The Red Bulletin n°2012-06 juin
The Red Bulletin n°2012-06 juin
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2012-06 de juin

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (202 x 276) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 15,3 Mo

  • Dans ce numéro : Nikola Karabatic jette un pavé dans la mare avant les JO.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ACTION – Attends, on commence juste à se marrer. Qu’en penses-tu, je ne devrais pas lui retirer cette tenue ridicule ? – Ça doit être une combinaison pressurisée. – Je meurs d’envie de voir si, comme on le dit, ces attardés doublent de volume quand leurs fluides corporels s’évaporent. – C’est bon Juliette, on n’a rien à faire ici. » Exact. « Personne ne devrait être là à part moi », songe Felix. Il frissonne. Est-il en pleine hallucination ? Il doit dérailler. Jusque ici tout a fonctionné parfaitement comme prévu. Il n’a décelé aucun signal d’alarme, pas même pour un risque d’hypoxie. Sa réserve d’oxygène fonctionne normalement. Qu’est-ce qui se passe ? Ne pas paniquer. Il tente de joindre le centre de contrôle pour s’assurer que tout fonctionne. La communication ne passe pas. Surtout, pas de panique ! Il y a forcément une explication logique à ces voix. Peutêtre l’écho d’émissions de sons ou de signaux radios dans les hautes couches de l’atmosphère, une sorte de mirage acoustique. Et son cerveau, privé de ses repères habituels et en surchauffe au vu de la situation exceptionnelle, a chopé à la volée ces bribes de mots. Ça vient de lui. Il n’y a pas d’autre explication. Merde, il ne sait pas quoi en penser. Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi cette impression que des doigts invisibles sont en train de tirer sur les boutons de sa combinaison ? « Arrête ça, Juliette. Ce n’est plus marrant du tout. Et je parie que c’est interdit. – Je n’ai rien fait. Je veux juste jouer un peu. M’emmerde pas, Romi. » Felix pousse un hurlement quand sa combinaison s’ouvre, laissant échapper l’air pressurisé. Un cri qui s’évanouit aussitôt, recouvert par le bruit terrible qui vrille ses tympans. Il ne peut plus respirer. Le froid le paralyse. Il ne voit plus que l’obscurité, son pouls s’accélère. C’est la musique qui le réveille. Quelqu’un chante en allemand : « Mussi denn, mussi dennzum Städtele... » Felix ouvre les yeux et les referme aussitôt, aveuglé par l’intensité de la lumière. Puis, peu à peu, il s’habitue à cette lueur. « Salut !, lui lance Elvis. Bienvenue dans le monde du dessus. C’était pas vraiment prévu au programme de t’amener ici mais on ne pouvait pas te laisser comme ça après ce que ces garnements t’ont fait. » Elvis pose délicatement sa guitare, une Martin D-28, contre la paroi fluorescente et se rapproche du lit d’hôpital où repose Felix. Il porte un tee-shirt délavé et un pantalon de survêtement trop large, son allure est un peu négligée. Leonardo Da Vinci : « Viens dans mes bras, Herr Baumgartner ! J’adore les cassecous volants. » Il a le souffle court, il n’est pas rasé, mais pas de doute possible, c’est… « Elvis ? – Ouais. C’est la bonne nouvelle. Nous sommes vivants. Toi et moi. Pour le reste, c’est un peu plus compliqué. » Il jette un coup d’œil sur un écran holographique violet. « Tu récupères remarquablement vite. T’as dû t’entraîner à fond pour ton truc de fou, hein ? – Des années, bougonne Felix, mais apparemment pas assez, sinon je ne serais pas en train de rêver de toi. » Elvis se penche sur Felix et lui pince la joue. « Tu sens quelque chose ? – Aïe ! Mais ça ne prouve rien ton truc. On peut s’imaginer la douleur comme n’importe quelle autre sensation. – Je m’en fiche que tu crois ou pas que c’est vrai. En tout cas, le temps que tu te fasses à cette réalité, laisse-moi te montrer ce qu’il y a autour. » Felix reste pensif. Il a dû se passer quelque chose de très grave. Il est victime d’une vision. Probablement la dernière de sa vie. Pourquoi ne pas en profiter ? À quoi bon vouloir chasser cette illusion absurde en se demandant comment il en est arrivé là. « Bon, où