Trois Couleurs n°173 octobre 2019
Trois Couleurs n°173 octobre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°173 de octobre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 120

  • Taille du fichier PDF : 13,8 Mo

  • Dans ce numéro : Xavier Dolan vu par sa bande.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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BOBINES tué ma mère est sélectionné à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs. Les festivaliers sont stupéfaits par l’explosion de vitalité du film, et par l’âge de son réalisateur – il a seulement 20 ans. Directeur général de mk2 (qui édite ce magazine) et futur coproducteur de Laurence Anyways, Mommy et Matthias et Maxime, Nathanaël Karmitz se remémore la fougue déconcertante de Dolan  : « J’avais vu J’ai tué ma mère, ça avait été un vrai petit phénomène cannois. Alors qu’on travaillait avec la productrice canadienne Lyse Lafontaine sur un autre film, elle m’a dit qu’il y avait dans la salle de montage à côté un petit gars qui faisait des choses très prometteuses. « Tu veux bien regarder ? » Un soir, j’ai donc reçu le lien des Amours imaginaires. J’ai vu un film brillant mais en même temps très agaçant. Il y avait beaucoup trop d’effets de style. J’ai fait un retour, mais je le sentais qu’à moitié. Sauf que, vingt-quatre heures après, il m’a envoyé le film avec toutes les corrections prises en compte. » Mk2 acquiert alors les droits de diffusion des Amours imaginaires en France. Si J’ai tué ma mère avait déjà attisé la curiosité des spectateurs français, Les Amours imaginaires constitue le début d’une vraie relation suivie entre Dolan et le public hexagonal. Monia Chokri analyse cette rencontre retentissante  : « D’autres pays comme la Corée du Sud ont très bien accueilli les films de Xavier. Mais il s’est vraiment passé quelque chose avec les jeunes Français. Il y a peut-être un hasard de contexte ; d’amour du cinéma aussi. » Avec l’ardeur de la jeunesse, Dolan revisite le motif classique du ménage EN COUVERTURE à trois. Sauf qu’il le revigore à l’aune de la fluidité sexuelle d’aujourd’hui. Il touche ainsi une génération plus sensible aux enjeux de représentation queer que les précédentes, celle qui télécharge tout aussi frénétiquement l’intégrale des films de François Truffaut et la discographie complète de Céline Dion, faisant fi des frontières entre cultures d’élite et popu, samplant toutes les époques à une vitesse dingue. Le débit de création de Dolan est inarrétable (huit longs métrages en dix ans), il devient vite un phénomène générationnel  : « Avec Laurence Anyways, il a commencé à recevoir des mots de gens qui disaient que le film avait changé leur vie », se souvient Nathanaël Karmitz. Dolan continue de regarder dans le rétroviseur, particulièrement « Xavier déborde. Mais je crois qu’il a appris à canaliser ce débordement. C’est la marque des grands auteurs. » MONIA CHOKRI attiré par les années 1990 et 2000, celles de son enfance. Que ce soit à travers Laurence Anyways (2012), dans lequel il raconte sur dix ans une histoire d’amour et une transition de genre, ou plus tard dans Ma vie avec John F. Donovan (2018), il explore cette période comme pour retrouver le goût de l’innocence, comme pour échapper un temps au statut de cinéaste star qu’il a acquis. VIVRE FATIGUE Mu par un besoin vital de reconnaissance, le jeune homme est soumis à un stress qui n’a cessé de grandir. « Lors de notre première rencontre, j’ai été impressionné par sa façon très précise de visualiser ce qu’allait devenir le film, de déjà savoir dans quel festival il irait plus tard… Mais pendant le rendez-vous, il était aussi très anxieux. Il avait du mal à Monia Chokri dans Les Amours imaginaires Suzanne Clément et Xavier Dolan sur le tournage de Laurence Anyways D. R. 32 SHAYNE LAVERDIÈRE
Xavier Dolan et André Turpin sur le tournage de Juste la fin du monde respirer », se rappelle André Turpin, directeur de la photo sur tous ses films depuis Tom à la ferme (2013). Quand il reçoit le Prix du jury à Cannes en 2014 pour Mommy, Dolan prononce un discours qui dit tout l’acharnement mis dans son cinéma  : « Je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. » Sa carrière s’emballe, et son cœur aussi. Deux ans après, Juste la fin du monde (2016), son premier film avec un casting entièrement français, est couronné du Grand Prix du festival. Mais il vit mal la timide réception par la presse. André Turpin évoque sa sensibilité à vif  : « De film en film, les traits de caractère de Xavier s’amplifiaient  : il était plus passionné, plus drôle, mais aussi beaucoup plus émotif. Il suffisait qu’on rate une scène pour qu’il soit Marion Cotillard, Xavier Dolan et Nathalie Baye sur le tournage de Juste la fin du monde XAVIER DOLAN SHAYNE LAVERDIÈRE 33 démoli. » Face au doute, le cinéaste pense parfois à abandonner, à renouer avec une vie plus calme, par exemple en reprenant des études d’histoire de l’art. « En général, deux semaines après s’être lamenté, il nous faisait lire un nouveau scénario », s’amuse Brunet. Pour que rien ne lui échappe, Dolan cherche à tout contrôler. Sa tendance à la précipitation se calme le moment venu du tournage où, selon Turpin, le cinéaste est très pondéré, prenant soin de chaque détail en distribuant aux membres de l’équipe un lookbook de 200-300 pages posant les bases visuelles pour les costumes, les décors ou l’éclairage. Mais parfois, vouloir tout maîtriser ne suffit pas. Dolan a pu s’en rendre compte sur Ma vie avec John F. Donovan, son premier film en langue anglaise, avec un casting prestigieux (Kit Harington, Natalie Portman…) dans lequel il suit les parcours croisés d’un acteur de série qui, pour protéger sa carrière, cache son homosexualité, et d’un jeune fan avec qui il entretient une correspondance. « Le film a peut-être été surpensé. La première fois qu’il m’en a parlé, on était en repérages pour Tom à la ferme. Il pleuvait, on était dans une voiture, et il m’a joué tous les rôles », se souvient André Turpin. Dolan a-t-il été trop pressé de réaliser un film de cette dimension ? Quand on voit le résultat ample et écorché, on ne peut qu’imaginer la souplesse avec laquelle il a dû gérer les agents, les défis techniques, le montage inextricable. Finalement, le film, très mal accueilli par la critique SHAYNE LAVERDIÈRE BOBINES



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