The Red Bulletin n°2020-03 mars
The Red Bulletin n°2020-03 mars
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-03 de mars

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (223 x 296) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 18,3 Mo

  • Dans ce numéro : Franck Gastambide, validé par les pilliers du game, il lance la première série consacrée au rap français.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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EMMANUEL JAL & NYARUACH Des machettes à la musique Ils sont frère et sœur, enfants rescapés de la guerre civile au Soudan. Devenus adultes, ces musiciens afropop n’ont qu’une seule mission  : semer l’espoir. Lorsque le musicien soudanais Emmanuel Jal joue, tout son être vibre de joie  : il danse, sautille, fouettant l’air de ses cheveux. Nyaruach, sa sœur et complice est plus posée, mais animée de la même énergie. Dans l’album du duo Naath (2018), elle interprète le titre Gatluak dans sa langue maternelle, le nuer et y fustige un prétendant louche sur un rythme irrésistible. Ce tableau réjouissant ne reflète pas pour autant l’histoire agitée de ces deux êtres. Enfants au début des années 80, ils sont séparés de leur famille durant la Seconde guerre civile soudanaise, qui fera près de deux millions de victimes. À sept ans, Emmanuel est enrôlé dans l’Armée populaire de libération du Soudan, épisode qu’il relate dans ses mémoires, War Child  : l’histoire d’un enfant-soldat. Nyaruach a été violée par des agents du gouvernement, et tous deux perdent d’innombrables êtres chers, dont certains exécutés sous leurs yeux. Ils sont à nouveau réunis au Kenya où ils trouvent enfin asile. En 2005, ils connaissent le succès avec Gua (trad. paix), tube d’Emmanuel. Depuis, ce dernier s’est produit au Live 8 : Africa Calling, a partagé l’affiche avec Reese Witherspoon dans The Good Lie en 2014, fondé une ONG et s’est installé à Toronto (Canada). De son côté, à date, Nyaruach vit dans un hall en Angleterre avec ses deux enfants. Le contraste entre les traumatismes vécus et la gaîté de leur musique est saisissant. Mais pour eux, rien de plus logique  : « Nous chantons l’espoir afin que les gens rentrent chez eux le cœur plus léger. » the red bulletin  : Emmanuel, quels ont été à ce jour les moments les plus exaltants de votre carrière ? emmanuel jal  : En termes de moments clés, Live 8 en fait partie tout comme le gala pour les 90 ans de Nelson Mandela, les tournées avec Aaliyah et Lauryn Hill, et les chansons avec Alicia Keys. Votre collaboration remonte au premier album d’Emmanuel, en 2004… ej  : C’était en dilettante à l’époque, mais Nyaruach et ses amis se sont impliqués dans une chanson qui m’a valu une visibilité internationale (Gua, en 2005) et d’être numéro un sur les radios kenyanes. Les gens l’adoraient sans comprendre le texte. Vous reconnaît-on dans la rue ? ej  : Oui, après le succès de Gatluak la notoriété de Nyaruach est devenue virale. Au restaurant, des fans payaient parfois sa note à son insu. Nyaruach, vous avez dû récemment quitter le Kenya. Pourquoi ? n  : De retour à Nairobi après une tournée en Angleterre en 2018, des agents du gouvernement me contactaient depuis un numéro privé. S’ils arrivent à vous joindre, ils peuvent aussi vous kidnapper et vous éliminer. Vous devez donc fuir. Je ne dormais pas sous le même toit que mes enfants, changeais de maison chaque nuit et gardais mon téléphone éteint. J’étais terrifiée. C’est comme si les gouvernements du Soudan du Sud et de Nairobi étaient de mèche. Je me suis investie en politique à cause de ce que j’ai vu. Impossible de garder le silence quand vous perdez un père, une mère ou une sœur, quitte à risquer sa vie. Je devais le dénoncer. Mais au Soudan, c’est mal vu venant d’une femme. Là-bas, elles n’ont pas voix au chapitre. Désormais, je n’ai plus de lieu où vivre. J’ai fui le Soudan du Sud et Nairobi. Mais il me reste la musique. J’espère obtenir l’asile ici. Voilà deux mois que je suis SDF à Liverpool. Nous dormons dans un grand hall tels des soldats dans l’attente d’un logement de la part des autorités. ej  : Nous avons perdu 60 proches dans la région d’où nous venons. Notre frère a été abattu alors qu’il téléphonait au benjamin de la famille. Les civils sont pris pour cible. Aujourd’hui, nous dénonçons cela. Mais parler des viols, des enlèvements et des meurtres de masse reste difficile. Avec la notoriété, Nyaruach ne peut plus se rendre dans un camp de réfugiés. On la reconnaîtrait et les espions qui y rôdent pourraient l’enlever. Qu’espérez-vous pour le futur ? n  : Comme Emmanuel, je veux aider les gens dans le besoin. Au Soudan du Sud, les femmes sont soumises aux hommes qui leur interdisent de travailler. Je veux me battre à leurs côtés avec ma musique. Vos chansons véhiculent-elles d’autres messages ? ej  : Le génie de la musique et du sport transcendent les tribus. Quand j’étais enfant-soldat, je haïssais les musulmans et voulais en tuer le plus possible. Mais j’ai évolué. Un jour, un chanteur musulman a donné un concert chez nous. Je suis resté bouche bée en voyant tout le monde, soldats, enfants, réfugiés, se battre pour être au premier rang. C’était génial ! Comme le vent ou l’amour, la musique ne connaît nulle frontière. Instagram  : @ nyaruachmusic ; emmanueljal.com 20 THE RED BULLETIN IAN VOGLER/DAILY MIRROR JESS HOLLAND
« Tout comme le vent ou l’amour, la musique ne connaît nulle frontière. » Nyaruach et Emmanuel Jal chantent pour apaiser leurs fans. THE RED BULLETIN 21



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