Trois Couleurs n°172 septembre 2019
Trois Couleurs n°172 septembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°172 de septembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 18 Mo

  • Dans ce numéro : portrait de la jeune fille en feu.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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BOBINES « Avec Divine, on voulait terrifier les hippies avec nos films. » plus trouble, de moins évident. La plupart des artistes que j’aime ont fait ça. Fellini, Pasolini… Ils prenaient ce qui est horrible, déprimant ou même ordinaire, pour en tirer de la beauté. Avec les Dreamlanders, votre bande d’acteurs (Divine, Mink Stole, David Lochary, Edith Massey…), vous étiez une sorte de gang. Quel est votre plus gros coup ? Je n’en suis pas très fier, mais, une veille de Noël, on conduisait sous LSD. On s’arrêtait juste pour casser les carreaux des voitures, prendre tous les cadeaux dans les coffres et les déballer. Là, on disait  : « Regardez cette merde », et on les jetait à la poubelle. Les filles trouvaient les reçus, rapportaient les cadeaux aux magasins, et on gardait l’argent. Bon, j’irais certainement en enfer, mais j’ai un ami junkie qui a fait pire. Lui, il avait l’habitude d’aller dans les cimetières la veille de Noël et de profiter de la détresse des gens en deuil pour leur faire les poches. Encore une fois, le karma n’existe pas, car ce type est toujours en vie. Si vous deviez former un nouveau gang aujourd’hui, ce serait avec qui ? Avec des jeunes gens, pas des vieux. Quand John Waters et Edith Massey sur le tournage de Female Trouble BRUCE MOORE COURTESY OF THE CRITERION COLLECTION JOHN WATERS INTERVIEW je pars en tournée avec mon spectacle This Filthy World [qu’il joue depuis 2006,ndlr], je suis ravi de rencontrer mon nouveau public. C’est un nouveau gang, un monde meilleur. Enfin, pas pour tous. Il y a beaucoup de pauvreté, je le vois bien à Baltimore. Ce que je veux dire, c’est qu’il faut s’en remettre aux plus jeunes. Ce ne sont pas les vioques qui ont les réponses. C’est pour ça que j’ai voté pour DeRay McKesson, un activiste gay issu du mouvement Black Lives Matter, lorsqu’il s’est présenté en 2016 à l’élection municipale de Baltimore. À l’âge de 70 ans, vous avez repris du LSD. Quels conseils donneriez-vous à tous les seniors qui voudraient tenter l’expérience ? Déjà, ces conseils ne s’appliquent pas aux jeunes – avec leurs microdoses, ce sont vraiment trop des petits joueurs. Les seniors peuvent en prendre s’ils l’ont déjà fait il y a cinquante ans, qu’ils n’ont jamais eu de bad trip, et s’ils ont le sentiment que ça les a aidés dans la vie. Après le trip, quand on leur fera une remarque sur le fait qu’ils sont gâteux, ils pourront rétorquer  : « Non, je suis défoncé. » Dans Cecil B. Demented (2000), chaque terroriste cinéphile porte un tatouage avec le nom d’un réalisateur. Vous avez écrit que, si vous deviez vous en faire faire un, ce serait Joseph Losey. Oui, mais allez ! je change. Aujourd’hui, ce serait Bruno Dumont. Jeannette. L’enfance de Jeanne d’Arc est tout en haut de mon top de l’année dernière. Dans le cinéma où je l’ai vu, tout le monde avait tellement l’air de détester le film ; moi, je jubilais, je ne pouvais pas y croire. Au début, je me demandais  : « Est-ce qu’ils vont vraiment chanter de façon aussi bizarre pendant tout le film ? » Et oui ! John Waters (au centre) et ses acteurs sur le tournage de Polyester (1981) 42 LAWRENCE IRVINE COURTESY OF THE CRITERION COLLECTION
Divine dans Pink Flamingos (1972) Dans Mr-Know-It-All, vous faites part de votre désir de créer un collectif queer radical nommé ACT BAD. Pour vous, les queers doivent intensifier l’offensive contre la domination hétéro ? Je suis content que tout le monde puisse se marier. Mais, parfois, ça me manque un peu, ce côté hors-la-loi. J’aimerais que notre discours ressemble plutôt à ça  : « Fini Lady Gaga et son « Born This Way ». On est gays, on est une armée et on recrute. ATTRAPEZ-LE ! » Judith Butler a été inspirée par votre film Female Trouble (1974) pour le titre de son essai Trouble dans le genre (1990). Vous lisez des essais théoriques féministes et queer ? Oh oui, j’en lis plein. Female Trouble, c’était déjà féministe de titrer le film comme ça. Car, quand j’étais jeune, c’était une métonymie hypocrite pour faire comprendre que les filles avaient leurs règles. Ce titre m’a été inspiré par une mésaventure avec son « problème de fille » qui est arrivée à mon amie Cookie Mueller [actrice et autrice, notamment de Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir,ndlr]. Elle était allée voir le médecin à Provincetown, où tous les docteurs sont gays, et l’un d’eux lui avait dit  : « Non, désolé, les vagins, je ne peux pas. » Ce qui est tellement illégal ! Donc, quand elle m’a raconté ça, j’ai eu l’idée du titre pour me moquer d’eux. Car je hais les hommes misogynes. Et aussi les gays qui n’aiment pas les lesbiennes. Je suis un « lesbro » – c’est un JOHN WATERS 43 nouveau mot que j’adore. Par contre, je suis fan des femmes qui haïssent les hommes. J’aime lire des théories radicales sur la sexualité. Par exemple, je suis fasciné par ce qu’écrit Andrea Dworkin, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’elle dit. Elle ne l’a pas vraiment formulé comme ça mais, bon, elle a presque dit que le sexe hétéro était une forme de viol. Elle va tellement loin ! Quels débats actuels propres aux communautés LGBTQ vous intéressent ? Je pense que les gays et les lesbiennes devraient pratiquer le sexe oral ensemble pour créer une nouvelle minorité. Ça, ça ferait peur aux straights. Imaginez, on envahirait l’hétérosexualité… Autrement, aujourd’hui, il y a surtout la question de la représentation des personnes trans. On a pu voir récemment, avec la polémique entourant le film Adam [de Rhys Ernst, non sorti en France,ndlr], que c’est un sujet très sensible. Pour ma part, je pense qu’il est plus facile de faire des blagues sur une minorité quand on fait partie de celle-ci, ou qu’on en est proche. Dans Pink Flamingos ou dans Female Trouble, vous tournez en dérision la fascination de nos sociétés pour les crimes les plus sordides. Pendant un moment, vous assistiez à des procès, vous rendiez visite à des prisonniers… C’est toujours dans vos habitudes ? Les procès, c’est devenu compliqué, parce que maintenant on me reconnaît. Mais oui, RUE DES ARCHIVES EVERETT BOBINES



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