Trois Couleurs n°172 septembre 2019
Trois Couleurs n°172 septembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°172 de septembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 18 Mo

  • Dans ce numéro : portrait de la jeune fille en feu.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ZOOM ZOOM Une nuit de 1774, trois libertins s’adonnent à une série de jeux sexuels dans la forêt… Une débauche sensorielle qui fut l’une des expériences les plus radicales (et magistrales) du dernier Festival de Cannes. Trois ans après La Mort de Louis XIV, Albert Serra plonge une nouvelle fois dans l’histoire et dans un monde qui s’éteint. Trois libertins boutés hors de la cour puritaine de Louis XVI souhaitent exporter leurs mœurs en Allemagne, escomptant le soutien de l’éminent duc de Walchen (un Helmut Berger tout en immobilité souveraine, rappelant l’univers déliquescent mais ô combien majestueux de Luchino Visconti). Le temps d’une nuit, le groupe s’adonne à un catalogue épars de fantasmes, à l’écart de toute réprobation morale. Dans ce jardin nocturne où le vice triomphe de la vertu, on se caresse, on se fouette, on rivalise d’ingéniosité pour faire participer les végétaux à cette messe noire champêtre. Mais on fait aussi résonner les mots, poussant l’adage sadien jusqu’au bout – chez le Divin Marquis, c’est d’abord par l’oreille que l’on jouit, c’est-à-dire par le langage, la raison n’étant plus un obstacle à la passion, mais son habile prolongement. C’est FILMS LIBERTÉ La cérémonie se veut à la fois charnelle et cérébrale, dépravée bien que savamment orchestrée. 68 à cet endroit que le film réfute le mieux les intentions du porno mainstream. En quittant la salle, on ne sait plus trop si les scènes de sexe présentées étaient ou non explicites, excités non par des membres érectiles ou des poitrines généreuses, mais par des regards – regards ébahis de celui ou de celle en train de s’adonner à la fornication, ou regards transis du voyeur installé à distance derrière un arbre, offrant les seuls contrechamps à ces longs plans fixes licencieux. La cérémonie se veut donc à la fois charnelle et cérébrale, dépravée bien que savamment orchestrée, ode à la vie autant que célébration funéraire. Une galerie de personnages atrophiés et difformes copulent avec des corps de jeunes premiers  : l’alliage de contraires fonctionne ici comme une résistance à la hiérarchie, une abolition de toutes les distinctions, dans une fête qui prendrait fin au petit matin, le réveil sonnant comme un rappel à l’ordre. Comme un poème aux allures d’utopie politique. GAUTIER ROOS —  : « Liberté » d’Albert Serra, Sophie Dulac (2 h 12), sortie le 4 septembre —
On pensait qu’il ne verrait jamais le jour. Et pourtant  : Ad Astra, le space opera mystique fantasmé par James Gray depuis des années, s’est bel et bien envolé vers les étoiles. Mais l’ancien prodige du polar new-yorkais (The Yards, La nuit nous appartient) n’a pas simplement accompli son rêve de démiurge  : il l’a prolongé. Derrière les apparats de la grosse machinerie pétaradante (Brad Pitt au casting, 90 millions de dollars de budget, une farandole de décollages, de vertiges spatiaux, d’explorations planétaires), Ad Astra est en effet un film halluciné, hanté, revêtant de bout en bout la consistance d’un songe d’enfant. D’un enfant plus précisément  : l’astronaute Roy McBride (Brad Pitt), catapulté aux confins de notre système solaire à la recherche d’un père (Tommy Lee Jones) qui, croyait-il, avait définitivement quitté le monde des vivants. Si l’on pense beaucoup à Télémaque, le jeune héros d’Homère prenant la mer en quête d’Ulysse, on songe surtout au précédent film de James Gray, The Lost City of Z, qui déployait dans le marécage amazonien un récit père-fils totalement symétrique. Alors ça veut dire quoi, être un fils, pour James Gray ? La FILMS AD ASTRA Un film halluciné, hanté, revêtant de bout en bout la consistance d’un songe d’enfant. 69 réponse est formulée sans ambages dans Ad Astra  : le fils, c’est celui qui est maudit. C’est celui qui vit dans l’ombre de l’autre tout en étant obligé d’assumer ses ambitions, ses erreurs, ses caprices. Malédiction de la filiation  : chez Gray, les fils passent leur existence à se montrer à la hauteur des rêves des pères, avant que ces rêves ne referment progressivement leur mâchoire sur leur destin. Cette malédiction, c’est aussi celle d’un cinéaste obsédé par ses glorieux modèles (le Coppola d’Apocalypse Now, le Kubrick de 2001  : l’odyssée de l’espace) et qui avec ce film exprime plus que jamais sa frustration d’enfant prodige. Très honnêtement, on n’imaginait pas Gray en mesure d’articuler autant d’aspirations mégalomanes. À l’arrivée, Ad Astra sublime pourtant toutes ces contradictions en épousant les contours d’une odyssée à la fois monumentale et intimiste, spectaculaire, à nulle autre pareille et pourtant toujours à la frontière du cinéma expérimental. LOUIS BLANCHOT —  : de James Gray, 20 th Century Fox (2 h 04), sortie le 18 septembre — ZOOM ZOOM



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