The Red Bulletin n°2020-01 janvier
The Red Bulletin n°2020-01 janvier
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-01 de janvier

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (221 x 295) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 21,7 Mo

  • Dans ce numéro : Ben Lecompte a nagé 555 km dans un océan de plastique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 82 - 83  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
82 83
identité lui a été complètement enlevée. Il a appris à partager le fait que l’on peut retrouver sa vie et son identité. Il a été une telle source d’inspiration pour tant de gens à leur montrer qu’il ne faut pas laisser ces blessures vous définir. C’est tellement cool de voir cela. Je ne crois pas que cela faisait partie de ses plans, mais je pense qu’il se réjouit d’apporter autant à tous ces gens, et il ne se rend même pas compte que c’est exactement ce qui est en train de se produire. » Basagoitia reconnaît que c’est un rôle qu’il apprend à assumer bien que cela ne soit pas toujours facile. Répondre à des courriels ou à des questions après une projection est une chose. Mais aller aux soins intensifs et rencontrer quelqu’un qui vient d’apprendre qu’il ne marchera peut-être plus jamais en est une autre. « Je leur parle de ma situation et de ce que j’ai fait, et j’essaie de les encourager, explique-t-il. Je trouve cela gratifiant bien que cela soit aussi difficile parce que ça remue des souvenirs. Les deux premières semaines après une lésion de la moelle épinière sont littéralement les deux pires semaines de votre vie parce que vous souffrez tellement, vous ne pouvez pas bouger, vous ne ressentez rien. L’avenir est incertain. Je leur dis  : «Ne lâche pas. Garde la tête haute. On ne sait jamais ce qui peut arriver. La route sera longue.» » Il renchérit  : « Moi aussi, j’ai parfois du mal avec ça. Je me dis  : «Sérieux, c’est vraiment moi, ça, pour le reste de ma vie ? » La réalité nous rattrape parfois. Je me retrouve à broyer du noir et à me dire  : «Ce n’est pas comme ça que je m’étais imaginé ma vie.» J’ai du mal à penser à cela, et puis l’autre côté de mon cerveau me dit  : «Tu es tellement remonté. Tu as fait tellement de chemin. Tu es toujours capable de pédaler à vélo. Tu es totalement indépendant ; tu n’as pas à compter sur qui que ce soit pour t’aider. Profites-en.» Je peux dire que j’ai ça. » Avec Any One of Us sur le point d’avoir une importante diffusion, la visibilité de Basagoitia et de Nichole à l’intérieur et à l’extérieur de la communauté LM est sur le point d’exploser. « Idéalement, j’espère que rien ne changera vraiment radicalement, dit-elle. J’aime ma vie et nos vies ensemble. Je sais que c’est plus important que nous, et j’en suis si reconnaissante. Mais il est aussi très important de rester humble, et il y a tant de personnes qui ont subi une lésion de la moelle épinière et on ne leur a pas donné l’occasion de raconter leur histoire. » Sur un vélo emprunté à Cam Zink, Basagoitia passe du statut d’inconnu à celui d’étoile montante en triomphant en slopestyle lors du Crankworx 2004 à Whistler, au Canada. C’est dans l’air Paul Basagoitia souffre de vertiges. Cela peut sembler une forme d’humour noir venant d’un homme dont l’ancienne carrière comportait des sauts de vingt mètres, mais c’est la vérité – ce qui rend d’autant plus intéressant le fait qu’il cherche maintenant à obtenir une licence de pilote. L’un de ses bons amis est capitaine d’équipage chez SkyWest Airlines. Après l’accident de Basagoitia, il l’a emmené faire un vol sur un Cessna Skywagon. Dans les airs, Basagoitia a pris les commandes. Il a fait quelques virages et a été conquis. Sa blessure ne l’empêche pas d’utiliser les pédales ; bien qu’il ne puisse faire de dorsiflexions, il est capable BASAGOITIA SERA BIENTÔT UN HOMME MARIÉ. IL A FAIT SA DEMANDE À NICHOLE EN OCTOBRE 2017 À MALIBU, DEUX ANS APRÈS L’ACCIDENT. de manœuvrer et de ralentir l’avion à l’aide de ses talons. Et, autre périple, Basagoitia a repris contact avec sa mère. Ils ne s’étaient pas parlé depuis plusieurs années avant son accident et cela s’est encore prolongé pendant une bonne partie de la première année de son rétablissement. « Elle se faisait du souci, mais j’étais tellement concentré sur mon rétablissement que je ne voulais pas essayer de régler notre relation en même temps, dit Basagoitia. Mais en ce moment, nous discutons une fois par semaine, ou toutes les deux semaines. C’est beaucoup mieux maintenant que ça ne l’a jamais été depuis de nombreuses années. » Elle assistera peut-être à son mariage. Car Basagoitia sera bientôt un homme marié. Il a fait sa demande à Nichole en octobre 2017 à Malibu, deux ans après son accident. Dans l’une des dernières scènes du film, il met sa canne de côté, se dirige vers elle sans aide, s’agenouille et fait sa demande. Ils ont d’abord envisagé de se marier à Talum, au Mexique, mais ils ont plutôt choisi le lac Tahoe, en partie parce que son père ne prend pas l’avion. La date a été fixée au 20 février 82 THE RED BULLETIN YORICK CARROUX/CRANKWORX
