The Red Bulletin n°2019-06 juin 2019
The Red Bulletin n°2019-06 juin 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2019-06 de juin 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (221 x 295) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 19,1 Mo

  • Dans ce numéro : Diablo, le danseur venu d'ailleurs.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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'eSac de sable et box de pliométrie  : Claire bosse ses muscles profonds. Pour aller plus loin, l’équipe de Retter a commencé à tout analyser, de la force d’atterrissage des danseurs aux schémas d’activation de leurs muscles. Ils ont utilisé la même technologie de plateformes biomécaniques que celle employée par l’Agence spatiale européenne, ainsi que des unités d’électromyopresque, confie Claire Calvert. Dans la pratique, c’est interdit – en général, on a une heure pour manger – mais parfois, c’est comme ça que se passent les répétitions. » Et puis vient le moment de la représentation, à la fois éblouissante et éreintante, devant 2 250 spectateurs. De retour chez eux vers 1 heure du matin pour certains, les danseurs doivent être au studio à 9 h 30 le lendemain. Ce rythme de vie éreintant n’avait jamais incité quiconque à analyser tout ce que subissaient les corps des danseurs, jusqu’en 2013, date à laquelle le Royal Ballet ouvre la Mason Healthcare Suite – un établissement de haute qualité avec dix-sept experts en science du sport, physiothérapie, nutrition, massage, rééducation et psychologie dans le but de réduire les blessures, de combattre la fatigue et d’améliorer les perfs. « J’ai été choqué quand j’ai vu la charge de travail des danseurs, admet Greg Retter, le directeur clinique du service de santé du ballet, ancien responsable de la rééducation pour l’équipe olympique de Grande-Bretagne. Les danseurs se donnent à 100% à chaque répétition, plusieurs fois par jour. Les athlètes échelonnent les entraînements par rapport aux compétitions, mais les danseurs, eux, s’entraînent continuellement de septembre à juin, et ils répètent souvent six ballets à la fois. C’est un bouillonnement constant. » Un rythme difficile mais nécessaire, car les danseurs doivent faire preuve sans jamais faillir d’une précision extraordinaire dans leurs mouvements. Autant un joueur de footballa le droit de manquer les filets et un musicien peut se permettre une fausse note isolée, autant chaque pas du danseur se doit d’être impeccable afin que se crée sur scène cette délicatesse et cette précision propres à une œuvre artistique. « Cette manière qu’ils ont d’utiliser leur perception kinesthésique et leur mémoire musculaire de manière cognitive pour réaliser des suites de mouvements complexes est vraiment propre à leur discipline, déclare Retter. Et même si le mouvement est modifié, ils n’auront qu’à le refaire quelques fois et ce sera intégré. Une telle neuroplasticité, c’est tout bonnement incroyable. » C’est justement ce niveau de précision qui fait toute la difficulté – et toute la beauté – du ballet. « Le ballet, c’est un art esthétique. En pratique, telle partie du bras devra être positionnée exactement comme ça et tel doigt devra être ici, explique Claire Calvert. C’est en cela que le ballet est unique. Le corps humain s’adapte à tout, mais personne n’est fait pour le ballet. L’en-dehors (quand un danseur fait pivoter ses jambes au niveau des hanches, et que ses genoux et ses orteils pointent vers l’extérieur,ndlr), ce n’est pas prévu par la nature. » La musculation peut diminuer le risque de blessure de 59%. 68 THE RED BULLETIN
Gemma Pitchley- Gale développe sa force sur un reformer de Pilates de haut niveau. graphie (EMG) pour l’analyse des muscles, des masques à oxygène et des moniteurs de fréquence cardiaque. L’équipe a également subventionné un étudiant en doctorat de l’université St Mary chargé de mesurer les performances des danseurs à l’aide d’accéléromètres. Sous l’œil pragmatique de la science du sport, le ballet s’est révélé être un véritable tumulte de membres gorgés d’acide lactique, de fréquences cardiaques en folie et de muscles en manque d’oxygène. Les danseurs masculins subissent des forces pouvant atteindre 610 kg lors des atterrissages. Les danseuses, elles, peuvent encaisser 410 kg de force – à peu près la même puissance qu’un coup de poing balancé en pleine course par Conor McGregor. Même le stress de se produire face à un public peut entraîner une augmentation de 8% du taux de lactate dans le sang. Mises bout à bout, ces données constituent une véritable révélation  : voilà des années que les athlètes, aventuriers et soldats s’étaient tous mis à la science du sport, alors que les danseurs, eux, n’avaient jamais bénéficié d’un entraînement musculaire adéquat, de conseils nutritionnels, de protocoles de rééducation ou d’innovations technologiques pour les aider à supporter la charge physique sans égale qui pesait sur leurs épaules. Les douleurs et les blessures étaient inévitables. « Quand je suis sortie de la Royal Ballet School en 2005, on se contentait d’un peu de Pilates et de quelques étirements, se remémore Gemma Pitchley-Gale. Il y avait deux pauvres vélos elliptiques qui traînaient dans le couloir. » À l’image de Gemma, des danseurs proactifs ont cherché de l’aide à l’extérieur en travaillant avec un coach personnel. Pour d’autres, la santé n’était pas une priorité  : l’ancien soliste Eric Underwood a avoué avoir succombé à l’alcool, à la cigarette et aux hamburgers, tandis que le danseur ukrainien Sergeï Polunin a un penchant pour les soirées endiablées et les substances illicites. En réalité, pour que tous les danseurs comprennent l’intérêt d’intégrer la science du sport à leur pratique, il fallait d’abord que les mentalités changent. Les danseurs sont des artistes, pas des athlètes. Leur objectif, c’est de créer de l’émotion à travers les sublimes mouvements de leurs corps. Ils font donc instinctivement passer des concepts non quantifiables tels que la grâce et l’élégance avant de vulgaires statistiques comme la force des jambes ou la hauteur des sauts. « Il y a cette croyance que le ballet n’est qu’une question d’art – et c’est le cas, déclare Retter. Mais la force, la condition physique, le bien-être psychologique et une bonne nutrition permettent aux danseurs d’effectuer des chorégraphies complexes et d’exprimer des émotions sur scène. Et aujourd’hui, on peut le dire aux danseurs  : « C’est sur cette base que vous pourrez réaliser une magnifique performance. » » Les recherches innovantes menées par le Royal Ballet ont d’ailleurs coïncidé avec une révolution plus vaste en science de la danse. En 2012, plusieurs universités et établissements de danse du Royaume-Uni se sont associés pour lancer l’Institut national de médecine et de science de la danse (National Institute of Dance Medicine and Science, NIDMS), une organisation qui promeut la recherche dans ce domaine. Et on ne peut plus ignorer ses découvertes. Une étude a démontré qu’au bout d’un an de musculation, les danseurs avaient 59% de risques en moins de se blesser. Un autre rapport nous apprend qu’en six « Le corps humain s’adapte à tout, mais personne n’est fait pour le ballet. » THE RED BULLETIN 69



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