sommes-nous ? – Dans le monde du dessus, répond Elvis, plein d’attention en l’aidant à se mettre debout. Là où les gens qui possèdent le pouvoir, ceux qui comptent, se retrouvent ensemble. Un lieu tenu secret puisque, selon la doctrine en cours chez les Terriens, rien ne peut exister là-haut. Mais ne me demande pas d’explications scientifiques là-dessus, je sais seulement que ça marche. Ça a à voir avec l’antigravitation et tous les trucs qui vont avec. – Comment t’es arrivé… ? J’imagine... Enfin, comment dire ? C’est pas avec un ballon. Et quand ? – La notion de temps est relative ici. J’ai reçu une offre que je ne pouvais pas refuser, glisse Elvis avec un clin d’œil. Tu devrais d’abord te demander si tu n’as pas envie de sortir d’ici. » L’endroit est très spacieux et aménagé avec goût. Un superbe mélange entre architecture et art déco avec de belles lignes épurées, soulignées par des bandelettes de laiton et des ornements rouge et or. Chic, c’est le mot qui vient aussitôt à l’esprit de Felix. Il se sent étranger ici, comme un passager clandestin ou un naufragé qu’on aurait repêché en pleine mer. Complètement désorienté. Un couple élégant danse dans la lumière tamisée d’un bar. La scène a quelque chose de surnaturel. « Monroe…, murmure Felix. Et son partenaire, c’est… ? – Giuseppe Paolo Di Maggio, coupe Elvis, le meilleur joueur de baseball de tous les temps et pour l’éternité : 361 home runs en 13 saisons. Il a bien mérité cette danse. En bas, lui et Marylin, ça n’a pas toujours été ça. Ils ont divorcé sept mois après leur mariage. Mais dans le même temps, ils ont décidé de profiter à fond de leur grand bonheur. À tout jamais. – Ils dansent ? C’est tout ? – Aussi longtemps que l’univers existera. L’allemand est ta langue natale ? Le Faust de Goethe, ça te dit quelque chose. Écoute. Ah, que jamais cette beauté ne disparaisse. – C’est ce qui arrive ici ? Vous figez pour l’éternité les gens en pleine gloire ? – Je te l’ai dit, les choses sont beaucoup plus compliquées que ça, reprend Elvis, en voulant se montrer rassurant. Ici, personne ne vieillit s’il ne le souhaite pas, même ce vaurien de Roméo et cette chipie de Juliette. »
ILLUSTRATION : THOMAS KIKERT/ANIMAGIC Bingo. Ça fait tilt dans la tête de Felix. Sa tentative de record, pour il ne sait quelle raison, a échoué. Mortellement. Il devrait être aux portes de l’audelà, la lumière blanche au bout du couloir... À la place, il fantasme sur un paradis dans l’autre monde, une drôle d’Olympe habitée par des personnages historiques ou de fiction. En y songeant, il en rit. « Alors, Jésus traîne aussi par là. – Désolé mais les recherches sont restées vaines à son sujet. Je peux te présenter à Che Guevara si tu aimes les martyrs. Ou à la reine Néfertiti. Elle pourrait te raconter plein de belles histoires. Mais « Je peux te présenter à Che Guevara si tu aimes les martyrs. » si tu veux savoir des choses sur du plus long terme, tu ferais mieux de parler avec Leonardo. – DiCaprio ? Mais il est… – Da Vinci, rigolo. » Son laboratoire, aussi grand qu’un hangar pour A380, est rempli d’œuvres d’art et de matériel entassés un peu partout. Leonardo est un collectionneur passionné mais aussi un homme qui ne jette rien. Il est également albinos. Et homosexuel. « Regardez qui vient nous voir », lance le maître en s’essuyant les mains sur son tablier. « Viens dans mes bras, Herr Baumgartner ! J’adore les casse-cous volants. » Une lourde odeur de parfum mentholé flotte autour de lui. Felix a juste le temps de respirer un grand coup en s’arrachant difficilement de l’étreinte de son hôte. « Comment connaissez-vous mon nom ? – On t’observe depuis des années. On y attache beaucoup d’importance. Croismoi, on vous a tous à l’œil en bas et on veille le plus attentivement possible à votre bien-être. » Felix fronce les sourcils. Ce n’est pas le moment d’engager la discussion avec quelqu’un d’aussi bizarre et mystique. Mais ce qui l’insupporte le plus chez Leonardo, c’est son optimisme excessif. « On ne peut pas dire que la situation soit