AVANT DE SUBIR SA BLESSURE, LE PILOTE INSPIRAIT SES FANS. DEPUIS, IL N’A CESSÉ DE LES INSPIRER. 2020, bien que cela puisse ne pas se produire comme prévu. « Nous allons rester ensemble jusqu’à notre mort, si Dieu le veut, alors il n’y a pas vraiment d’urgence à célébrer notre union, dit Nichole. Nous sommes toujours dans l’après-coup du tournage et des festivals de cinéma. La planification d’un mariage n'est pas une priorité. » Et même s’il utilisera peut-être une canne le jour venu, Basagoitia marchera plutôt qu’il ne roulera dans l’allée à son mariage. Et qu’en est-il de l’avenir à long terme ? Et des enfants ? Pour l’instant, c’est une éventualité – toujours dans le domaine du possible, comme le révèle l’une des scènes plus légères et plus exaltantes de Any One of Us. « Nous parlons constamment de la question des enfants, dit Basagoitia. Pour l’instant, on ne se voit pas avec des enfants de sitôt. Mais cela ne veut pas dire qu’on n’en aura pas. Après mon accident, la dernière chose que je voulais, c’était d’avoir un enfant et de ne pas pouvoir lui montrer comment faire du vélo ou de marcher dans le parc. Ça m’aurait tué de ne pas pouvoir tenir mon propre enfant dans mes bras, ni de le lancer dans les airs. J’étais terrifié à l’idée que je n’y arriverais peut-être jamais. Je peux cependant lui montrer comment faire du vélo, ça je peux le faire. Peut-être pas le lancer dans les airs, mais je peux certainement lui montrer comment faire du vélo. » Quel héritage ? De retour à la randonnée sur vélo dans le Mount Rose Wilderness par une chaude journée de juin. Nous avons atteint le sommet de l’ascension. Nous nous sommes arrêtés pour reprendre notre souffle et contempler la vue à partir du Mount Rose. Le plus dur est maintenant derrière nous. C’est comme la vie de Paul Basagoitia en ce moment. Le plus dur est derrière lui. Mais cela ne sera jamais facile. À ce stade-ci, c’est une question de perspective. Concilier ce qu’il avait avant et ce qu’il a maintenant – et ce qu’il aurait pu avoir. D’un côté, c’est un athlète d’élite qui volait dans les airs avec grâce. D’un autre, il peut marcher avec une seule canne. Il peut encore faire du vélo. « Mon père disait souvent pour plaisanter que je faisais du vélo avant de marcher. Ce qui était vrai, et ce qui est toujours vrai. » Une partie de cette perspective consiste à concilier sa nouvelle identité avec ce qu’il était avant son accident. « Cette blessure va me suivre pour le restant de mes jours, dit-il. Même quand je poste une vidéo ou une photo de moi à vélo, les gens disent  : «Oh, je suis si content de te revoir à vélo après ta blessure.» Je fais du vélo depuis deux ou trois ans ! On croit que je suis de retour sur le vélo seulement maintenant ? Ça fait des années que je refais du vélo ! » Je dis que cela me semble une remarque naturelle et bien intentionnée. Qu’est-ce qu’on devrait dire alors ? « «Beau style», répond-il. Ou «Quelle allure». Je ne sais pas, moi. Je ne sais pas quelle est la bonne réponse, mais chaque fois que j’affiche une photo de moi sur un vélo, c’est toujours  : «Content de te revoir à vélo après ta blessure.» C’est toujours lié à cette blessure. Peu importe ce que je fais. Je pouvais vivre avec ça la première ou les deux premières années, mais cela va bientôt faire trois ans… » Trois ans, et un film. « Et c’était une chose au sujet de ce film. J’ai réalisé un max de trucs cool en vélo de montagne. J’ai vraiment accompli des choses exceptionnelles dans ce sport. Mais ce qu’on retiendra de moi, ce sera cet accident. Les gens oublient le titre de Crankworx ou que j’ai été la première personne à faire un 720 en VTT. Je vais être connu pour avoir fait une erreur aux conséquences désastreuses. Mon héritage sera de rester dans les mémoires comme le kid qui a subi un accident qui l’a laissé paralysé au Rampage. » Mais tout cela fait partie du même héritage, lui dis-je. Tout est lié. Avant sa blessure, Basagoitia inspirait ses fans. Depuis, il continue de les inspirer. Avant sa blessure, il a lutté, s’est débattu et a surmonté les obstacles. Depuis, il fait la même chose. Il ne s’est pas résigné. Il s’est