Trendy n°2 mar à oct 2014
Trendy n°2 mar à oct 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de mar à oct 2014

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Groupe Express-Roularta

  • Format : (174 x 225) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : web série... « Bro & Sis », la coloc' version frère et soeur.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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re Le monde en parle 50 Charlotte Gallimard Le photographe est ravi. Son modèle a été parfait. D’un naturel confondant, visage d’ange et regard rieur, Charlotte Gallimard ne s’est pourtant jamais exposée de la sorte, acceptant exceptionnellement de recevoir L’Express chez Casterman, son nouveau QG, dans le XIII e arrondissement de Paris. Figure discrète de cette aristocratie de l’édition qui publie la fine fleur de la littérature depuis plus d’un siècle, la fille aînée d’Antoine Gallimard assume, à 33 ans  : « Je ne me pose plus la question de mon nom, je vais de l’avant. » Un nom qui était censé calmer le jeu lorsque les rumeurs de revente de Casterman ont surgi, il y a un an. En acquérant Flammarion en 2012, Gallimard trouve en effet ce gros lot dans l’escarcelle, label mythique de la bande dessinée, éditeur des Aventures de Tintin. Sauf que la démission surprise de son charismatique directeur, Louis Delas, en désaccord avec le nouvel actionnaire, affole alors les auteurs – et non des moindres, de Bilal à Tardi en passant par Geluck. Mobilisation générale, panique à bord. « Mon père, fan d’Hergé, Portrait Chef de bande Il y a un an, la fille aînée d’Antoine Gallimard a été propulsée à la tête de Casterman, label mythique de la BD. Portrait d’une trentenaire au caractère bien trempé et qui a le sens de la dynastie. a voulu prouver son attachement à Casterman en me nommant administratrice déléguée », insiste Charlotte Gallimard. N’empêche. Le doute a persisté. Fait du prince et poudre aux yeux ? Quelle légitimité accorder à cette jeunette qui a pour seule expérience la direction d’une petite maison, Alternatives, filiale de Gallimard comme par hasard ? Dans les rangs plutôt machistes de Casterman, certains cow-boys se font mal à l’idée d’être menés par cette frêle cheftaine… En 2013, peu après sa fulgurante promotion, la jolie blonde, enceinte de son deuxième enfant, s’était rendue au Festival d’Angoulême sur la pointe des pieds. La nouvelle patronne a pris du poil de la bête et a été de la 41 e édition de la grandmesse de la BD, du 30 janvier au 2 février dernier, en compagnie de Benoît Mouchart, 37 ans, ex-responsable artistique du festival, qu’elle a astucieusement choisi comme direc teur éditorial. Quatre jours sans discontinuer, histoire de signifier clairement que « l’héritière » tient bon la barre de Casterman. Bertrand Desprez/Agence Vu
Et surtout qu’elle suit au mieux le premier conseil de son père, bien se faire entourer. Enki Bilal en convient aujourd’hui  : « Le tandem que Charlotte forme avec Benoît Mouchart fonctionne. Elle s’est tout de suite plongée dans le catalogue de Casterman. Les auteurs sont rassurés, le courant passe. » Directe, simple, à l’écoute, apprenant vite  : tous ceux qui la côtoient de près ou de loin en conviennent. La professionnelle a beau tenter de faire oublier la « fille de », difficile de s’émanciper d’un tel pedigree quand on a grandi sous les lambris du bel hôtel particulier de la rue ex-Sébastien-Bottin – rebaptisée Gaston-Gallimard pour le centenaire de la maison, en 2011 ; quand on a sauté sur les genoux d’un Patrick Modiano, grand ami de la famille avec son épouse, Dominique ; quand on part en vacances chez Jean-Marie Le Clézio au Nouveau-Mexique ; quand Philippe Djian, Daniel Pennac, Édouard Glissant, pour ne citer qu’eux, font figure de parrains. Il fut aussi un temps où la petite Charlotte collectionnait les autographes des grandes plumes qui venaient dîner à la maison, de Milan Kundera à William Styron, de Roger Grenier à Vargas Llosa. On imagine le trésor ! Et, lorsque Jonathan Littell occupe pendant plusieurs mois l’« appartement des écrivains » chez Gallimard afin de finaliser la rédaction des Bienveillantes, le futur Prix Goncourt 2006 vient retrouver la fille du patron dans la cuisine pour papoter autour d’un verre de whisky. « Il mettait aussi mes logiciels à jour », s’amuse celle qui est à tu et à toi depuis sa naissance avec les « grantécrivains ». De fait, elle tutoie tout le monde. Il lui est arrivé également d’être sans gêne, paraît-il. Du genre à interrompre une conversation sans s’excuser ni dire bonjour, à