Trois Couleurs n°176 février 2020
Trois Couleurs n°176 février 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°176 de février 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 37,8 Mo

  • Dans ce numéro : chaud biz, après la Hadopi, l'Arcom.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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BOBINES 4 cinéma paranoïaque des années 1970, comme Les Hommes du président d’Alan J. Pakula, avec la superbe photographie de Gordon Willis. C’est intéressant parce qu’à chaque fois que je le vois, alors même que je connais la fin, que je sais que des journalistes ont tenté de révéler la corruption du gouvernement américain et que ça a mené à la démission du président Nixon, je sens la menace qui plane, j’ai l’impression que les systèmes de pouvoir auraient pu gagner. C’est dire à quel point le film permet de saisir les forces d’aliénation et d’oppression à l’œuvre dans cette affaire ! J’aime aussi beaucoup, parmi les productions des années 1980, Le Mystère Silkwood de Mike Nichols et, dans un style totalement différent, Révélations de Michael Mann, pour les années 1990. Ce sont des films sur des lanceurs d’alerte qui vous laissent sur une note incertaine, un sentiment de malaise, contrairement à un Erin Brokovich et sa conclusion très optimiste – on sait que le problème est réglé, on en sort confiant. Ça me plait aussi, les films qui mettent les spectateurs face à des questions et des problèmes tout en parvenant à convier « La révolution doit avoir lieu en dehors du film, dans le monde réel. » un sentiment d’empowerment par le biais de la mise en scène. J’ai beaucoup regardé et analysé tout ça pour trouver comment équilibrer mon propre film. Dark Waters m’a vraiment fait penser à votre film Safe, dans lequel une riche femme au foyer développe une mystérieuse allergie à tout ce qui l’entoure et se retrouve de plus en plus isolée. Il s’agit, ici aussi, de montrer comment la révélation d’une catastrophe Todd Haynes sur le plateau de Dark Waters EN COUVERTURE PARTICIPANT & KILLER FILMS 28 Mark Ruffalo sanitaire peut modifier les liens entre les gens, souder et dessouder des communautés… Le film raconte l’histoire de quelqu’un qui fait appel à un avocat, dans une tentative désespérée de trouver des outils légaux pour s’attaquer à une entreprise énorme et surpuissante, de franchir les barrières légales qui protègent des produits chimiques non réglementés – bref, quelqu’un qui cherche à divulguer des choses énormes. Ce que je trouve captivant, c’est que ça montre comment une poignée d’individus se retrouve progressivement isolée. À la base, Robert Bilott franchit une barrière symbolique en acceptant de défendre un fermier. Il tente aussi de rassembler des représentants de la loi autour de cette affaire, comme le patron de son cabinet, joué par Tim Robbins. Il rassemble une communauté et s’engage à la mener vers un changement social. Mais c’est là qu’on prend conscience de la manière dont les idées peuvent être dévoyées dès lors qu’on s’en prend à des forces aussi puissantes. Les citoyens sont stigmatisés, violemment repoussés. Voir le monde comme un système où l’union fait la force ne permet pas
forcément de s’en libérer. Regardez ce qui se passe quand les gens tentent de lutter, quand ils deviennent une menace pour les pratiques individuelles… De ce point de vue, le dernier acte du film est extrêmement douloureux. Presque toutes vos œuvres se situent dans le passé  : votre minisérie Mildred Pierce dans les années 1930, Loin du paradis et Carol dans les années 1950, Velvet Goldmine dans les années 1970… Qu’est-ce qui vous intéresse autant dans le fait d’explorer des époques révolues ? C’est pour mieux parler d’aujourd’hui ? Oui. Je trouve que ça fait une vraie différence quand on met un cadre sur une histoire. Ça permet aux spectateurs d’être plus attentifs, de se faire leurs propres interprétations, d’établir des liens avec leur propre quotidien. Je cherche à atténuer les différences entre hier et aujourd’hui, en rappelant aux spectateurs que c’est quelque chose que je mets en place pour qu’ils puissent s’investir émotionnellement, mais que ça ne doit pas les empêcher de réfléchir, de s’interroger. PROPOS RECUEILLIS PAR TIMÉ ZOPPÉ —  : g « Dark Waters » de Todd Haynes, Le Pacte (2 h 07), sortie le 26 février — DARK WATERS 29 Dans les films de Todd Haynes, le motif de la maladie contamine souvent le récit. Mais les pathologies qui touchent ses personnages apparaissent surtout comme la manifestation somatique du poids de toute une société elle-même patraque. SUPERSTAR. THE KAREN CARPENTER STORY (1988) Haynes réalise un biopic de la chanteuse des Carpenters, un groupe seventies cheesy, en faisant jouer tous les personnages par des poupées Barbie. Avec ce parti pris étonnant, il sonde la face sombre de leurs chansons inoffensives, dénonçant la pression conformiste que l’industrie musicale a exercée sur le corps de Karen Carpenter, morte des suites de son anorexie à 32 ans. POISON (1991) Dans son article « AIDS and new queer cinema » (2004), la théoricienne Monica B. Pearlindique que la discontinuité de cette adaptation en trois parties de Jean Genet épouse la narration rétrovirale du V.I.H. – il s’attaque au système immunitaire lui-même. Une stratégie queer visant à contrer les représentations stigmatisantes des malades. SAFE (1996) Todd Haynes ausculte la dégradation physique et mentale de Carol White (Julianne Moore), bourgeoise de Los Angeles prise soudainement de maux étranges et très inquiétants. Haynes reste flou sur l’origine de sa maladie, mais on y voit une satire sur le climat aseptisé et suffocant de l’American way of life. 404:1 DOCTEUR HAYNES IR 11 11 111. 411Ir 1 LOIN DU PARADIS (2002) Dans le Connecticut des années 1950, Cathy Whitaker (Julianne Moore) découvre son mari en train d’embrasser un homme, à l’époque où être gay est envisagé comme une maladie… Todd Haynes montre à la fois la violence de la médecine et celle des qu’en-dira-t-on, qui empêchent ses personnages de vivre librement. QUENTIN GROSSET



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