The Red Bulletin n°2020-02 février
The Red Bulletin n°2020-02 février
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-02 de février

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (221 x 295) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 18,8 Mo

  • Dans ce numéro : le ski comme vous ne le verrez qu'une fois.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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qu’il y ait un minimum de huit kilos de déchets par personne. En deçà de ce chiffre, l’organisateur s’expose, à moyen terme, à un retrait de permis. Seuls les agences et les guides sont concernés par ces réglementations ? Cette charte s’applique à tous les professionnels de la montagne  : ça va des aides-cuisiniers durant les expéditions aux yakmen, qui conduisent les yaks utilisés pour le transport de matériel. Ces derniers sont les caravaniers des expéditions et jouent un rôle très important pour la préservation de la montagne. Il y a donc un gros travail de sensibilisation (par des dialogues, des films, des ateliers, etc.) qui est fait vers les caravaniers. Je passe donc beaucoup de temps dans les cuisines des expéditions à leur enseigner à faire le tri ! C’est d’ailleurs ce qui prend le plus de temps  : former les professionnels de la montagne, aller les voir, parler avec eux du traitement des déchets pour essayer de recycler au maximum. Plus concrètement, comment fait-on pour venir à bout de dix tonnes de déchets dans l’un des endroits les plus inaccessibles de la planète ? Les détritus sont collectés par des porteurs tibétains aidés de yaks et qui sont payés selon le système du Cash for Trash. Un premier tri s’opère dès le début  : les déchets biodégradables sont ramenés à une altitude où ils pourront se biodégrader sans risquer de geler. Les autres sont ramenés au Camp de base, à 5 200 mètres ou au Camp de base Avancé, à 6 500 mètres. Là encore, on sépare les déchets recyclables, qui sont envoyés par camion à Lhassa, et ceux non-recyclables qui sont envoyés à la décharge de Tingri, la ville la plus proche du Camp de base. Quant aux déchets laissés en très haute altitude, à partir de 6 500 mètres, ils sont ramenés à dos d’homme, équipés de bouteilles d’oxygène. C’est un travail physique et logistique très compliqué à réaliser. Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui sur la voie nord de l’Everest, grâce à Clean Everest ? L’Everest côté nord  : la voie tibétaine 8 848m, le plus haut sommet au monde TIBET On y trouve enfin tout un dispositif de collecte et de traitement des ordures (containers, centres de collecte à mi-parcours, transport des déchets), ainsi que des toilettes, même au Camp 1, à 7 028 mètres. Toute cette infrastructure et logistique est désormais gérée et financée par le gouvernement chinois depuis 2018. Et tout cela coûte cher  : il a fallu installer des toilettes, redescendre les vieilles cordes de montée, fournir à tous les alpinistes des sacs biodégradables pour les excréments, dont on ne peut se débarrasser qu’en-dessous de 6 000 mètres. À 18 ans, vous vouliez devenir nonne dans un monastère bouddhiste, et vous voilà une professionnelle du social business  : comment opère-t-on un tel revirement ? Premier ressaut 8 500 m CRÊTE EST Camp I 5 580 m Camp II 6 090 m SOMMET Camp VI 8 250 m Camp V 7 800 m Second ressaut 8 600 m CRÊTE NORD NÉPAL Camp IV 7 050 m COL NORD Camp III 6 500 m CAMP DE BASE AVANCÉ CRÊTE OUEST Dans mon parcours, je suis passée par trois modèles de développement  : le premier fut purement humanitaire. Puis j’ai travaillé pour des ONG sur des gestions de projet traditionnelles. Dans les deux cas, j’ai vu les limites de ces modèles, tant dans leur pérennité que dans leur approche, trop axés sur l’assistanat. Il n’y avait pas de prise en compte de ce besoin fondamental d’autonomie financière des Tibétains. C’est comme ça que je me suis intéressée au social business, qui permet un vrai partenariat d’égal à égal avec les Tibétains  : je suis donc devenue entrepreneur social et me suis positionnée comme chef d’entreprise, avec face à moi des gens qui étaient prêts à se prendre en charge eux-mêmes. Et qui ont en plus de cela une vision sociale très forte de leur business. L’autre 66 THE RED BULLETIN CHRONICLE/ALAMY STOCK PHOTO
