Trois Couleurs n°174 novembre 2019
Trois Couleurs n°174 novembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°174 de novembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 14,9 Mo

  • Dans ce numéro : révélations...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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BOBINES Alexis Langlois esquisse un paysage imaginaire artificiel et excessif, très loin de tout ce qui se fait en France. des Souffleurs, buvant de la Heineken, en train de parler des théories féministes radicales de Monique Wittig, Judith Butler, Paul B. Preciado à trois heures du mat’, ajoute Alexis Langlois. Mais je ne sors plus, je suis trop vieille ! » FROUFROUS ET PACOTILLE « Alexis n’a peur de rien. Pas peur de faire déborder l’écran, le make-up, les couleurs. Pas peur de porter la marge en étendard et de s’en faire une robe de bal sublimement rapiécée. » Ces mots que nous a envoyés le cinéaste YannGonzalez, un fan, disent bien en quoi l’univers de Langlois est unique, se raccrochant peut-être aux chantres (très rares) de l’immodération formelle en France  : Jacques Demy, Paul Vecchiali, Marie Losier, Gonzalez lui-même… Cette griffe-là, elle lui vient d’un paquet d’inspirations qui, dans ce qu’elles proposent de reconfiguration rêvée des genres et des sexualités, de réérotisation du monde aussi, font écho aux nuits queer qu’il passe avec sa bande. En premier lieu Jack Smith et l’orgie en fusion de son Flaming Creatures (1963) dont on retrouve EN COUVERTURE LES FILMS DU BÉLIER Aurélien Deseez, Carlotta Coco et Raya Martigny dans À ton âge le chagrin c’est vite passé (2016) des réminiscences dans Fanfreluches et idées noires. Langlois se passionne aussi pour un cinéma ornemental, surchargé de froufrous et de pacotille, qui a finalement très peu influencé les Français. À la fac, il rédige ainsi un mémoire sur Magdalena Montezuma, égérie de l’œuvre furieusement lyrique de Werner Schroeter, avec un sous-titre en guise de programme  : « L’artifice comme source de vérité. » Il écrit également des lettres enflammées à Ingrid Caven, autre figure au charme opératique des films du cinéaste dandy. « Je lui confiais qu’elle avait fait partie de ces deux familles de cinéma – Schroeter, Fassbinder – que j’adore, et que je voulais qu’elle intègre la mienne comme pour faire un lien. Elle m’a appelé. Elle m’a dit qu’elle ne voulait plus être filmée, mais qu’elle voulait qu’on se rencontre. Ça ne s’est jamais fait. » On retrouve surtout cet esprit suranné et décadent dans les premiers films érogènes d’Alexis Langlois, autoproduits et expérimentaux. Des courts qui s’avancent comme des cérémonies incantatoires emphatiques, invoquant on ne sait quel démon. Dans Mascarade (2012), des apollons Nana Benamer dans De la terreur, mes sœurs ! Félix Maritaud et Justine Langlois dans De la terreur, mes sœurs ! 30 LES FILMS DU BÉLIER
ALEXIS LANGLOIS nus et épileptiques paraissent possédés, tandis qu’une reine drag grimaçante trinque à la pisse dans des calices aux pierreries mirifiques. Dans Je vous réserve tous mes baisers (2014), un trio d’innocents fardés se perd dans la violence d’une nuit tentaculaire. Les danses tribales se frottent alors aux attitudes lascives et thugs des clips de rap hardcore. Pris sous l’aile d’Aurélien Deseez, producteur aux Films du Bélier, ses films vont ensuite évoluer grâce à plus de moyens et à un cadre d’écriture. Le style toujours foufou se fait plus volontiers bouffon et grotesque, dans la lignée trash et intense des beaux diables John Waters et Gregg Araki, dont il apprécie la veine carnavalesque, jouant sur les codes de la féminité et de la masculinité à travers des corps protubérants rendus glamour. « Son style tranche. Les gens qu’il choisit ne sont pas ceux qui valident les critères de beauté vus et revus du cinéma français actuel », avance Nana Benamer. Quant à l’impression d’abondance, de prolifération qui règne dans ses films, elle laisse bizarrement le champ libre à une mélancolie sourde. Ainsi, dans À ton âge le chagrin c’est vite passé (2016), sa DREAMACHINE PRODUCTIONS comédie musicale camp, une ado se morfond dans le spleen après une rupture. Le film évoque d’abord les ambiances sucrées de Demy, rendues contemporaines à coups de lyrics gangsta et d’une narration libre mimant la navigation aléatoire sur les applis. Mais le titre est aussi un hommage à un dialogue du documentaire Les Années 80 (1983) de Chantal Akerman. De la cinéaste belge, le réalisateur retient la tristesse diffuse et stagnante, qui rejoint d’ailleurs un peu la sensibilité emo du clip Lace Dress qu’il vient tout juste de réaliser pour le musicien affilié à l’internet-wave Lëster. À BAS LE CIS-TÈME En 2019, Langlois déboule avec De la terreur, mes sœurs !, court métrage en surrégime, revenge movie musical et parfois gore, qui constitue pour nous le Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! (film culte de Russ Meyer sorti en 1965) des années 2020. Quatre copines trans (Nana Benamer, Naelle Dariya, Raya Martigny et Dustin Muchuvitz) disent « À bas le cis-tème » et se rebellent, dans des saynètes fantasmées, contre les insultes, l’objectivation, les brimades, la violence. Le film, politique dans son ton, n’hésite pas à amplifier son côté cartoon, comme l’observe Justine Langlois, qui, avec Félix Maritaud, joue un duo de méchants transphobes façon Team Rocket dans Pokémon  : « Alexis m’a fait porter des talons immenses, et j’ai dû courir avec. Il m’a en plus scotché les genoux pour que ma démarche soit ridicule, burlesque. Ça m’a agacée, et ça a créé la violence nécessaire à une scène. » Avec panache, Langlois déconstruit la rhétorique transphobe, la faisant apparaître dans ce qu’elle a de terne, de répétitif, d’étriqué. Dans une stratégie d’empowerment, il lui oppose des récits de vengeance inventés par ses héroïnes douées d’un imaginaire vaste et débridé. « Le cinéma cis est terroriste ! » clame alors Kalthoum (Nana Benamer), DE LA TERREUR Si on avait vaguement entendu parler de transidentité dans les années 1930 avec les premières chirurgies de réattribution sexuelle, ce n’est qu’à partir des émeutes de Stonewall, en 1969 à New York (un raid de la police dans un bar gay ayant provoqué la rébellion de toute la communauté), que le militantisme LGBT a véritablement éclos. Cinquante ans plus tard, la visibilité des trans est encore réduite et sélective. Le meurtre par balle de Vanesa Campos, trans prostituée sans-papiers d’origine péruvienne, en août 2018 au bois de Boulogne, a provoqué peu d’émoi dans la presse, tout comme les centaines d’autres perpétrés chaque année dans le monde – l’association Transgender Europe en a recensé 325 au cours de l’année 2016-2017. L’agression filmée et partagée sur les réseaux sociaux de Julia Boyer à Paris fin mars a davantage remué la France, permettant à cette jeune femme trans d’avoir, pour une fois, voix au chapitre dans les médias. Une visibilité qui devrait, on l’espère, finir par ouvrir la voie à des revendications comme le changement d’état civil libre et gratuit, sans homologation par un juge, l’application de la dépsychiatrisation (qu’aucun certificat psychiatrique ne soit demandé lors des démarches administratives et médicales) et l’ouverture de la PMA aux trans. T. Z. 31 BOBINES



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