Trois Couleurs n°170 jun/jui 2019
Trois Couleurs n°170 jun/jui 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°170 de jun/jui 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 108

  • Taille du fichier PDF : 10,0 Mo

  • Dans ce numéro : la femme de mon frère.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 42 - 43  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
42 43
BOBINES INTERVIEW LE RETOUR DU REFOULÉ Trois ans après le controversé Nocturama, sur des jeunes qui posaient des bombes à Paris, Bertrand Bonello revient avec Zombi Child, film de genre d’allure plus modeste mais aux résonances tout aussi abyssales. En suivant en parallèle un homme tiré d’entre les morts puis réduit en esclavage dans une plantation, en 1962 à Haïti, et une sororité de lycéennes (dont la petite-fille du zombie) dans le pensionnat de la Légion d’honneur, à Saint-Denis de nos jours, il livre un puissant objet hybride qui interroge l’histoire. Rencontre avec un cinéaste un peu chaman. 42
BERTRAND BONELLO Zombi Child a vu le jour en seulement quelques mois. Pourquoi cette urgence ? J’étais sur un projet lourd, entre le très gros long métrage et la minisérie. J’ai terminé le scénario en février 2018, mais je ne sais pas encore si je vais arriver à le financer. Je me suis lancé sur Zombi Child avec l’idée de faire un film très vite. Pour la première fois, j’ai commencé par le plan de travail, avant même le script. Le film terminé est très proche du scénario  : tout ce qui a été écrit a été tourné, tout ce qui a été tourné a été monté. Après, on a moins de liberté parce qu’on n’a pas de choix – ils doivent être faits très en amont. La structure simple, avec ce montage parallèle entre deux époques, diffère de vos précédents films, plus mentaux, avec des visions fantasmées qui perçaient sans cesse le récit… Par plein d’aspects, c’est mon film le plus simple. Il y a d’un côté un chagrin adolescent, de l’autre l’histoire d’un type qu’on enterre, qu’on déterre, qu’on fait travailler et qui marche. Pour moi, ça participait de cette possibilité de faire un film rapidement. La simplicité était quasiment une obligation. J’ai trouvé ça à la fois agréable et dur. Je suis content d’y être arrivé. La complexité vient après, des rapprochements que peut faire le spectateur  : les choses résonnent, il y a des contrastes, des portes qui s’ouvrent à partir de ce montage parallèle. La partie tournée à Haïti est très belle, hantée et épurée. La référence à Vaudou de Jacques Tourneur (1943) est évidente. Comment le film résonne en vous ? L’origine de Zombi Child, ce sont vraiment les textes d’anthropologie, d’histoire, et les romans haïtiens que j’ai lus. Les influences sont plutôt littéraires. Vaudou est en effet le seul film auquel j’ai un peu pensé. Je ne l’ai même pas revu, car ce sont des images dont on se souvient. Il y a ce truc très fort chez Tourneur  : qu’est-ce qu’on montre ? qu’estce qu’on ne montre pas ? Des zombies, en effet, on ne montre quasiment rien. Le chef opérateur de mon film, Yves Cape, a très vite opté pour la nuit américaine, sachant qu’à Haïti on n’aurait pas trop d’électricité ni d’argent. En fait, on a tourné entre le jour et la nuit, dans une sorte de pénombre qui donne un caractère onirique à ces scènes. Comme ce zombie est dans un endroit où il 43 n’est pas vraiment dans le réel, entre la vie et la mort, l’image est entre la nuit et le jour. À travers un cours donné par l’historien Patrick Boucheron aux lycéennes au début du film, on comprend que vous allez évoquer en creux le colonialisme, ce qui n’est pas banal dans le cinéma français. Ce n’était pas prémédité, ce n’était pas un désir de départ. Personnellement, je suis assez terrorisé par les grands sujets, parce que j’ai l’impression qu’on est écrasés par eux. Je pars toujours de petites choses – cet homme qui marche, cette fille qui pleure. Au montage, on s’est aperçu que quelque chose de plus puissant se mettait en place dans les rapports de la France avec Haïti et d’autres pays. Le cours de Patrick Boucheron, totalement improvisé et tourné le premier jour, m’a indiqué que ça allait infuser le film. Quand il se demande comment raconter une histoire du xix e siècle, il dit qu’on ne peut pas le faire, ou seulement de manière discontinue, ce qui est précisément l’une des interrogations du film. Comment avez-vous appréhendé la question de l’appropriation culturelle, un reproche que l’on formule de plus en plus à certains cinéastes depuis quelques années ? C’est compliqué, il y a ce réflexe de « t’es un homme, blanc, bourgeois ». Mais je ne veux rien m’interdire, j’essaie de regarder vers les choses qui m’intéressent. Le féminin, la jeunesse, Haïti m’intéressent. Après, il faut être vigilant, je pense que ça passe par le regard et l’écoute. Ça ne veut pas dire que je dis oui à tout, mais j’essaie d’être attentif à la parole de chacun. Il faut savoir rester à sa place tout en regardant un sujet. Ça demande peut-être plus de délicatesse, de douceur dans le regard. Le ton de la partie contemporaine, avec ces rendez-vous nocturnes entre lycéennes rebelles, peut faire penser à des films et séries des années 1990-2000 sur la sorcellerie méprisés à l’époque mais redécouverts Bijou Mackenson BOBINES



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 1Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 2-3Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 4-5Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 6-7Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 8-9Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 10-11Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 12-13Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 14-15Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 16-17Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 18-19Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 20-21Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 22-23Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 24-25Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 26-27Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 28-29Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 30-31Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 32-33Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 34-35Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 36-37Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 38-39Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 40-41Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 42-43Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 44-45Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 46-47Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 48-49Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 50-51Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 52-53Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 54-55Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 56-57Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 58-59Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 60-61Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 62-63Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 64-65Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 66-67Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 68-69Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 70-71Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 72-73Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 74-75Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 76-77Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 78-79Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 80-81Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 82-83Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 84-85Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 86-87Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 88-89Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 90-91Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 92-93Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 94-95Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 96-97Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 98-99Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 100-101Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 102-103Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 104-105Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 106-107Trois Couleurs numéro 170 jun/jui 2019 Page 108