The Red Bulletin n°2018-10 octobre 2018
The Red Bulletin n°2018-10 octobre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2018-10 de octobre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (221 x 295) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 21,2 Mo

  • Dans ce numéro : il brasse de l'or.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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'eLe septième jour, il se met à pleurer. Pour ne plus s’arrêter. mon gars, dit-il. Je suis là pour toi, on est tous là pour prendre soin de vous, mais putain, s’il te plaît, calme-toi. » Tous ces gosses qui chialent, les bras tendus. Les personnes âgées, avachies sous le soleil, le regard suppliant… pour quoi ? De l’eau ? De l’ombre ? De l’air frais ? La saleté, et l’eau saumâtre. La chaleur, la fatigue, la fièvre… les effets du virus Zika qui s’empare de lui, et le choléra et la typhoïde qui menacent également, mais l’épargnent. Le désespoir. L’impuissance. Traîner ces sacs de glace, l’insuline et les systèmes d’éclairage solaires pour que les gens puissent voir, ou juste se sentir en sécurité dans la noirceur de la nuit. Le stand familial d’empanadas (spécialité locale) miraculeusement ouvert à côté de sa maison, et miraculeusement disposé à nourrir son équipe. Et comment il donne aux patrons le double de ce qu’il doit payer pour les repas, parce qu’ils manquent désespérément d’argent. Surfer ! L’absurdité d’une session de surf en plein chaos, et l’un des membres du crew, ce surfeur, qui lui dit  : « Legs, mon pote, quand tu fais ce genre de truc, bosser comme un dingue, c’est hyper important que tu prennes soin de toi, que tu t’autorises un break, pour prendre les vagues. » Les gars de Waves for Water ont appris à Colon comment installer les systèmes de filtration d’eau portable, et il l’a appris aux habitants à son tour, et ces habitants l’ont appris à leurs voisins. Chaque jour, Colon et son équipe traversent des routes délabrées, pendant des heures, pour s’enfoncer dans les zones les plus dévastées de l’île. Une source, un réservoir, qu’importe, il fallait trouver un point d’eau, et là, réunir des gens. Parfois, ces gens étaient déjà là, attendant des secours. Quand Colon quitte l’île le 4 octobre, elle n’a pas vraiment changé  : 90% du territoire est privé d’électricité, et 86% de moyens de communication. Mais c’est différent. De petits effets, dont certains personnels. Il a apporté des piles pour les lampes et les radios des habitants, des barres énergétiques, des fruits. Et distribué des milliers de dollars, de ses propres poches, pour les gens qui lui demandaient de l’argent. Vingt dollars pour lui, cent dollars pour un autre. Et puis il y a eu des effets beaucoup plus importants. Chacun des systèmes de filtration installés peuvent filtrer près de 4 millions de litres d’eau, soit la consommation d’une famille de quatre personnes pendant vingt ans. Des gens qui auraient pu mourir de déshydratation ou de dysenterie. Sur les huit autres missions qu’il allait organiser à Porto Rico avant la tenue de son festival local Puerto Rico Rock Steady Festival, Colon, grâce à des aides de ses sponsors, partenaires et sa propre association humanitaire, Rock Steady for Life, allait distribuer encore plus de systèmes de purification et de systèmes d’éclairage solaires, particulièrement pour des zones reculées de l’île. Rock Steady a donné 16 000 dollars à un programme local pour la jeunesse, 16 000 dollars pour des projets agricoles durables, 20 000 dollars pour de la lumière, 30 000 autres pour la filtration des eaux. Tandis que le gouvernement américain continuait de dire que les choses n’étaient pas si dramatiques, que tous ces problèmes étaient, en fait, dus à des infrastructures de mauvaise qualité, que les Portoricains demandaient trop, un danseur hip-hop se levait chaque jour à l’aube pour distribuer de l’eau, des piles, de l’espoir. Il ne se souvient pas avoir ressenti quoi que ce soit durant son premier voyage. Il y avait trop de boulot à gérer, et pas d’énergie à dédier à quelque sentiment que ce soit. Le septième jour, alors qu’il se préparait à rentrer à New York, Colon s’est mis à pleurer. Et ne s’est plus s’arrêté. De la boxe, de la lutte ou du baseball, voilà ce dont il rêvait. Mais son père était un musicien, et il buvait, et sa mère n’avait pas d’argent de côté. Alors, que pouvait-il faire ? Une nuit, il a suivi son frère au coin d’une rue. Il y avait un poste à cassettes, et un type qui faisait des trucs bizarres avec son corps, et son