Trois Couleurs n°173 octobre 2019
Trois Couleurs n°173 octobre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°173 de octobre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 120

  • Taille du fichier PDF : 13,8 Mo

  • Dans ce numéro : Xavier Dolan vu par sa bande.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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BOBINES Ce personnage de don Juan est à l’opposé des héroïnes passionnées et tragiques que vous avez jouées avec Christophe Honoré, comme dans Non ma fille tu n’iras pas danser ou Les Bien-Aimés. C’est aussi un clin d’œil à votre père, Marcello Mastroianni, qui a été catalogué « latin lover » après La dolce vita, en 1960… Oh oui, il détestait ça, il trouvait ça super vulgaire. Du coup, il a voulu prendre le contrepied, et c’est une des raisons pour lesquelles il a décidé de faire Le Bel Antonio en 1961, qui était l’histoire de cet homme très beau mais impuissant qui n’arrive pas à honorer sa femme – jouée par Claudia Cardinale. Mais ça lui a collé à la peau longtemps, et jusqu’à la fin ça le mettait vraiment en rage. Même s’il n’a pas regretté une demi-seconde d’avoir fait La dolce vita, qui était le début de sa longue collaboration avec Fellini. Moi, à l’inverse, j’ai très souvent été la fille qui tombe amoureuse à sens unique, celle qui se fait larguer, tromper, qui se suicide, donc ça m’a fait du bien, un rôle super solaire de tombeuse ! Derrière sa forme enjouée, c’est un film sur le temps qui passe et l’usure des sentiments. Vous êtes plutôt ancrée dans le présent comme votre héroïne, ou tournée vers le passé ? Oui, ça parle des ravages du temps… D’ailleurs, à une avant-première du film à laquelle je n’étais pas, Christophe a dit qu’il voulait me filmer avant que je ne sois fanée. J’ai vu ça sur Internet, ça m’a fait rire, et du coup je lui ai envoyé un émoji de fleur fanée, mais il n’a pas fait le rapprochement ! J’ai malheureusement tendance à être plutôt tournée vers le passé mais, maintenant que j’ai 47 ans et que j’ai a priori plus d’années derrière que devant moi, j’arrive à être plus dans le présent et dans l’avenir. Je suis toujours un peu anxieuse, parce que c’est ma nature, mais je m’empêche moins, je suis plus sereine. Avec Marina Foïs dans Non ma fille tu n’iras pas danser de Christophe Honoré (2009) INTERVIEW LE PACTE 42 Avec Catherine Deneuve dans Les Biens-Aimés de Christophe Honoré (2011) Vous servez-vous de vos expériences personnelles pour nourrir vos rôles ? Par exemple, au moment de Non ma fille tu n’iras pas danser, vous étiez dans une situation à peu près similaire à celle de votre personnage fraîchement séparé et mère de deux enfants. Je n’intellectualise pas mes rôles et, globalement, moins j’en sais, moins je pense et mieux je me porte. C’est a posteriori que je me rends parfois compte des liens, des échos entre certains films et ma vie. Donc je n’ai jamais eu l’impression d’utiliser consciemment mon expérience personnelle pour un film, mais en revanche les films ont pu me servir pour avancer dans ma vie. D’ailleurs, sans le savoir, Christophe a souvent eu le sens du timing  : il est plusieurs fois revenu vers moi à des moments pas faciles, de doute – cette fois encore. Alors je n’ai pas nourri ses films avec cette douleur-là, mais en revanche ses films m’ont souvent réconciliée avec l’envie d’être actrice. Je crois beaucoup à la vertu du travail dans les situations de souffrance. Travailler m’éloigne de moi. Vous jouez la femme infidèle du personnage incarné par Benjamin Biolay, qui a été votre mari dans la vraie vie. Pas trop troublante, cette mise en abyme ? Ça ne m’a pas fait bizarre de jouer avec lui, car on n’a jamais cessé de se fréquenter. Ça fait plus de dix ans qu’on bosse ensemble, on a fait beaucoup de concerts tous les deux. Quand Christophe m’a parlé de l’éventualité
CHIARA MASTROIANNI que Benjamin incarne Richard pour savoir si je n’étais pas mal à l’aise, je n’ai pas hésité une seconde. Sur le côté mise en abyme, il n’y avait pas vraiment d’identification possible parce que, même si on a été mariés, notre relation était très différente  : on n’a jamais eu cette vie-là, j’ai jamais été prof d’université avec un mari qui me prépare à dîner. Et contrairement au couple du film, qui n’a pas d’enfant, nous avons une fille avec Benjamin, c’est une grande différence. Vous avez ressenti une émotion particulière à jouer avec lui ? Ce qui m’a surtout émue, c’est que Christophe lui ait donné à jouer quelque chose que je sais de lui mais qu’on ne lui avait jamais donné à jouer au cinéma – cette tendresse, cette tristesse, cette douceur. J’ai adoré le voir jouer ce personnage-là, il me bouleverse dans le film, alors que c’est rare de se laisser emporter par un film dans lequel on a joué et qu’on connaît fatalement très bien. Et puis, là où je me suis régalée, c’est que je pouvais me moquer de son costume avec son gilet, son short et ses grandes chaussettes. C’est un peu ingrat, mais ça fait partie de la tendresse de son personnage. Vous avez aussi tourné dans une douzaine de films avec une autre proche  : votre mère, Catherine Deneuve. Plusieurs fois d’ailleurs dans le rôle de sa fille, comme dans Les Bien-Aimés, 3 cœurs de Benoît Jacquot en 2014, ou récemment La Dernière Folie LE PACTE 43 de Claire Darling de Julie Bertuccelli. Jouer avec une personne intime, ça vous aide à créer un climat de confiance ? Je n’aime pas penser à l’effet miroir. Avec ma mère, plus nos rapports dans les films étaient éloignés de nous, plus j’étais à l’aise. En revanche, le fait de la connaître m’a permis de ne pas avoir à subir l’idée terrifiante de jouer face à Catherine Deneuve qui, j’en ai conscience, peut être très intimidante ! « Christophe a réussi à révéler en moi une sorte de sensualité dont je n’ai pas notion. » Après le bac, vous vous êtes inscrite à la fac d’italien, et c’est votre ami Melvil Poupaud qui vous a encouragée à vous lancer comme comédienne. Ça a été difficile de franchir le pas, avec vos deux parents acteurs ? Je m’étais inscrite en fac d’italien, parce que je pensais très naïvement que, parlant italien, je pourrais facilement devenir prof. Avec Melvil, on s’était inscrits en parallèle dans une école de ciné qui n’existe plus, mais on n’a pas tenu bien longtemps non plus. Effectivement, c’est lui qui m’a poussée. Mais oui, c’était difficile pour moi, j’étais hyper complexée, et puis ma mère s’inquiétait, elle voulait que je fasse des études, donc je sentais que ça allait mal passer. Vous vous sentez une autre actrice depuis vos débuts dans Ma saison préférée d’André Téchiné, en 1993 ? Je ne revois pas mes films, mais les sensations sont toujours là. Quand j’ai tourné Ma saison préférée, j’avais mal au ventre tout le temps, je ne prenais aucun plaisir. Le trac, je l’ai toujours, mais j’arrive à le dépasser aujourd’hui. Au début, on ne se sent pas légitime, il y a plein de choses à digérer. Et puis, au fur et à mesure, on se connaît mieux, on apprend à ne plus se tendre de pièges. Quand avez-vous commencé à prendre du plaisir à jouer ? C’est grâce à Xavier Beauvois, dans N’oublie pas que tu vas mourir [1993,ndlr] BOBINES



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