Trois Couleurs n°172 septembre 2019
Trois Couleurs n°172 septembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°172 de septembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 18 Mo

  • Dans ce numéro : portrait de la jeune fille en feu.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ZOOM ZOOM LES FILMS DU MOIS À LA LOUPE NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE Depuis qu’il s’est séparé de son compagnon, Frank, 45 ans, occupe seul leur maison, dans un petit village des Vosges. La retraite alsacienne, imaginée loin de Paris et de son train de vie exorbitant, a laissé place à la dépression et à une boulimie de longs métrages. Constitué d’une voix off à la première personne et d’extraits des centaines de films dévorés, Ne croyez surtout pas que je hurle est le carnet de bord de ce mal de vivre, lequel ne tarde pas à muer en portrait subjectif de l’année 2016. D’un point de vue géographique, Épinal n’est pas très éloigné du petit village ici décrit par Frank Beauvais. Inutile, toutefois, de chercher dans Ne croyez surtout pas que je hurle le reflet satisfait de cette vie douce et bucolique que popularisèrent les célèbres représentations locales. Le film, ressac d’images pillées aux quatre coins d’une cinéphilie pantagruélique, serait plutôt la mise en pièces de cette illusion de bonheur proverbial, son radical démenti sous forme de found footage anarchique. Les Vosges et son peuple, Paris et son peuple, la France et son peuple, cet appartement et son peuple d’animaux de compagnie, tout cela s’y trouve emporté dans le flot bilieux d’une litanie dépressive, laquelle n’épargnera ni ce père jadis honni et venu mourir à domicile, ni l’Euro 2016 et ses relents de patriotisme houblonnés, ni les attentats ou Nuit debout – évoqués en voix off –, ni d’ailleurs les extraits de films, qui semblent moins cités que disséminés, dégurgités par un haut-le-cœur poétique. Car voici à quel programme, traditionnellement plutôt littéraire (Céline, Vian), s’affaire brillamment Frank Beauvais  : vider son sac, vomir l’époque, en l’occurrence
au moyen d’un dispositif économe et néanmoins audacieux dans lequel l’image et la parole se complètent sans cantonner la première à l’illustration. Résultat  : Bergman, Eastwood, Dreyer, Scorsese et cent autres s’y bousculent dans l’anonymat d’un montage littéralement boulimique, où ce n’est pas le chocolat que l’on engloutit pour mieux le régurgiter, mais un trop-plein de films compulsivement dévorés par un œil qui les recrache en petits morceaux comme s’il en pleurait l’excédent. C’est pourquoi, plus le récit approche de Paris et du but fixé d’un déménagement synonyme de bout du tunnel, plus le film s’apparente à une purge existentielle, cédant les animaux, évidant l’appartement de son surplus de DVD et de vinyles, jusqu’à cet ultime plan aérien où, libéré de ce qui lui restait sur l’estomac, le regard prendrait enfin son envol. Rares sont les films, et encore moins les premiers longs métrages, à si bien montrer que l’on peut aussi tomber malade du cinéma. ADRIEN DÉNOUETTE —  : de Frank Beauvais, Les Bookmakers/Capricci Films (1 h 15), sortie le 25 sept. — FILMS 65 3 QUESTIONS À FRANK BEAUVAIS Pourquoi ce beau titre, et d’où vient-il ? C’est une référence à un film est-allemand de Frank Vogel, inédit en France, dont j’ai utilisé des images  : Denk bloß nicht, ich heule (1965). Cela peut être traduit par « Ne croyez surtout pas que je pleure », mais le verbe « heulen » signifie aussi, par extension, « hurler ». En le découvrant, je me suis immédiatement dit que cela résumait idéalement les états dont j’essaie de rendre compte et la position du narrateur par rapport au monde. Provoquée par une séparation, la dépression du narrateur est vite alimentée par une époque jugée navrante. En est-ce le carburant ou son parfait cocon ? La dépression traversée par le narrateur est omnivore, elle phagocyte tout avec boulimie  : le deuil, la solitude et les états affligeants d’un monde ultralibéral et répressif. Mais elle ne parvient pas à étouffer un sentiment de colère, de révolte, issu des dérives politiques contemporaines, qui lui opère comme un carburant, provoque le sursaut qui rend possible le film.
 Les extraits, tirés pour certains de films célèbres, sont méconnaissables. Vouliez-vous éviter l’effet citation ? Les plans qui constituent le matériau premier du film sont des inserts, des plans de coupe, d’objets, de paysages ou de parties du corps. Habituellement, ils sont brefs et informatifs. Je voulais les extraire de leur contexte initial pour les intégrer à une autre syntaxe, comme les éléments déchaînés d’un flux de conscience. Il fallait échapper à l’effet quiz, que l’on n’ait ni le temps ni l’envie de se demander d’où provenait chacun de ces plans qui sont comme dégurgités après une surdose cinéphage. FABRICE LÉVÊQUE



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