The Red Bulletin n°2020-02 février
The Red Bulletin n°2020-02 février
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-02 de février

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (221 x 295) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 18,8 Mo

  • Dans ce numéro : le ski comme vous ne le verrez qu'une fois.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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sa grande complexité logistique  : il faut dire que la face septentrionale de l’Everest est la plus accidentée, et donc la plus dangereuse. Dans cet océan de caillasse battu par des vents glaciaux tout au long de l’année, impossible pour les hélicoptères de secours de se poser ou pour les véhicules d’y avoir accès. Pour les participants au projet, une seule solution afin de venir à bout des quelques dix tonnes de déchets repérés sur le site avant opération  : les évacuer à dos d’homme ou de yak. Une entreprise titanesque mise en place et réalisée sur quatre ans, au prix de lourds efforts physiques et financiers. Outre l’évacuation des déchets, ce projet a également permis de mettre en place toute une infrastructure visant à collecter et trier les déchets et à récupérer les eaux noires en haute altitude, d’installer des toilettes dans les différents camps d’ascension et d’instaurer un système de contrôle environnemental draconien, une taxe dont doivent s’acquitter chaque client d’expédition ainsi qu’une charte écologique reprenant les valeurs tibétaines de protection des montagnes. À l’origine du projet  : Marion Chaygneaud-Dupuy, une Française de 39 ans qui réside à Lhassa (région autonome du Tibet, en Chine) depuis ses 22 ans et qui a consacré la plus grande partie de sa vie à l’aide au Le tourisme sur l’Everest en quelques chiffres 8 848 mètres  : l’altitude du mont Everest 5 morts en moyenne par an 11 morts en 2019 (dont 2 côté tibétain) 12 000 kilos d’excréments ramenés chaque saison par les sherpas népalais, qui se déversent en développement, à la protection de la culture des nomades tibétains et à la défense de l’environnement au Tibet. C’est d’ailleurs pour ce dernier aspect de son engagement et pour son rôle dans la mise en place de Clean Everest que la jeune femme, originaire de Dordogne, a été récompensée par le prix Terre de Femmes 2019, décerné par la Fondation Yves Rocher. Spécialiste de l’entrepreneuriat social, du guidage et de la partie dans les cours d’eau du Népal 60 000 euros en moyenne  : le prix que l’on paie pour monter sur l’Everest 2 mois  : la durée de la saison touristique (mai-juin) 20 pour cent  : le taux d’oxygène au-delà de 7 400 m Les yaks, acteurs incontournables pour la réussite du projet. médecine en très haute altitude, fondatrice d’une ONG pour la défense des cultures nomades (Highland Initiatives) et de la première plateforme pour les entrepreneurs sociaux tibétains (Global Nomad), elle est également la première femme à avoir gravi l’Everest à trois reprises (en 2013, 2016 et 2017) et détient le record du plus « long permis de résidence » délivré à un Occidental à Lhassa. Pour The Red Bulletin, Marion Chaygneaud-Dupuy revient sur la difficile mise en œuvre du projet Clean Everest et sur sa manière d’aborder chaque obstacle comme un cadeau du destin. the red bulletin  : Quand vous est venue l’idée de Clean Everest ? marion chaygneaud-dupuy  : Lors de ma première ascension au sommet, en 2013. Voir toute cette pollution, m’a littéralement blessée, une blessure que j’ai ressentie au plus profond de moi. Il fallait donc que je fasse quelque chose, car je me sentais comme « polluée ». J’avais cette détermination et en même temps, je devais être dans l’action  : pour mobiliser des équipes, mettre la lumière auprès de mes élèves à l’École des guides de Lhassa (Marion y travaille comme formatrice,ndlr), sur tout ce qui pouvait être fait au niveau local pour dépolluer les sites, afin de monter une action qui soit pérenne et réplicable ; et enfin, je voulais fédérer cette initiative avec d’autres, de part le monde, pour qu’il y ait un effet