Touring n°2019-05 mai
Touring n°2019-05 mai
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2019-05 de mai

  • Périodicité : bimensuel

  • Editeur : Touring Club Suisse

  • Format : (210 x 282) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 28 Mo

  • Dans ce numéro : ludiques et utiles, les drones.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Le blues du camionneur Automobilistes et cyclistes sont souvent contrariés par les nombreux poids lourds encombrant le réseau routier. Et si l’on s’intéressait une fois au point de vue d’un routier ? Touring s’est invité à bord le temps d’une journée bien remplie. TEXTE ET PHOTOS JULIANE LUTZ Après 30 ans, Markus Böni aime toujours son travail. Chaque matin, il escalade les hautes marches donnant accès à la cabine de son Volvo FH12. Ce chauf- feur poids lourd zurichois parcourt plus de 70 000 km par année. En ce matin brumeux de mars, le 18 tonnes quitte la cour de la succursale Planzer de Dietikon à 7 h 45. Aujourd’hui, Markus Böni livre sa cargaison à des clients de la région zurichoise. D’autres jours, il se rend à La Chaux-de-Fonds via Bienne et Neuchâtel aller-retour ce qui, compte tenu des temps de repos réglementaires implacablement contrôlés par tachygraphe numé- rique, lui prend environ 14 heures. Mais la journée « courte » est aussi éprouvante, car rouler toute la journée dans un trafic dense, avec de nombreux arrêts, exige beaucoup de concentration. L’ordonnance sur les chauffeurs (OTR) et la convention nationale entre l’Astag et Les Routiers Suisses, dont l’entreprise Planzer est partie prenante, prévoient 48 heures de travail hebdomadaire. A 7 h 53, le quinquagénaire s’immobilise une première fois dans une entreprise de Schlieren. Il charge rapidement les marchandises sur le transpalette, abaisse la plate-forme hydraulique et effectue sa livraison. De retour dans sa cabine, il transmet au dispatcher la signature du gérant de l’entrepôt. Par téléphone mains libres, il informe le client suivant, un particulier, que ses meubles lui seront livrés dans un délai d’une demi-heure. « Il était contrarié car la livraison était attendue plus tard, explique Markus Böni après avoir mis fin à la communication. Nous essayons de tenir compte des souhaits, mais les horaires de livraison sont aussi tributaires du trafic. » Après avoir traversé lentement le quartier résidentiel de Höngg, il arrête son camion devant la rangée d’immeubles où le client est domicilié. Douze minutes plus tard, le chauffeur est de retour et nous explique que le client s’attendait à ce qu’on l’aide à monter ses meubles à l’étage  : « J’ai dû lui rappeler les termes du contrat  : la marchandise est déposée devant la porte d’entrée. Si j’avais dû l’aider, les livraisons suivantes auraient été retardées. » Toujours garder son calme Rester zen, c’est sa devise. C’est aussi le cas sur la route, quand les automobilistes évaluent mal les distances, se rabattent devant lui et le contraignent à un freinage d’urgence, ou quand des cyclistes font preuve d’intolérance. « Nous sommes perçus comme des perturbateurs, regrette-t-il. Les gens se demandent pourquoi il y a autant de camions, ils pensent que davantage de marchandises devraient être transportées 30 touring mai 2019 Il n’imaginerait pas faire autre chose Le chauffeur poids lourd Markus Böni, devant son 18 tonnes.
Les efforts physiques constituent le quotidien du chauffeur. La pause de midi, il la prend là où il y a de la place pour le camion. par le rail. Le fait est qu’il y a toujours plus de commandes sur internet et que les capacités des chemins de fer sont épuisées. On a besoin de nous. » Avant la Schiffbauplatz de Zurich, notre routier s’arrête pour per- mettre à une voiture de s’engager, mais le conduc- teur ne le remercie pas. « Je ne suis qu’un chauffeur de camion », commente Markus Böni avec un haussement d’épaules. Les traquenards de la route A 8 h 52, il décharge à nouveau des marchandises et le voyage se poursuit à travers le centre-ville de Zurich. La circulation est étonnamment fluide. Markus Böni ne prend pas de pause à 9h, car ça roule mieux le matin. A partir de midi, le trafic privé augmente. Là où les voitures passent, les