particulièrement rose sur Terre en ce moment », ironise Felix. « C’est une affaire de point de vue, mon ami. En regardant les choses de tout là-haut, avec une certaine distance, on voit que l’humanité évolue plutôt bien. » Leonardo s’amuse à passer ses doigts dans les boucles de sa longue chevelure blanche. « Je peux vous expédier dans des périodes bien pires de notre Histoire si vous le voulez. – Vous possédez la machine à voyager dans le temps ! » Mais bien sûr. Juste ce dont il a besoin. Pointant son doigt vers Elvis, Leonardo l’interpelle en rigolant : « T’es un drôle de King ! Tu ne lui as rien dit ? – Vous êtes le seul responsable habilité pour les grandes révélations. – Et les famines, les guerres, les catastrophes naturelles, poursuit Felix, en colère. Le sida, les espèces en voie de disparition, le réchauffement climatique ? Et vous dites que vous prenez soin de nous ? – On fait le maximum pour limiter les dommages collatéraux. Mais ne nous prenez pas pour des dieux. Nous ne sommes pas tout-puissants. Si c’était le cas, nous ne dépendrions pas des ressources planétaires. – Attendez une minute, coupe Felix qui ne veut pas lâcher l’affaire. La hausse des revenus de la consommation des énergies, les capitaux financiers qui disparaissent comme par enchantement, vous voulez dire que tout ça profite au monde du dessus ? » Leonardo se racle la gorge. « Indirectement. Disons que plusieurs membres sélectionnés parmi les élites dirigeantes sur Terre apportent leur contribution. Une forme d’investissement, comprenez-vous. Ils veulent embarquer quand il sera temps de filer dans les étoiles un jour. » « Alors c’est ça ? Vous pillez la Terre pour alimenter une chimère ? Pour que des grosses fortunes et quelques pop-stars puissent gouverner le cosmos à bord d’une arche de Noé futuriste. – Quarante mille, coupe Elvis. C’est le nombre qu’on sera pour embarquer le moment venu. Quelque que soit le nouveau monde que nous trouverons, où et quand nous le trouverons, nous disposons de la diversité génétique la plus élevée possible pour s’y installer. » Il pointe du doigt le logo sur le tee-shirt de Felix. « Au fait, votre sponsor, le roi de la boisson énergétique, il a toutes ses chances. – Je ne comprends pas. Six milliards d’humains financent à prix d’or cette folie ! Qui est derrière une telle machination ? Un dictateur fou ? » Leonardo tapote l’épaule de Felix. « Calme-toi, mon garçon. Honnêtement, si tu avais le choix, au contraire de tous ces gens, tu n’aurais pas envie de t’envoler avec nous ? » Mais il n’a pas le choix. Ils annoncent à Felix qu’il doit retourner à son ballon. Les enseignements de sa mission périlleuse vont avoir des répercussions scientifiques de la plus haute importance, et aussi sur ce monde aux confins du temps. L’avenir de la recherche dans le domaine aéronautique est suspendu aux succès de sa mission et de ses tentatives de records du monde. « Supposons que je veuille tout faire rater, avance Felix, alors qu’on le sangle sur l’un des sièges de la machine à voyager dans le temps. Par exemple, je ne tire pas sur la sangle d’ouverture de mon parachute au bon moment. Ça aurait son importance ? » Elvis secoue la tête. « Leonardo a déjà vu ça plusieurs fois. Il a vu dans le futur que tu allais devenir célèbre. Et inoffensif à la fois. La déflagration sonique va effacer de ta mémoire tout souvenir de notre rencontre. – Et qu’arrive-t-il si je me conduis comme un débile à partir de maintenant ? – Même si c’était le cas, que tu le veuilles ou non, tu vas retourner sur Terre sain et sauf. » Felix saute dans le vide. Sans effort. www.redbullstratos.com * Leo Lukas est l’un des nombreux auteurs des aventures de Perry Rhodan qui ont vu le jour en 1961. Avec un milliard de livres vendus, c’est la plus célèbre des séries de science-fiction jamais écrites. 6Le mois prochain : Saut devant ACTION Ce qui s’élève doit redescendre. Quelles sont les difficultés d’un saut depuis la stratosphère ? Comment garder le contrôle ? 83



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