défendu. Il a surmonté les obstacles. Et ça, je dirais, c’est l’histoire de Paul Basagoitia. « Je pense que c’était l’histoire de toute ma vie, résume-t-il. Grandir, vivre dans une chambre d’hôtel, se présenter au plus grand événement, Crankworx, avec un vélo emprunté, sans sponsor… J’ai été un outsider toute ma vie. Avec cette blessure, les chances que je récupère autant que je l’ai fait… J’étais vraiment un outsider. Donc si je restais connu pour ça – «Ce mec a reçu des cartes de merde à la naissance mais il a toujours tiré le meilleur parti de la situation, il s’est toujours défendu» – alors je crois que je serais heureux. » Qu’il le veuille ou non, ce sera ça, son héritage. La page s’est tournée quand il a été blessé à la moelle épinière. Mais ce n’était pas le dernier chapitre. « Je n’aurai plus à regarder en arrière, dit-il. Je vais continuer à regarder vers l’avenir. L’un de mes amis m’a donné le meilleur conseil qui soit. Il m’a dit  : «Tu ne peux pas toujours regarder en arrière dans la vie, Paul, ça ne fait que te donner mal au cou.» Et c’est foutrement vrai. » Et à ces mots, dans un nuage de poussière, Paul Basagoitia part, volant gracieusement sur la piste à une vitesse impressionnante. Tout le reste – les festivals de cinéma, le nouveau boulot, la physiothérapie, la planification du mariage – attendra. Pour l’instant, il est en transe, totalement en paix. Pour l’instant, il ne regarde pas en arrière. Il attend, avec impatience. THE RED BULLETIN 83



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 1The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 2-3The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 4-5The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 6-7The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 8-9The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 10-11The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 12-13The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 14-15The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 16-17The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 18-19The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 20-21The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 22-23The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 24-25The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 26-27The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 28-29The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 30-31The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 32-33The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 34-35The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 36-37The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 38-39The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 40-41The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 42-43The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 44-45The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 46-47The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 48-49The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 50-51The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 52-53The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 54-55The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 56-57The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 58-59The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 60-61The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 62-63The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 64-65The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 66-67The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 68-69The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 70-71The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 72-73The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 74-75The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 76-77The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 78-79The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 80-81The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 82-83The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 84-85The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 86-87The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 88-89The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 90-91The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 92-93The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 94-95The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 96-97The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 98-99The Red Bulletin numéro 2020-01 janvier Page 100