The Red Bulletin n°2018-11 novembre 2018
The Red Bulletin n°2018-11 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2018-11 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (221 x 295) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 19,8 Mo

  • Dans ce numéro : Sofiane étend son empire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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fr départ, dans le bassin Vauban à Saint- Malo, puis les voyait passer au Cap Fréhel, de nuit. L’ambiance de cette course a bercé sa jeunesse. Des années plus tard, devenu marin, cette course a changé sa vie. « À chaque fois, mais de manière différente. C’est un curseur dans mon existence, tous les quatre ans, elle permet de voir le chemin parcouru. De me voir grandir, tomber, et renaître. » LE DÉPART  : COMME AU MANS « On évolue dans un sport où on est assez peu en contact direct avec public. Or, là, à Saint-Malo, on est d’un seul coup au centre de l’arène, tous les projecteurs braqués sur nous. Dans cette vieille ville corsaire, avec ses remparts de granit chargés d’histoire, dans les superbes lumières changeantes d’automne, on se croirait vraiment dans un décor de cinéma. Pendant les quinze jours qui précèdent la course, la ville noire de monde vit, mange, dort Rhum ; des dizaines de milliers de personnes viennent admirer les bateaux sur les pontons, nous saluer. J’essaie de rester dans ma bulle, je vais courir jusqu’à Cancale, ou sur la plage, mais je suis pris par cette intensité. Cela n’arrive que tous les quatre ans, alors on accepte finalement de se laisser porter par toute cette énergie… Et puis, c’est le jour J. Sur la ligne de départ, plus d’une centaine de bateaux à touche-touche. La rejoindre est très compliqué. Les Ultims sont des monstres, très complexes à manœuvrer, et on a peur de se rentrer dedans entre concurrents, sans oublier les bateaux des plaisanciers et les navettes affrétées pour suivre le départ qui sont légions. Avant le go du starter, c’est la foire d’empoigne pour se placer sans faire un faux départ et subir une pénalité. On se sent sur le fil du rasoir, le cœur monte tout de suite dans les tours, la tension nerveuse est à son comble  : un peu comme dans les starts d’un 100 mètres, les favoris se jaugent. Ça se frotte, ça se frôle, coques contre coques, à tel point que la course va parfois s’arrêter là pour cause d’incident mécanique. Quand on a la chance de pouvoir s’élancer, on a très vite le Cap Fréhel en ligne de mire  : la première bouée est très proche de la côte, c’est chaud, très chaud, d’autant que sur nos bateaux ultrapuissants, la moindre manœuvre doit s’anticiper. Mais pas le temps de flipper, la concentration est déjà au maximum. On passe si près qu’on peut voir les regards des spectateurs. De toute la course, rien n’est aussi fort, aussi anxiogène que ce départ jusqu’à la pointe Bretagne  : je compare ça à une course de voiture, le premier virage au Mans. Les bateaux sont collés-serrés comme on dit aux Antilles, ça se joue au bluff, à l’intimidation pour savoir qui va lâcher les chevaux tout de suite… C’est le début d’un subtil dosage entre agressivité et contrôle. » L’ATLANTIQUE NORD  : UNE MACHINE À LAVER « Après avoir passé le Cap Fréhel, c’est la première grande nuit en Manche. On est très vite pris à la gorge, on s’use le regard à force de tenter de percevoir les nombreux dangers de cette zone saturée d’activités, cargos, vedettes, casiers… Tous ces OFNIS (Objets Flottants Non Identifiés) qui peuvent tuer la course et qui me l’ont tuée il y a quatre ans. Très vite, avant qu’une certaine « routine » s’installe dans les longs bords, la question se pose  : où je mets le curseur pour ne rien casser ? Sur le Rhum, 95% de la course se fait sous pilote automatique et la majorité des manœuvres se font à la colonne de winch. C’est physique de faire avancer un tel gabarit sur des mers déchaînées. Je me suis entraîné pour, notamment en salle, avec une machine qui reproduit ces moulinets de bras si particuliers. Dans les premiers enchaînements de manœuvres, je suis super vigilant, impensable de dormir. D’ailleurs, sur le Rhum, des actes vitaux comme manger et dormir sont totalement soumis à la météo et à la stratégie qui en découle. On ne se dit pas  : tiens et si je me faisais un petit lyophal (lyophilisé,ndlr) ? On mange quand on peut et comme on peut, en se faisant brinquebaler de partout ! Dans les trentesix premières heures, on est au pied au plancher, on met les watts, d’autant que sur nos Ultims, la course se joue en sept jours, pas question d’économiser le bateau. Il peut y avoir de la casse mais pas d’usure, la course n’est pas assez longue… Je passe beaucoup de temps à la table à carte, sur mon ordinateur, avec mon routeur météo, Jean-Luc Nélias, qui va me donner la stratégie la plus évidente à suivre, en fonction aussi des choix des autres concurrents. Dans ce début de course, tout le monde veut enchaîner les milles et prendre de l’avance. Dans la machine à laver de l’Atlantique, dans les tempêtes de novembre, où c’est grain sur grain, je suis trempé en moins de deux, j’ai froid, ce que je gère un peu moins bien qu’avant, surtout au niveau des mains, car je me suis gelé les doigts pendant un tour du monde. Quand je barre, je suis en mode casque lourd, en ciré intégral, le plus possible à l’abri du cockpit, emmitouflé dans toutes les couches que j’ai à bord. Parfois, la tempête est si Moments de solitude Cinq faits historiques sur cette course mythique, tirés du livre L’Épopée transatlantique, les multicoques sous l’emprise du rhum, par Dino Diméo et Antoine Grenapin. Paru aux éditions Hugo et Cie. 1978 À quelques secondes... Sur son trimaran, le Canadien Mike Birch remporte la première édition de l’épreuve avec seulement 98 secondes d’avance sur le Français Michel Malinovsky. Ce dernier, sur son monocoque, y a cru jusqu’à quelques encablures de Pointe-à-Pitre. 1986 La route du drame Le navigateur Français Éric Caradec disparaît en mer  : Florence Arthaud se déroute pour le retrouver mais il n’est plus à bord. Vainqueur cette année-là, Philippe Poupon lui dédie sa victoire. 1990 Arthaud la miraculée La victoire épique de Florence Arthaud (photo ci-dessous), alias la petite fiancée de l’Atlantique. Pour sa première participation en 1978, la jeune fille (21 ans alors) avait manqué de finir par-dessus bord, suite à une glissade du haut du mât et n’avait dû la vie sauve qu’à un cordage enroulé autour de sa jambe… 48 THE RED BULLETIN C GETTY IMAGES, VINCENT CURUTCHET/SODEBO, JEAN-MARIE LIOT/DPPI/SODEBO
Un sprintathon Cavaler sur les filets dans les alizés fait partie du job sur cette solitaire particulière, où la vélocité, la réactivité doivent être celles d’un sprinteur qui serait en capacité de gérer une distance marathon. « De toute la course, rien n’est aussi fort, aussi anxiogène que le départ jusqu’à la pointe Bretagne. »



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