Trois Couleurs n°164 novembre 2018
Trois Couleurs n°164 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°164 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 11,0 Mo

  • Dans ce numéro : la guerre froide...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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BOBINES 4 le contraste entre deux personnages et deux mondes totalement différents, avec au centre cette héroïne qui anime tout. Ç’aurait été absurde de ne pas suivre ses mouvements. Le récit se déroule sur une quinzaine d’années, mais vous les ramassez sur 1 h 30 au moyen de nombreuses ellipses qui éludent certains moments clés du récit. Qu’est-ce qui a motivé ce parti pris narratif ? Les biopics, par exemple, sont souvent bavards, avec beaucoup de scènes explicatives et de raccourcis – ceci explique cela, les héros font ceci parce qu’ils ont fait cela. Je préfère me concentrer sur des questions cinématographiques et psychologiques. Comment on se rend d’ici à là, ce n’est pas mon problème, c’est celui du spectateur ; beaucoup préfèrent être guidés, mais ceux-là peuvent quitter la salle ! J’imaginais que ce film allait laisser beaucoup de gens froids, mais j’ai été surpris  : cette façon de raconter touche un public assez large. Des films comme Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman m’ont beaucoup encouragé. Il y a de longs dialogues qui sont comme des courts métrages. Je l’ai vu il y a longtemps, mais ça m’avait impressionné qu’un rapport de pouvoir entre femme et homme puisse changer à ce point, et qu’on puisse le raconter avec des ellipses. À Cannes, vous avez dit à l’AFP craindre que le film ait des problèmes en Pologne, notamment parce qu’Ida avait été mis sur une sorte de liste noire par le nouveau gouvernement… On a un peu exagéré ce que j’ai dit  : je suis peu aimé du gouvernement, mais on ne vit pas dans un régime totalitaire. Cold War est sorti en Pologne. C’est même devenu un phénomène, puisqu’il a fait 750 000 entrées. À Cannes, j’ai dit qu’Ida était sur une liste noire à la télévision publique, qui est aux mains de l’État et est devenue un vecteur de propagande. Ils ont montré le film avant les élections, parce que l’État l’avait en partie subventionné. Mais après l’Oscar [obtenu en EN COUVERTURE « Il y a au centre cette héroïne qui anime tout. Ç’aurait été absurde de ne pas suivre ses mouvements. » 26 2015,ndlr], le gouvernement fraîchement élu a décidé de ne pas diffuser Ida à la télé. Il y a eu des protestations et ils ont fini par céder, mais en faisant précéder la diffusion d’une discussion entre deux intellos d’extrême droite qui expliquaient comment il fallait voir le film – « cette propagande juive… », « ce point de vue juif… ». C’est idiot, c’est incroyable ! Après, je me suis fait bannir de tous les instituts polonais à l’étranger – les instituts, pas les institutions. J’ai des amis qui y travaillent et me disent  : « On ne peut pas t’inviter ou montrer ton film parce que tu es sur une liste noire non officielle. » Qu’a pensé le gouvernement de Cold War ? Notre ministre de la Culture a trouvé que c’était une belle histoire. Il y a deux ans, quand j’ai commencé à travailler avec l’ensemble folklorique Mazowsze – à qui j’ai pris trois chansons et quelques jeunes danseurs et chanteurs pour mon ensemble fictif –, celui-ci ne recevait pas beaucoup d’argent. Mais depuis la sortie du film, le gouvernement a investi massivement sur lui, ils ont décidé que c’était de nouveau la carte de visite de la Pologne. D’un autre côté, ils enlèvent les subventions pour le théâtre d’avant-garde… Quelle attitude le gouvernement adopte-t-il avec les réalisateurs polonais ? Ils veulent ce qu’ils n’ont pas  : ils peuvent trouver des journalistes pour faire leurs chaînes d’État, trouver leurs juges pour leur cours de justice, mais ils ne peuvent pas trouver des metteurs en scène qui vont faire leur cinéma. Dans la jeune génération de cinéastes polonais, personne ne veut faire les films héroïques et historiques que le gouvernement souhaiterait voir. Peut-être que ça arrivera, mais pour l’instant il y a une certaine solidarité, personne ne veut se vendre. Au festival de Gdynia [une station balnéaire polonaise de la mer Baltique,ndlr], on voit quelques films de commande sur des soldats anticommunistes, mais c’est rare, et c’est trop évident que c’est commandité par l’État.
Joanna Kulig et Tomasz Kot Après un exil d’une quarantaine d’années, vous êtes revenu habiter en Pologne. Pourquoi ? Ça fait six ans que j’ai déménagé à Varsovie, juste à côté de là où j’ai grandi. J’aime beaucoup la Pologne, il y a mes amis, ma famille… mais il ne faut pas allumer la télévision ! Tout est à échelle humaine, les rapports entre les gens sont relativement transparents, tout est assez clair  : qui est bon, qui est mauvais, qui est carriériste, qui a une attitude noble… Ça me simplifie la vie. À Paris ou à Londres, c’est tout un jeu de salons et de miroirs. Quand j’ai commencé COLD WAR GUERRE FROIDE, CŒURS CHAUDS Mêler amour impossible et fresque historique est un classique du cinéma sentimental, auquel Paweł Pawlikowski, déjà auteur des remarquables My Summer of Love (2005) et Ida (2014), apporte ici une contribution toute personnelle. Le récit démarre en 1949 dans la Pologne stalinienne, au cœur d’une troupe musicale chargée de faire revivre le folklore national. Le musicien en chef, féru de liberté et de sonorités occidentales, y croise une jeune chanteuse d’origine rurale. La relation entre les deux amants, complexe et douloureuse, va s’étaler sur quinze ans et les faire se croiser aux quatre coins d’une Europe cruellement divisée par la guerre froide. Inspiré par l’histoire sentimentale de ses propres parents, le cinéaste filme un couple maudit qui ne cesse de se heurter aux compromis et aux renoncements. Grâce à un noir et blanc d’une splendide mélancolie et à un habile sens de l’ellipse, Cold War dépeint ainsi avec sensibilité l’intrusion, autoritaire et tragique, du politique dans les existences privées. DAMIEN LEBLANC 27 à préparer Ida, j’ai senti que j’étais chez moi. Ça a quelque chose à voir avec mon âge ; le fait que, après un certain temps, l’être humain veut retourner à quelque chose de solide. PROPOS RECUEILLIS PAR TIMÉ ZOPPÉ PHOTOGRAPHIE  : PHILIPPE QUAISSE/PASCO —  : « Cold War » de Paweł Pawlikowski Diaphana (1 h 27) Sortie le 24 octobre — BOBINES



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