Trois Couleurs n°173 octobre 2019
Trois Couleurs n°173 octobre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°173 de octobre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 120

  • Taille du fichier PDF : 13,8 Mo

  • Dans ce numéro : Xavier Dolan vu par sa bande.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 60 - 61  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
60 61
ZOOM ZOOM LES FILMS DU MOIS À LA LOUPE AU BOUT DU MONDE Reporter pour une émission populaire au Japon, Yoko est envoyée en Ouzbékistan avec son équipe de tournage. Dans ce pays dont elle ne connaît ni la langue ni les coutumes, elle va de rencontres ratées en déambulations hasardeuses, perd son chemin et ses certitudes. Avec Au bout du monde, Kiyoshi Kurosawa déplace sa quête de l’étrangeté dans le réel et signe l’un de ses plus beaux films. cinéastes japonais de sa génération, Des que l’on regroupe parfois sous le nom d’« école super 8 », Kiyoshi Kurosawa est celui qui a su le mieux s’affranchir des codes du cinéma de genre. Tandis que Hideo Nakata (Ring, Dark Water) reste assimilé à la J-Horror et Shin’ya Tsukamoto (Tetsuo, Bullet Ballet) au cyberpunk, le natif de Kobe a construit en une vingtaine d’années une œuvre libre et foisonnante, s’imposant comme un auteur qui compte sur la scène internationale. Sans doute parce que, chez lui, le fantastique, le thriller, la sciencefiction sont toujours détournés de leur fonction première (faire peur, divertir), vidés de leurs effets commerciaux (la frénésie laisse place à la contemplation), utilisés comme prétextes pour éclairer les drames humains et sociaux. Il a d’ailleurs prouvé qu’il pouvait s’en passer  : ses meilleurs films sont ceux qui s’approchent le plus du cinéma traditionnel, réaliste, comme Tokyo Sonata (2009) et Au bout du monde. On retrouve dans ce dernier le thème central de ses œuvres précédentes, Avant que nous disparaissions et Invasion (2018)  : le sentiment d’être étranger
au monde, à l’autre, à soi-même. Sauf que, ici, pas d’envahisseurs venus d’une autre planète, mais une animatrice de télévision japonaise envoyée en Ouzbékistan. Face à cette culture dont elle ignore tout, Yoko se montre à la fois intrépide (elle part seule, à pied, dans des rues où elle finit par s’égarer) et craintive (elle fuit dès qu’on lui adresse la parole). C’est ce décalage que filme Kurosawa, suivant les impératifs du tournage dans le film, dans une suite de scènes tragicomiques (Yoko va pêcher, Yoko mange dans une cantine populaire, Yoko fait du manège) desquelles l’héroïne sort rarement grandie, mais dont l’accumulation dessine peu à peu un chemin initiatique. Ce qu’elle est venue chercher, et qui l’empêche de reculer, c’est une altérité totale, douloureuse, qui révèle son absence à elle-même et l’oblige à trouver sa voie. En tournant le dos au surnaturel, Kurosawa éclaircit sa vision  : les aliens existent déjà, sur notre planète, ils nous ressemblent et ne nous veulent, souvent, aucun mal. À chacun de traverser les frontières, géographiques et mentales, pour aller à leur rencontre. MICHAËL PATIN FILMS 61 Au bout du monde est l’un de vos rares films échappant au cinéma de genre. Cela change-t-il votre approche ? Dans les films de genre, il y a toujours deux réalités qui se succèdent et se répondent  : celle dans laquelle vit le personnage au quotidien, et celle de l’inconnu qui vient menacer ce quotidien. Dans Au bout du monde, au contraire, on suit l’héroïne du début à la fin, sans avoir accès à ce qui se passe à l’insu de son regard. Ce qu’elle ne sait pas, je ne le montre pas. C’est une manière différente de raconter une histoire. Dans le film, ce n’est pas la culture ouzbèke qui est menaçante, mais l’héroïne qui se sent menacée. Faut-il y lire une critique de la société japonaise ? Je n’emploierais pas forcément le mot de critique, et je ne pense pas que ça ne s’applique qu’aux Japonais. Généralement, quand on se retrouve face à un peuple dont on ne comprend pas la langue, notre première réaction est d’éprouver de la peur, voire de l’hostilité. Comment aller vers l’inconnu ? Comment dépasser cette angoisse ? C’est une question qui me taraude en tant qu’homme et cinéaste. L’autre question que formule Yoko dans le film, c’est  : « Que désires-tu vraiment ? » Vous doutez toujours quand vous tournez ? Cette réplique n’était pas dans le scénario, elle m’est venue en tête juste avant de filmer la scène. On était au milieu du tournage, et je commençais à me demander ce que je faisais là, dans ce cadre si différent de celui que je connais à Tokyo. Inconsciemment, je l’ai fait dire au personnage. Sur un tournage, je ne dois surtout pas révéler mes doutes aux acteurs et aux techniciens. Mon boulot, c’est de rassurer tout le monde. —  : de Kiyoshi Kurosawa Eurozoom (2 h), sortie le 23 octobre — 3 QUESTIONS À KIYOSHI KUROSAWA FILM PARTNERS UZBEKKINO



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 1Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 2-3Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 4-5Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 6-7Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 8-9Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 10-11Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 12-13Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 14-15Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 16-17Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 18-19Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 20-21Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 22-23Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 24-25Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 26-27Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 28-29Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 30-31Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 32-33Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 34-35Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 36-37Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 38-39Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 40-41Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 42-43Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 44-45Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 46-47Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 48-49Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 50-51Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 52-53Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 54-55Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 56-57Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 58-59Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 60-61Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 62-63Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 64-65Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 66-67Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 68-69Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 70-71Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 72-73Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 74-75Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 76-77Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 78-79Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 80-81Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 82-83Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 84-85Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 86-87Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 88-89Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 90-91Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 92-93Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 94-95Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 96-97Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 98-99Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 100-101Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 102-103Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 104-105Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 106-107Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 108-109Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 110-111Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 112-113Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 114-115Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 116-117Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 118-119Trois Couleurs numéro 173 octobre 2019 Page 120