The Red Bulletin n°2020-05 mai
The Red Bulletin n°2020-05 mai
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-05 de mai

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (223 x 296) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 17,9 Mo

  • Dans ce numéro : la prochaine vague avec Justine Dupont.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Il y a des 13 novembre qui ne s’oublient pas. Celui de l’année 2019 restera à jamais gravé dans la mémoire de la Canaulaise comme l’un de ces graals enfin conquis, d’un mythe presque atteint, celui de la vague sans fin. Ce jour-là, lorsqu’elle lâche la corde qui la tracte au sommet d’une ogresse de plus de 20 mètres, elle éprouve d’autres vibrations. Ivresse d’un autre monde ressentie par ce point microscopique qu’elle est devenue au centre d’un mur écumant de rage. Un run de 15 à 30 secondes où l’on est dans sa bulle, étanche au fracas, où la moindre vibration est anticipée. « Je sens rapidement qu’il se passe quelque chose. Je prends une vitesse folle dans cette succession de petites vagues sans fin, comme si une ombre me poursuivait. » Sur cette vague portugaise de Nazaré, devenue en quelques années le pays des chargeuses et chargeurs (surfeuses et surfeurs de grosses vagues), Justine gagne encore en vitesse. « C’est inimaginable, dit-elle. Sur la vague, je n’ai aucun repère, hormis mes propres sensations pour évaluer la vitesse… » Trois mois plus tard, le 11 février, la surfeuse est à nouveau pourchassée par un swell en furie. « Cette fois, bien que la vague n’ait pas encore été mesurée, je pense qu’elle est encore plus énorme. Je dirais plus de 20 mètres. Cette fois encore, je sens que Fred, mon compagnon, qui me tracte jusque dans les vagues avec un jet-ski, a choisi la bonne vague. Elle ne cesse de se former sous ma planche en même temps que je la descends. Je sens que dans mon dos elle grossi, elle se lisse et se creuse bien plus que d’habitude. Il y a plus de puissance autour de moi… Après avoir pris une ligne plus proche du creux, je file vers le bas de la vague et je me prépare à l’explosion derrière moi. La mousse m’a dépassée, je me sens faire partie de la vague et heureuse de sortir d’elle toujours debout sur ma planche. » Pour parvenir à dompter ces tonnes de chaos liquide, Justine a œuvré dans la plus grande discrétion, prenant tout son temps pour écumer les hotspots du Big Wave Riding, de Belharra (Pays Basque) à Mavericks (Californie) en passant par Mullaghmore (Irlande), Jaws (Hawaï) et bien sûr Nazaré (Portugal) où elle a fini par s’installer. Depuis sept ans, époque où elle revendiquait déjà son envie de se frotter aux éléments dans ce qu’ils ont de plus puissant, elle apprend, réapprend, chute parfois, recommence. Affronte ses peurs, ou renonce, se lance des défis très hauts, et bien réfléchis. Mais ne s’arrêtera pas là, à ce fabuleux record peut être récompensé prochainement par un Big Wave Award, genre d’Oscar du surf de gros. Il va falloir féminiser le lexique et élargir ses horizons. Car peu importe les codes en vigueur, il ne s’agit ici que d’une chose  : la quête de toute une vie. the red bulletin  : Sur ces deux vagues monstres de novembre et de février, à aucun moment vous n’avez eu peur de vous faire avaler ? justine dupont  : Quand je suis sur la vague, quelle que soit sa puissance, sa taille, je suis tellement dedans, concentrée à 300% que je ne pense qu’aux 3 ou 4 mètres qui me précèdent. Au sommet, avant la descente, je prends toutes les informations possibles  : forme, vitesse, déclivité, et j’en déduis ma future ligne, là où je vais pouvoir prendre de l’énergie pour surfer le plus longtemps possible. Sur la vague de novembre, il y avait pas mal de perturbations, à cause du vent, l’eau devenait dure à cause du clapot, c’était un peu comme un champ de bosses ultra pentu qu’il fallait dévaler avec la plus extrême vigilance. Celle de février en revanche m’a autorisée à plus de liberté, à faire ce que je préfère dans le surf  : négocier une belle ligne, planche sur le côté pour prendre de l’angle et de la vitesse, comme dans de la poudreuse. La peur arrive avant, comme un repère. Si elle est trop présente, c’est que je ne suis surement pas encore prête, et ça m’est déjà arrivé de renoncer. Elle est aussi rétrospective. En visionnant mes images de GoPro, sur l’une de ces vagues, je vois deux étapes. Sur la première, mon visage traduit une grande concentration, je vis le moment, je suis en alerte maximum, tous mes sens sont en éveil. Sur la deuxième, j’affiche un sourire qui veut dire  : « Ça y est, je viens de passer la phase la plus critique de la vague. » Je suis dans l’émotion, puis je me concentre pour bien terminer la vague, en sécurité. Pendant ces quelques secondes, mon cerveau passe par tous les stades. Quelques secondes… Le surf de gros, c’est une attente énorme pour un plaisir furtif ! Pour parvenir à dompter ces tonnes de chaos liquide, Justine Dupont a œuvré dans la plus grande discrétion. 26 THE RED BULLETIN
L’ADN de Nazaré  : un phare rouge, du swell, des vagues monstrueuses et Justine Dupont.



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