Trendy n°3 nov 14 à fév 2015
Trendy n°3 nov 14 à fév 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de nov 14 à fév 2015

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Groupe Express-Roularta

  • Format : (174 x 225) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : études... dans quel cursus réussirez-vous le mieux ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Le monde en parle 38 * les savoirs L’école de tous Comment apprendre autrement ? Contre l’échec scolaire, des établissements innovent. En instaurant des pédagogies qui stimulent les intelligences multiples. On imagine la moue d’un Alain Finkielkraut, chantre de l’académisme scolaire, devant de telles hardiesses pédagogiques… Au collège Albert-Samain, à Roubaix, le cours de géo démarre par un clip de hip-hop  : Alicia Keys et le rappeur Jay-Z s’agitant au milieu des gratte-ciel au son d’Empire State Of Mind. Une façon originale d’illustrer la leçon du jour sur la vie dans une mégalopole. Dans les cahiers des élèves, les « cartes mentales », sortes de graphiques arborescents utilisés par les managers, remplacent les classiques pavés de notes. « Nous suivons le programme commun, mais avec des méthodes d’apprentissage très différentes », explique Lucas Gruez, préfet des études de cet établissement public situé en ZEP. Ici, toutes les formes d’intelligence ont droit de cité et les termes désobligeants (« cancres » ou « cas perdus ») sont bannis du vocabulaire. Les musiciens fredonnent leurs formules de maths ; les ados estampillés « kinesthésiques » (comprendre « en mouvement perpétuel ») peuvent suivre les cours debout afin de canaliser leur énergie et transformer leur corps en outil d’apprentissage. « L’idée consiste à rendre le savoir accessible aux élèves selon leurs atouts, en stimulant les différents circuits cognitifs », poursuit Lucas Gruez. La méthode fonctionne  : en juin, la moitié des collégiens de troisième ont décroché une mention au brevet… « Les problèmes des élèves en difficulté viennent du fait que leur forme d’intelligence n’est pas valorisée dans le système actuel, focalisé sur la forme logicomathématique et la forme verbale », reprend le responsable du collège. Tout Fran- çais le sait bien  : à l’école de feu Jules Ferry, mieux vaut avoir l’esprit « intello » plutôt qu’une âme d’artiste. Pro messes d’un savoir commun et universel, les sciences et les lettres dominent les autres matières et dictent les approches pédagogiques. Le système actuel, une hérésie neuroscientifique Pendant des mois, Stéphanie Crescent a observé ses élèves en plein apprentissage et cherché du côté des neurosciences la raison de leurs prouesses ou de leurs échecs scolaires. Cette enseignante d’un prestigieux collège parisien en a tiré une méthode. « À des étapes précises, je vérifie que les élèves ont les outils nécessaires, explique-t-elle. En cas d’échec, je leur fixe des objectifs individuels de progression en fonction de leur manière de travailler, ce qui développe leur intelligence d’euxmêmes… Personne n’apprend de la même manière. Le système actuel, en plus d’être profondément injuste, est neuro - scientifiquement hérétique ! » La prise en compte des intelligences multiples, solution miracle pour l’école du futur ? « C’est en tout cas une réponse adaptée aux difficultés que traversent de nombreux écoliers, relève Philippe Meirieu, spécialiste des sciences de l’éducation. La «monométhode» à la française sélectionne les profils et appauvrit la pensée. Trop formelle et logico-déductive, pas assez expérimentale, rarement coopérative… En enfermant les enfants dans un même moule pédagogique, elle les empêche de varier leur palette intellectuelle ! » Le « mammouth » de l’Éducation nationale commence tout de même à bouger. Nombre de rectorats pro posent désormais aux enseignants des formations et soutiennent les initiatives locales, souvent canton - nées aux établissements privés. Les associations de parents d’élèves, elles aussi, s’intéressent de près à la démarche, comme le montre le colloque que tiendra l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre sur ce thème, en mars 2015 à La Rochelle. Et à ceux qui voudraient n’y voir qu’un effet de mode, Stéphanie Crescent réplique, combative  : « Vous pouvez vous satisfaire d’une école où 40% des élèves sont malheureux, sous prétexte que «ça a toujours fonctionné comme ça» ? Pas moi ! » ◊ Marion Guérin n°3293 du 13 août 2014
