Trois Couleurs n°175 déc 19/jan 2020
Trois Couleurs n°175 déc 19/jan 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°175 de déc 19/jan 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 132

  • Taille du fichier PDF : 17,8 Mo

  • Dans ce numéro : les règles de trois de Bertrand Tavernier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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BOBINES INTERVIEW DU CŒUR À L’OUVRAGE À 88 ans, il vient de publier Ateliers, un livre dans lequel il narre avec passion et malice des morceaux de sa vie ahurissante. Jean-Claude Carrière, romancier, dramaturge et coscénariste de Luis Buñuel, Jonathan Glazer, Pierre Étaix ou encore Volker Schlöndorff, nous a ouvert les portes de son hôtel particulier à Pigalle. Un endroit aussi chargé d’histoire que lui, idéal pour revenir sur la carrière sans pareille de cet inépuisable et sémillant créateur. 54
Au JEAN-CLAUDE CARRIÈRE sud de Pigalle se niche une cour à la végétation luxuriante, havre de paix protégé de l’agitation des rues commerçantes alentour. Pas étonnant qu’on y trouve la maison de Jean-Claude Carrière, lui qui a besoin de tranquillité pour écrire. Pour écrire, mais pas pour vivre  : à peine nous a-t-il accueillies, s’excusant de ne plus être véloce à cause de son arthrose, qu’il est déjà en train de crapahuter dans toutes les pièces pour trouver l’endroit où notre photographe pourrait tirer son portrait – et aussi, on le devine, pour le plaisir de nous raconter des histoires. Sa demeure ? Une ancienne maison close qui a abrité, au dernier étage, l’atelier de Toulouse-Lautrec. Sur le palier, Carrière s’arrête, prend la pose  : « Jeanloup Sieff est venu un jour, il a pris une unique photo de moi ici, et il est reparti. Elle était bonne. » Les souvenirs remontent de partout  : dans l’entrée, son portrait en bleu, peint par son ami Julian Schnabel ; dans le salon, celui, majestueux, de son épouse, la femme de lettres iranienne Nahal Tajadod ; le petit carlin qui s’agite entre nos pieds est prénommé Angie, en hommage à sa grande amie Angie Dickinson (actrice dans Pulsions de Brian De Palma, 1981) ; dans le vaste escalier d’architecte, au centre, il repense à son amitié avec Robert Doisneau, qui l’y a tant photographié ; dans son bureau au sous-sol, une photo légendaire  : lui, Luis Buñuel, George Cukor, Alfred Hitchcock, William Wyler, Billy Wilder, entre autres… (« Aujourd’hui, l’original vaut une fortune. Jamais ces gens ne s’étaient tous réunis, c’était l’Olympe ! ») ; un vestibule dont les murs sont recouverts de masques et de peintures mexicains le lance sur ses innombrables voyages avec Buñuel. Un intérieur à l’image de Jean-Claude Carrière  : foisonnant, généreux, qui attise la curiosité sans jamais se départir d’un humour et d’une joie de vivre hors du commun. Vous n’êtes pas fatigué ? Ah ! mais dès que vous serez partie, je serai au boulot ! J’adore ça. Quand je suis malade, grippé, fatigué, je me mets devant l’ordinateur et ça y est, je vais mieux. Comment avez-vous découvert le cinéma, enfant ? Je suis de l’origine la plus modeste possible, la toute petite paysannerie qui ne peut plus vivre aujourd’hui. Quand j’avais 8 ou 9 ans, mes parents m’ont emmené voir un film de Marcel Pagnol près de mon village de l’Hérault. J’ai été fasciné de découvrir des images en mouvement. Chez moi, il n’y avait pas une image et pas un livre, 55 et j’ai finalement passé ma vie dedans… Pendant la guerre, grâce à mon institutrice, j’ai décroché une bourse qui a permis de me mettre dans un collège religieux. On avait le cinéma tous les dimanches, que des films français et allemands. J’ai vu ceux de Fritz Lang, ça a été un choc. J’ai revu Metropolis dix fois par la suite. En avril 1945, mes parents ont dû venir gérer un café à Montreuil-sous-Bois ; la guerre se terminait le mois suivant. Tout le cinéma américain a débarqué. C’était aussi l’année des Enfants du paradis – on le connaissait par cœur –, et je me suis tout de suite inscrit à la Cinémathèque. Vous avez réalisé quelques courts métrages, mais jamais de long. Pourquoi ? Parce qu’au moment où vous devenez metteur en scène de cinéma, vous ne pouvez plus rien faire d’autre. Ni écrire de livres – vous ne serez pas considéré comme un écrivain –, ni de pièces de théâtre, ni de chansons. Bon, j’ai tout de même coréalisé un court métrage qui a eu l’Oscar en 1962, Heureux anniversaire, avec Pierre Étaix – à l’époque, je ne savais même pas ce qu’était un Oscar. À 20 ans, j’étais normalien, tout me destinait à l’enseignement. Vers 25 ans, ma vie a été coupée  : vingt-neuf mois de service militaire, la moitié en Algérie. Au moment où on a la plus grande vitalité… Je suis revenu, j’avais presque 30 ans. C’est avec Étaix que j’ai redémarré. Vous avez commencé le cinéma dans un registre comique burlesque avec Étaix et Jacques Tati. Ça vous a manqué par la suite, cette forme d’humour ? Oui, je la garde au cœur. Les années 1920 du cinéma américain, le slapstick, c’est peut-être ce qu’il y a de plus beau dans l’histoire du cinéma. Étrangement, cette décennie correspond exactement au Surréalisme. Après la guerre de 1914-1918, il y avait un bouleversement du monde, quelque chose de commun. Après la Seconde Guerre mondiale, André Breton pleurait en se demandant « Comment peut-on encore scandaliser après Auschwitz ? » C’est allé tellement loin que toute espèce de provocation estudiantine paraissait ridicule, à côté. Dans votre livre, vous revenez sur le contexte de la création. Des voyages partout, des lieux mystérieux et isolés, de longues promenades… À quel point le cadre compte dans votre écriture ? Beaucoup. La solitude, ne pas être distrait par des visiteurs… J’ai toujours écrit 4 BOBINES



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