frère a lancé un bout de carton sur le sol, puis s’est jeté dessus. Colon a pensé  : « Mais qu’estce qu’il fout le frangin, il va foutre la honte à la famille à se traîner par terre comme ça ! » Il y avait d’autres kids présents cette nuit-là, tous étaient membres d’une clique nommée la « Zulu Nation ». Colon a suivi son frère au coin des rues, s’est fait des potes, et a lui-même essayé de faire des mouvements embarrassants avec son corps. Il était plutôt bon. Il avait dix ans. Sa famille a bougé du Bronx à Inwood, au nord de Manhattan, en 1979, et Colon était déjà à fond dans ses mouvements, au coin des rues. Tandis que les autres gosses jouaient à la marelle dans la cour, Colon cherchaient des salles de classes vides où il pourrait breaker. Il était occupé à travailler de nouveaux mouvements, un après-midi, quand la chef des pom-pom girls du bahut passa par là avec un tas d’autres filles. Elle l’a observé quelques minutes. « Ooooooh, ses jambes sont folles ! » Cette année-là, il devenait le Johnny Casino dans l’adaptation scénique de Grease de son école. Au moment où la clique de Johnny devait chanter Born to Hand Jive, Colon envoya des mouvements encore inédits dans le cadre d’un spectacle scolaire. Le public était en folie. « C’est alors que Richie est devenu Crazy Legs. » Sa famille retourna dans le Bronx en 1982. Et bientôt, il allait se produire pour de l’argent. Il a tout d’abord pris cinquante dollars pour danser dans un club nommé Negril. Le lendemain, il se pointait dans le resto grec à côté de la JFK High School où il était scolarisé pour commander un « bon gros steak avec des frites ». C’était la première fois qu’il se payait un repas lui-même, au resto. Il avait alors quinze ans, et officiait en tant que président du Rock Steady Crew, une clique de cinq cents danseurs, dont le plus âgé avait 21 ans. « Cette danse en solo accompagne le rap – des paroles scandées sur des percussions », pouvait-on lire dans le New York Times en 1981. Le Rock Steady Crew allait signer un contrat d’un million de dollars avec la maison de disques Virgin (d’où l’apéro avec Richard Branson). Colon a voyagé à Paris. Il a été la doublure de Jennifer Beals dans le film Flashdance. Il a joué son propre rôle dans le film Beat Street. Il a dansé au Lincoln Center, une institution culturelle à New York. Un jour de 1983, il se trouve à Hawaii. « Un mec blanc en pantalon à toile est venu vers moi et m’a dit  : « Ce n’est pas vous que j’ai vu dans l’émission de David Letterman ? » C’est alors que je me suis dit  : « C’est donc vrai, cette célébrité hors du ghetto, elle existe. » » Mais son père buvait toujours, et sa mère était toujours pauvre. Et quand bien même il était célèbre, et qu’on le payait pour danser, il buvait lui aussi. Et tapait de la coke. Voire pire. Faire du break ne nécessite pas beaucoup d’oseille, mais des bases. Il faut aussi 56 THE RED BULLETIN
faire ses preuves. Un prétendant au Rock Steady Crew des origines devait dépouiller quelqu’un dans la rue. « C’était devenu l’une des initiations du Crew. Tu devais dépouiller quelqu’un de son oseille et de ses baskets. Vite fait bien fait. » Même pour le plus doué des danseurs, cette « ghetto reality » viendrait rapidement percuter les limites du potentiel artistique. Et la désillusion s’installerait. « La danse était un point de départ, dit Colon, mais à un moment, la réalité te revenait à la gueule  : « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter quand je vais postuler pour un job ? » Je vais écrire que je sais tourner sur la tête ? » Colon prend un job dans un centre de fitness, où il vend des abonnements. Et continue à picoler et planer. Lors d’une embrouille à propos d’un deal de came, un mec lui saute dessus et lui pète la mâchoire. Il veut se venger du type. Armé d’un flingue. Le jour où il se fait serrer par les flics, il sait qu’il est temps de changer de vie. Il se rend dans un centre d’aide social du Bronx, The Point, pour proposer ses services. Là, il enseigne le break aux gosses. Il parle à leurs parents de l’importance de l’école. Il emmène les gamins au Porto Rico dans les tripes  : la star du break et son pote local Peter Perez, chez lui à Isabela, le 29 septembre 2017. y Colon explique aux résidents d’Isabela comment se servir des filtres à eau fournis par l’ONG Waves for Water. La mort et la vie  : le danseur montre aux habitants que les systèmes de purification peuvent transformer une eau toxique en eau potable. THE RED BULLETIN 57 t



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