chauffeurs poids lourd sont souvent confrontés à des pièges, comme l’étroitesse de certaines rues. « La Bürkliplatz et le Bellevue sont des endroits très exigus. S’il y a déjà un autre camion arrêté, je n’ai plus qu’à attendre. » La règle, c’est de ne pas s’énerver. A Küsnacht, il faut quitter la Bellerivestrasse en bifurquant à gauche. Le camion ne peut pas emprunter toutes les routes car certaines passent sous des ponts trop bas pour les 3,90 m de hauteur de son véhicule. Heureusement, le chauffeur a grandi dans le « Kreis 2 » et connaît donc très bien Zurich. Markus Böni est heureux de pouvoir tenir son prochain rendezvous à la minute près. Des monteurs attendent déjà les appareils de fitness livrés à Erlenbach. Les hommes blaguent un peu et le chauffeur poursuit son périple à travers des zones plus rurales. Il cherche toujours à faire un circuit plutôt qu’un parcours en zigzag. « Nous retournons maintenant à Zu- rich par le nord, ce qui nous permettra d’éviter de nombreux feux de circulation. » Pour ne pas déranger les riverains, Markus Böni évite aussi de prendre deux fois le même chemin à travers un quartier résidentiel. Jamais assez de place Arrêt à l’Ilgenstrasse, à Zurich, sur un chantier. Le chauffeur remonte rapidement dans sa cabine, mais doit s’immobiliser de nouveau plus loin. Des deux côtés de la chaussée, des voi- tures stationnées entravent la circulation. Sur la droite, un automobiliste a garé son break hors des cases. Une voiture passerait, mais pas le camion. Heureusement, l’importun s’en Toujours détendu, même après une longue journée. MOBILITÉ va rapidement. « Sinon, j’aurais dû faire marche arrière », explique Markus Böni. Ses tournées sont systématiquement ralenties par des incidents comme celui-ci. Mais ça va mieux à partir de la Rigiplatz. A 10 h 30, il s’agit de livrer à Oerlikon des colis d’un poids total de 1000 kg. Un chantier de construction impose un détour près de Glattbrugg, mais le chauffeur garde son calme. Jamais stressé ? « Si je l’étais, je ne pourrais pas faire ce travail. Ça ne sert à rien de s’exciter dans la circulation. » Nouveaux arrêts, à 11 h 02 à Wallisellen, à 11 h 34 à Schwamendingen, puis à 11 h 43 à Dietlikon. Le chauffeur décharge les marchandises. La concentration s’accompagne d’un travail physique intense. Et c’est l’heure du casse-croûte  : « Jadis j’allais souvent au Glattzentrum, mais on ne peut plus y parquer les camions. Alors maintenant, je mange là où il est possible de se garer. » C’est le cas au centre Coop de Dielsdorf. Attablé devant une escalope et un thé froid, Markus Böni confie qu’il roule également en Volvo au privé  : « Ces voitures sont fiables, belles et très sûres. » Il fait aussi de la moto pendant ses loisirs. « Nous ne roulons jamais à vide » L’après-midi, nouvel arrêt dans une entreprise à 13 h 49, puis déchargement de pièces en fer sur un chantier d’Oberglatt à 14 h 01. Comme personne n’est là pour les réceptionner, il prend une photo du matériel livré et l’expédie au dispatcher. Après livraison d’un poste de soudure à Rümlang, à 14 h 42, le camion est enfin vide. Le dispatcher confirme une commande à Regensdorf, où le chauffeur charge 4 tonnes d’acier  : « Nous reprenons des marchandises sur le chemin du retour, nous ne roulons jamais à vide. » A 15 h 42, le camion est de retour chez Planzer, à Dietikon. Markus Böni colle des étiquettes à code-barres sur les pièces en fer avant qu’un conducteur de transpalette ne les place dans des compartiments divisés par codes postaux, d’où ils seront distribués vers les camions. Mais la journée n’est pas terminée. Markus Böni doit encore ramener à sa base des meubles stockés dans une autre succursale de Dietikon. Alors qu’il se gare contre la rampe de chargement, le moteur se fait plus bruyant. « C’est le nettoyage à très haute température du filtre à particules, qui s’effectue automatiquement une fois par mois », explique le chauffeur. A 16 h 40, il est de retour à son point de départ. Il a reçu les ordres de livraison pour le lendemain, en Suisse romande. Les meubles ont été déchargés, la journée arrive enfin à son terme. ◆ mai 2019 touring 31



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