Trois Couleurs n°110 avril 2013
Trois Couleurs n°110 avril 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°110 de avril 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MK2 Agency

  • Format : (170 x 285) mm

  • Nombre de pages : 132

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : Angela Davis honore ses engagements.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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IIL MANORS DistriB Films Riz Ahmed sur le tournage, je ne savais pas quelles parties du film seraient racontées par la musique, et lesquelles seraient racontées par l’action. C’est un premier film très ambitieux… J’ai tourné le court métrage qui est le point de départ de Ill Manors en 2007, et le long métrage en 2011. Entre temps, je n’ai pas arrêté d’essayer de faire ce film. Pendant le tournage, on a eu à gérer plein de trucs compliqués. On n’avait pas de budget. La police est venue, on n’avait aucune autorisation pour tourner. J’avais tout le temps l’impression d’avoir les mains liées dans le dos, et je me dis que si c’est ce que je peux faire avec les mains liées, alors imagine ce que je pourrai faire quand elles seront libres ! Je suis fier de ce film, même si je connais ses défauts. Il est trop long de quinze minutes, mais je pense que les gens en sortent en ayant ressenti quelque chose. Je préfère ça comme compliment à « c’était bien fait ». Je préfère un film avec une personnalité. Comment s’est déroulé le montage, était-ce compliqué de lier ces multiples intrigues de façon cohérente ? « J’avais les mains liées Dans le Dos, alors imagine ce que je pourrai faire quand elles seront libres ! » La structure est très organique, et c’est au montage que tout s’est débloqué. C’était à Noël. J’étais chez ma mère et j’ai bossé tout le temps, le soir du réveillon, la nuit du nouvel an… J’avais écrit les histoires un peu à la manière de Pulp Fiction, en commençant au troisième jour pour revenir ensuite au premier jour. Mais ça ne marchait pas. C’était un vrai coup au cœur, parce que j’avais tout mis dans ce film, j’avais l’impression qu’en changeant la structure je perdais mon objectif initial. Ensuite, je me suis retrouvé tout seul avec mon travail. Je buvais des vodka-Red Bull pour rester éveillé, je passais tout mon temps sur l’ordinateur, je m’endormais sur le clavier. Quand j’ai enfin fini la deuxième version, j’étais devenu à moitié fou, malade, et je détestais le film. C’était un travail difficile et solitaire. Dans le film, vous reprenez une scène de Taxi Driver, déjà reprise dans La Haine, durant laquelle un personnage, Aaron, s’apostrophe devant un miroir pistolet en main… Je voulais rendre hommage à ces films. Mais cette scène face au miroir est aussi un très bon mécanisme pour montrer la psychologie d’un personnage. À ce moment du film, on ne sait rien du passé d’Aaron, de son histoire familiale. Je voulais l’humaniser, en dire un peu plus sur lui. Ce genre de scènes permet aussi de ne pas être trop dans la démonstration, de ne pas tout dire par des dialogues, comme dans un feuilleton télé. Dans la chanson I’m the Narrator, vous samplez le morceau Aquarium de Camille Saint-Saëns, la musique sur laquelle débutent les projections au festival de Cannes… Oui, mais c’était un accident. Je travaillais encore sur le film pendant l’enregistrement des morceaux, j’avais le matériel de montage dans une pièce et le studio d’enregistrement dans l’autre. Je vivais littéralement dans le studio, donc je me suis endormi avec mon ordinateur allumé, et ce morceau qui tournait en 60 avril 2013
IIL MANORS Ryan De La Cruz DistriB Films boucle. Des producteurs m’avaient envoyé la démo. Et pendant que je dormais, la musique a contaminé mon rêve. Donc je l’ai utilisée. Mais avant ça, c’était juste un titre sur une liste, avec un nom stupide. Les enjeux sociaux sont très présents dans le cinéma anglais, les films de Ken Loach en sont un bon exemple. Il nous avait parlé de son rapport à la violence : d’après lui, il faut la montrer, à condition d’en montrer aussi les conséquences. Qu’en pensez-vous ? Je suis d’accord, mais le contexte aussi est indispensable. S’il y a violence, j’ai besoin de justifier, d’expliquer. Les gens voient ces jeunes comme des animaux parce que les journaux les décrivent comme des décérébrés, mais un gamin ne devient pas criminel sans raisons. Ils grandissent dans des cadres malsains, avec de la haine, de la colère. Ils sont en échec à l’école, ils ne trouvent pas de boulot, donc ils partent en vrille. Et la réponse de la société, c’est de les traiter de déchets. Si tout le monde vous dit que vous êtes une merde, pourquoi ne pas vous comporter comme tel ? Ma génération est dénigrée quotidiennement. J’ai besoin de montrer au monde qu’il y a une raison pour laquelle les choses qu’ils voient aux infos arrivent. Chaque jour, on vous explique à la télé que vous avez besoin de tel portable, de telles chaussures. Vous ne pouvez pas vous les payer mais sans, vous n’êtes rien. C’est réussir ou mourir, et réussir par tous les moyens possibles. Étiez-vous en tournage au moment des émeutes de Londres, en 2011 ? J’ai fini de tourner juste avant les « personne ne peut dire que mon film exagère une réalité que nous devrions affronter depuis les années 1980 » émeutes. Quand elles ont éclaté, j’ai d’abord été excédé, je me disais que mes efforts pour changer les mentalités étaient réduits à néant. Mais en fait, j’ai pris du recul et vous savez quoi ? Je trouve que c’est une bonne chose. Car personne ne peut dire que mon film exagère la réalité, une réalité que nous devrions affronter depuis les années 1980. Les émeutes sont devenues le sujet d’inquiétude prioritaire. Pendant un moment, le gouvernement a eu l’air de se mobiliser pour trouver des solutions, et puis ils ont oublié. Puisque le gouvernement ne fait rien, c’est à chacun d’agir. C’est pour ça que j’ai mis en place le projet Each One Teach One, dont le but est d’apporter une formation aux jeunes grâce à des professeurs qui s’impliquent vraiment. Quels sont vos projets ? Je vais travailler sur moi. J’ai besoin de ne pas être sous les projecteurs pendant un moment, de me reconnecter avec les gens dont je me suis éloigné ces dernières années. Ma mère, ma famille, mes amis. Être sur des tapis rouges, donner des concerts, faire des films, j’adore ça, mais ce n’est pas réel, c’est un monde de chimères. Mon art se nourrit de ce qui se passe dans la vie, donc je veux prendre le temps de vivre. Je continue à écrire, parfois je fume un joint d’herbe bien tassé, et l’inspiration vient. Mais rien ne presse. ♦ Ill Manors de Ben Drew Avec : Riz Ahmed, Natalie Press... Distribution : DistriB Films Durée : 2h Sortie : 3 avril www.mk2.com 61



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