boule de neige. Un vaste projet, qui a mis trois ans à devenir réalité ! Par où avez-vous commencé ? Il y a un principe, dans la réalisation de projet, qui s’appelle slow down to accelerate  : il faut y aller petit à petit car ce n’est que lorsqu’il y a des bases solides, installées sur la durée, que le projet peut vraiment mûrir. La lenteur du processus – trois ans ! – c’est donc tout à fait normal. Mais une fois que les opérations de nettoyage ont commencé, en 2016, tout a été très vite  : en 2017, on avait déjà récolté la moitié des déchets, et les deux dernières années, on a pu peaufiner le modèle et terminer de tout nettoyer. Au total, ce sont dix tonnes 64 THE RED BULLETIN MARION CHAYGNEAUD-DUPUY
de déchets qui ont été évacuées de l’Everest ! Quelles ont été les premières étapes ? Il fallait absolument que ce projet soit cent pour cent tibétain, que le peuple tibétain se l’approprie. Il était donc essentiel de partir du tréfonds des valeurs partagées par la population locale. Pour cela, j’avais un partenariat avec l’École des guides de montagne du Tibet à Lhassa et la compagnie des guides tibétains. On a donc commencé par enseigner aux élèves de l’École des Guides les préceptes de la culture bouddhiste tibétaine, car ce sont eux qui vont plus tard coordonner les opérations de collecte et de nettoyage lors des expéditions. Ces trois années consacrées à un travail de fond et d’éducation auprès des guides et de tous les professionnels de la montagne, je savais qu’elles allaient porter leurs fruits. Pourquoi leur parler de préceptes bouddhistes tibétains avant de leur apprendre à trier les déchets ? Pour qu’un projet s’inscrive dans la durée et que les gens qui y participent restent motivés, il est fondamental de partir de leurs valeurs propres, celles qui leur parlent. Et « Trois ans de préparation, c’est tout à fait normal ! » pour cela, il faut d’abord prendre le temps  : le temps de les écouter, de comprendre ce qui est important pour eux. Pour les Tibétains, c’était cette vision sacrée de la montagne (« Jomolangma » est le nom tibétain de l’Everest et signifie « la mère sacrée », ndlr). L’éducation des futurs professionnels de la montagne, ce n’était qu’une étape du projet. Quelles ont été les autres étapes ? L’étape la plus importante pour le projet a été la création d’une charte environnementale, qui est censée être respectée par tous les professionnels de la montagne et tous les alpinistes se rendant sur l’Everest – et bientôt sur tous les autres sommets de l’Himalaya, côté chinois. Là encore, nous sommes partis des valeurs tibétaines pour édifier, avec les guides tibétains, une charte environnementale qui corresponde à leurs croyances et qui soit acceptée par tous. Au final, les efforts ont payé  : l’une des équipes de Clean Everest devant le butin du jour. Quel en est le contenu ? Le modèle de cette charte s’inspire de celle créée par le Karmapa, le deuxième dignitaire bouddhiste le plus important après le Dalaï-lama. Vivant en exil en Inde, il a instauré dans ses monastères des règles de vie en harmonie avec la nature, sur la base de quatre piliers, qui correspondent aux quatre éléments (l’eau, l’air, le feu et la terre)  : la protection de l’eau, celle de la faune et de la flore, la gestion des déchets et l’éducation. Une charte, c’est bien, mais comment la faire appliquer ? À partir de la deuxième expédition de nettoyage, lorsque le projet a commencé à être reconnu par les autorités locales, celles-ci ont décidé de réglementer autour des points de la charte. Les agences qui organisent des ascensions sur l’Everest sans respecter la charte sont identifiées par le gouvernement et risquent de perdre leur permis. Concernant par exemple l’interdiction de laisser des déchets derrière soi – un point essentiel de la charte –, ce sont les représentants du gouvernement chinois qui vérifient pour chaque expédition le nombre de kilos montés dans les camps en altitude et le nombre de kilos redescendus. Au final, il faut THE RED BULLETIN 65



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