La charte environnementale de Clean Everest 1. PROTÉGER L’EAU DE SOURCE Toute activité liée à l’eau (vaisselle, lessive, etc.) doit se faire avec des produits non agressifs et à une distance de 50 mètres minimum d’un cours d’eau. Installer les toilettes toujours en aval d’une source, jamais en amont. 2. TRAITEMENT DES DÉCHETS Équiper les camps de trois containers pour les déchets recyclables, non-recyclables et le papier. Ne rien laisser derrière soi. S’assurer que les déchets sont tous collectés et transportés par les yakmen jusqu’aux camps, nettoyer le Camp de base Avancé avant de s’y installer. raison, c’est qu’en Chine, il n’y a pas d’autre voie, voire d’autre voix possible  : si tu n’as pas un business, tu n’es pas entendue. Si tu n’es pas dans ce milieu-là, tu n’existes pas. Finalement, je m’y suis sentie plus à l’aise, parce que c’est beaucoup plus créatif de créer une entreprise. C’est donc dans ce contexte qu’est né Global Nomad, la première agence de tourisme éco- socio-responsable au Tibet. Avec deux autres associés (basés à Chengdu, notre antenne chinoise, à 2 000 km à l’ouest de Lhassa), nous avons développé des produits touristiques dans toutes les régions du Tibet, avec l’objectif premier de servir de plateforme pour d’autres entreprises liées au tourisme éco-socio-responsable et à la protection des cultures tibétaines – notamment l’artisanat, la musique et l’art. 3. PROTECTION DE LA FAUNE ET DE LA FLORE Ne pas s’approcher ni nourrir les animaux sauvages, ne pas faire de bruit ni allumer de feu dans les zones où ils vivent. Il est interdit de ramasser des plantes sauvages ou d’acheter des produits faits à partir de plantes ou d’espèces animales protégées. 4. ÉDUCATION Enseigner les bonnes pratiques de tri et de recyclage. Connaître et respecter les coutumes et les croyances locales liées à la nature et aux montagnes. Apprécier un mode de vie proche de la nature. Aujourd’hui, une dizaine de touropérateurs francophones travaillent avec Global Nomad. Vous vous efforcez depuis des années de développer le tourisme de montagne au Tibet et donc sur l’Everest, tout en sachant que ce tourisme peut avoir des conséquences écologiques fatales  : n’est-ce pas un paradoxe ? Non, parce que j’ai toujours agi dans le bon sens, justement pour éviter toute répercussion négative. J’ai constamment œuvré à créer du changement, à faire bouger cette industrie pour qu’elle soit plus respectueuse de la nature et des Hommes. Les expéditions que j’ai pu mener au Tibet, que ce soit avec mon agence Global Nomad ou avec d’autres structures, ont toujours été des exemples en termes de tourisme éco-responsable. Au cours de toutes ces années au service des autres, qu’est-ce qui vous a permis de ne pas lâcher, face à la difficulté ? Pour moi, la difficulté, c’est un moteur. Là où beaucoup pourraient y voir un problème, j’y vois une opportunité pour transformer une situation en une résolution. Il y a de plus, en tibétain, un entraînement de l’esprit qu’on appelle la pratique de la semchuk (de « sem », l’esprit, et « chuk », la force)  : cette force de détermination, elle peut se cultiver. Comment ? En changeant justement la vision qu’on se fait des problèmes et des difficultés  : il s’agit de voir une possibilité dans toutes les expériences de la vie et du quotidien, d’y voir un champ d’exploration et de transformation intérieures pour éveiller cette « semchuk ». Tout à coup, tout le mode de perception change, tout devient une possibilité pour renforcer une qualité intérieure, et c’est génial, parce que du coup, toutes les difficultés sont bienvenues ! C’est « Là où certains voient un problème, je vois une opportunité. » d’ailleurs ainsi que les Tibétains abordent leur quotidien. Il y a tout de même des difficultés qui restent objectivement insurmontables... C’est vrai qu’il faut du discernement pour savoir ce qui est possible et réalisable, et ce qui est hors de ma portée. Il faut rester avec des objectifs bien définis à la base, bien clairs. C’est là que mes connaissances en coaching et en management me sont bien utiles, justement pour formuler les bons objectifs, des délais réalistes, et y rester connectée, avec détermination et douceur à la fois. Vous avez déjà trois ascensions de l’Everest à votre actif et serez bientôt chef d’expédition pour la voie nord  : comment vous préparezvous pour rester de longs mois en très haute montagne ? Ce qui m’aide, c’est de me sentir connectée à la nature  : c’est cette symbiose avec mon environnement qui va me permettre d’affronter les éléments. Et cela passe par une reconnexion avec son propre corps. Cela signifie être ultraréceptive à toutes mes sensations physiologiques, absolument toutes, même les micro-sensations  : la transpiration, le froid, les palpitations du cœur, la respiration. C’est ce que l’on appelle l’intéroception. Une fois en montagne, je suis confrontée à un environnement tellement dur que je suis obligée d’être à l’écoute de mon corps, de savoir si j’ai faim ou soif, si j’ai besoin de me reposer. Cette vision d’union avec la nature, c’est un atout considérable pour faire face aux environnements les plus hostiles. Quels conseils donneriez-vous aux amoureux de la montagne ? Suivre les principes de leave no trace (que l’on pourrait traduire par « ne laisser aucune trace derrière soi », ndlr), évidemment, mais surtout se rappeler que l’on fait partie intégrante de la nature, et considérer la montagne comme son propre corps. Respecter la montagne, c’est se respecter soi-même. Global Nomad  : globalnomad-tibet.com Highland Initiatives  : highlandinitiatives.com/clean- everest/THE RED BULLETIN 67



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