jeter négligemment son sac et à parler fort. Bien née et bien lotie (Gallimard occupe la 229 e place du classement des fortunes françaises publié par Challenges en 2013), l’arrièrepetite-fille de Gaston, le fondateur, pratique naturellement l’entre-soi  : son mari, Alexis Manuel, est le meilleur ami de Thibault de Montaigu, fils de Françoise Gallimard et cousin germain de Charlotte. Alexis est lui-même le cousin germain de Frédéric Beigbeder, par sa mère, Nathalie de Chasteigner. Elle a commencé au bas de l’échelle Très proche de sa mère, Anny, « une Alsacienne déterminée qui lui a donné le sens de la famille et le goût de la cuisine », selon un ami, Charlotte Gallimard l’est aussi de ses sœurs, Laure et Margot, nées en 1983 et 1988. Sans oublier Louise, 12 ans, qu’Antoine a eue avec Juliette Leygues, son actuelle compagne. Pas question de revivre le conflit de la génération précédente, ayant opposé Christian, dauphin désigné mais écarté par le patriarche Claude, au profit du cadet Antoine. Françoise avait pris partie pour le premier, Isabelle rallié le second. « Avec mes sœurs, nous sommes là pour après. Je les attends. La maison Gallimard est notre point d’ancrage. On s’y retrouve souvent pour déjeuner avec notre père. » De l’avis de tous, c’est elle qui lui ressemble le plus, aussi atypique. D’où leur « Je ne me pose plus la question de mon nom, je vais de l’avant. » complicité. Une relation si privilégiée qu’un jour Antoine Gallimard, indisponible pour participer au voyage organisé par un hebdomadaire, suggère que sa fille le remplace. Le journal déclinera la proposition. « Comme lui, Charlotte a un sens très fort de la dynastie, souligne une amie de la famille. Elle tient de sa grand-mère Simone Gallimard, qui avait repris le Mercure de France, sacrée personnalité. Antoine le sait et fait une sorte de transfert de sa mère sur sa fille. » Laquelle se souvient d’une « très grande dame » qui l’impressionnait. Et qui lui avait conseillé, dans une lettre conservée comme une relique  : « Garde toujours ta joie de vivre. » Message reçu. Ce qui ne l’empêche pas de partager également avec son géniteur un tempérament déterminé, exigeant, têtu aussi. « Dans les réunions, Charlotte peut se montrer brutale, rapporte un éditeur. Avec elle, comme avec son père, il faut que les choses aillent vite. Elle a toujours un coup d’avance. C’est une fonceuse. » Oubliée, l’élève médiocre, notamment en raison de sa dyslexie, qui a enchaîné les établissements privés les plus huppés – l’Institut de l’Assomption-Lübeck, l’École alsacienne –, raté son bac une première fois et demandé à son père de l’envoyer en pension – Notre-Dame de la Tilloye, à Compiègne. Des études d’histoire à la Catho et un master d’édition à la Sorbonne, « très théorique », lui suffisent pour avoir envie de passer à la pratique. Son nom lui ouvre les portes, comme ce stage à Londres chez le puissant Andrew Wylie, l’agent de Philip Roth, Martin Amis, Salman Rushdie. Puis ce poste chez Alternatives, qui publie des ouvrages sur la gastronomie, le design, etc. « Timide, rougissant pour un rien, Charlotte a commencé en 2007 au bas de l’échelle, déballant des cartons et envoyant des services de presse », se souvient la directrice éditoriale, Sabine Bledniak. Elle s’est même improvisée serveuse lors d’un cocktail, slalomant incognito entre les invités avec des plateaux. Pas question de jouer les Rastapopoulos De l’art de retrousser ses manches, à l’instar de son père, qui confiait à L’Expressil y a quelques années  : « Je dois mériter mon héritage, mes galons tous les jours. » La fille gagne les siens  : nommée PDG d’Alternatives en 2009 après le départ à la retraite du fondateur, elle ouvre de nouveaux chantiers et lance en 2012 chez Gallimard les Ateliers de la NRF, séances collectives d’écriture animées par des auteurs maison. Le succès est au rendez-vous, les intervenants y prennent goût, à l’instar d’Éric Fottorino  : « C’était courageux de la part de Charlotte, car beaucoup étaient circonspects, voire réprobateurs, comme si Gallimard se compromettait. Elle a remporté son pari et prouvé qu’elle n’est pas une rentière, mais une conquérante. » Jean- Marie Laclavetine, écrivain et éditeur qui l’a connue enfant, précise  : « Les Gallimard sont conscients de leurs responsabilités. Charlotte n’est pas une tête brûlée. » Et devrait se garder de jouer les Rastapopoulos, le Pater ayant clamé haut et fort qu’il n’en était pas un pour rassurer les auteurs Casterman. ◊Delphine Peras n°3265 du 29 janvier 2014 + 51



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