tard, prostituée sur le périphérique. Je voulais expulser le spectateur par un retour au réel : il faut sortir de la matrice. Le numérique, utilisé pour cette séquence, le montre mieux que le 35 mm, qui est le format du reste du film. Le film est jalonné de très belles citations : « Les hommes ont des secrets mais ils n’ont pas de mystères. » Ou encore : « Si l’on ne brûle pas, comment les ténèbres éclaireront-elles la nuit ? » Un comédien lisait cette phrase en exergue d’une pièce de Pasolini, je l’avais notée il y a dix ans. L’idée de se consumer une dernière fois avant de s’éteindre est un peu romantique, mais j’assume. Le film, sous-titré Souvenirs de la maison close, témoigne d’une triple clôture : celle du bordel qui se meurt, du siècle qui s’achève, et d’une blessure qui cicatrise. Il y a l’idée de parler d’une décadence, de la fin de quelque chose que l’on n’a pas connu. Le souvenir, c’est aussi la trace, quelque chose d’un peu impressionniste. Je voulais qu’il n’y ait pas de surprise, que l’on assiste lentement à cette fin, au spectacle de cette pourriture magnifique. ♦ L’Apollonide, souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello Ave c : Céline Sallette, Hafsia Herzi… Durée : 2h02 Distribution : Haut et Court Sortie : 21 septembre Bande originale disponible le 15 septembre en édition collector (Blaq Out/Dissidenz)
Correspondances Film-palimpseste, L’Apollonide déploie, dans les entrailles de sa maison close, un vertigineux réseau de références. Bertrand Bonello commente pour nous les plus évidentes d’entre elles. Stanley Kubrick « Eyes Wide Shut est un chef-d’œuvre de maturité, c’est le plus grand film moderne sur le couple. Sa manière de faire dialoguer le corps et le cerveau m’a fortement marqué. » Victor Hugo « Pendant l’écriture du scénario, j’ai rêvé du film muet L’Homme qui rit de Paul Leni, adapté du livre de Victor Hugo. Très vite, le personnage défiguré de la « femme qui rit » est devenu la colonne vertébrale du récit de L’Apollonide. Elle fait penser au Joker de Christopher Nolan, lui-même inspiré par Hugo. J’aime les corps abîmés, leur manière de contaminer le récit – j’avais d’ailleurs écrit un film autour d’une greffe de visage, que je n’ai jamais pu réaliser. » Lee Moses « Initialement, je voulais insérer des chansons de chanteuses folk américaines pour casser quelque chose de trop français dans le son des voix. Finalement, l’énergie vitale de la soul de Lee Moses fonctionne bien, comme lorsque Pasolini utilise du gospel dans la B.O. de L’Évangile selon Saint Matthieu. » Vénus noire « J’ai vu le film d’Abdellatif Kechiche après le tournage de L’Apollonide : on a les mêmes références historiques, mais Vénus noire parle du racisme plutôt que de la perversion. C’est un drôle d’objet, j’adore l’idée qu’il a du film, son scénario est splendide, même si l’ensemble manque selon moi de dialectique et de contrepoint. » L’Apollonide Joris-KarlHuysmans et Marcel Proust « L’atmosphère décadente et fin de siècle d’À rebours m’a beaucoup marqué, de même que certains passages de Proust, qui racontent les détails de la vie d’un bordel en 1900 : un décor, une lampe, un geste – comment les filles se brossaient les dents après un client, par exemple. » Les peintres impressionnistes « On a beaucoup regardé les tableaux qui se passent dans des maisons closes pour la texture des murs et le décor, car il y existe peu de photos de bordels, et elles sont en noir et blanc. Pour la lumière, on s’est demandé comment éclairer : 1900, c’est l’arrivée de l’électricité. On a décidé que plus on montait dans les étages, moins il y aurait d’électricité. » João César Monteiro « Le premier film que j’ai vu de lui, c’était La Comédie de Dieu, un mélange hallucinant de trivial et de poésie, je ne comprenais pas du tout ce que je voyais. Le sous-titre de L’Apollonide fait probablement référence à l’un de ses films, Souvenirs de la maison jaune. » La Petite « Ce que je trouve très beau dans le film de Louis Malle, c’est le choix de donner le point de vue principal à l’enfant. Les prostituées y apparaissent d’abord comme des femmes, des grandes sœurs, des mères. On les voit prendre le petit déjeuner, prendre un bain, cohabiter. Le film est totalement débarrassé de son aspect sulfureux. » Charles Baudelaire « Pour la sensualité mêlée d’effroi, l’archétype du dandy qui peut tout se permettre, débarque avec une panthère et prend des bains de champagne. » John Cassavetes « Je voulais donner une patine sixties au film. Les photos en noir et blanc qui scandent le générique d’ouverture découlent en partie de mon admiration pour Faces de Cassavetes : des filles qui rigolent, décoiffées, avec de la fumée qui diffuse les visages. » www.mk2.com 55 Haut et Court



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