Grégoire Bernardi « l’inadapté J’étais Diagnostiqué surdoué, Thibault, avec son intelligence à part, s’est passionné pour la musique et le sport, mais n’a pas eu son bac. À 20 ans, il dirige une petite entreprise. Témoignage sur un parcours hors norme. On dit que je suis surdoué. Mais moi, je pense plutôt que j’ai toujours été un petit con. Et, si vous vous imaginez qu’avec mon profil je suis forcément un génie des chiffres et des lettres, vous risquez d’être déçu. J’ai les maths en horreur et je n’ouvre jamais un bouquin. Agité, turbulent, anxieux… et mauvais élève, voilà qui je suis. Quant à ce perpétuel bouillonnement dans ma tête, je n’ai jamais su le gérer. À 6 ou 7 ans, j’avais déjà l’art de poser des questions qui n’effleuraient l’esprit de personne, mais qui me plongeaient, moi, dans un état d’angoisse folle. Des questions du genre  : mais pourquoi le citron est-il jaune ? Et le rouge que je vois ici, mon voisin en a-t-il une perception identique ? Comment penser le néant ? Et la mort ? À la récré, mes potes me regardaient de travers  : «Mais d’où tu la sors, celle-là ? T’es con, ou quoi ? » En un clin d’œil, je passais de l’exaltation à la dépression. En CM 2, j’ai été diagnostiqué surdoué – on dit «précoce», aujourd’hui. J’ai passé des examens dans un centre à Marseille, récité des séries de chiffres à l’endroit et à l’envers. Ils ont constaté que j’étais «hypermnésique» (mais aussi hyperactif et hypersensible…). Bref, j’ai une mémoire d’éléphant. À l’école, ça n’a pas plu. Mes amis ont commencé à me lâcher les uns après les autres, par jalousie peut-être. Pourtant, je ne me suis jamais senti plus intelligent qu’eux, même si je perçois le monde de façon un peu étrange, parfois trop profonde. D’ailleurs, mes parents m’ont souvent répété  : «Tu es juste différent, Thibault.» Un peu comme Forrest Gump, quoi ! Diagnostiqué surdoué à 10 ans « » Une fois au collège, j’ai atterri dans une «classe spéciale», où l’on mélange des génies qui ont 20 de moyenne, 150 de QI et trois ans d’avance avec des gamins comme moi, dotés d’un fonctionnement «différent». Là, à défaut de bosser en cours, je travaillais les gens au corps. J’emmerdais tout le monde. C’est ça, mon vrai talent  : comprendre la mécanique de l’esprit humain, détecter ses ressorts et ses failles. Pour moi, c’est comme résoudre un problème mathématique, sans chiffres ni lettres. Pour exprimer cela, à l’époque, je créais des conflits partout. Je discutais les ordres, même les plus simples  : «Thibault, mets la table ! – J’ai pas encore faim. – Mais nous, on a faim ! – Ben… mettez la table.» Quand mes interlocuteurs devenaient hystériques ou me pourchassaient de rage, j’avais gagné. À l’école des surdoués, j’étais l’inadapté parmi les inadaptés… Un gars toxique. Alors on m’a rebasculé chez les «normaux», où j’avais une obsession  : amuser la galerie. Au bout de six mois, mon groupe était tellement dissipé qu’on m’a renvoyé chez les «spéciaux». Je ne suis à ma place nulle part. Apprendre par soi-même Heureusement, il y avait le sport, à mille lieues de cet univers-là. Le foot – n°10, comme Zizou – douze heures par semaine pendant un an, avec des génies d’un autre genre. Puis le kitesurf, le golf (classé en un mois), le wakeboard (j’ai affronté le champion du monde de ma catégorie !). Tout ce que je touchais se transformait en or. Idem avec la guitare. Alors que je n’ai jamais pris un seul cours, beaucoup me conseillaient d’en faire mon métier. Lorsque j’apprends uniquement par moi-même, là, je peux faire des miracles. Dommage qu’on n’évalue pas ça à l’école. Si ç’avait été le cas, j’aurais peut-être eu mon bac… Mais, bon, je m’en sors. Aujourd’hui, j’ai 20 ans et je dirige une petite entreprise spécialisée dans le terrassement. J’ai appris à dompter mon «don» étrange et à l’utiliser de manière positive, pour draguer les filles, par exemple. Maintenant, les regards se reportent avec inquiétude vers ma petite sœur, précoce elle aussi. Mon portrait craché. Je plains mes parents… » ◊ Marion Guérin n°3293 du 13 août 2014 39



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