The Red Bulletin n°2012-05 mai
The Red Bulletin n°2012-05 mai
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2012-05 de mai

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (202 x 276) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 17,2 Mo

  • Dans ce numéro : Captain America est de retour... entretien exclusif avec Peter Fonda, l'un des derniers monstres sacrés d'Hollywood.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Oldenburg, Roy Lichtenstein et Robert Rauschenberg (maîtres d’œuvre du pop art américain,ndlr). Grâce à mon père, j’ai aussi pu accéder au studio de Picasso. Un jour, Pablo me dit soudain : « Je vais faire un petit truc pour vous maintenant. » Il jette un coup d’œil à sa palette puis parle à haute voix en espagnol à ses peintures. Il enchaîne : « Vous êtes de la merde. Vous n’êtes rien. On dirait qu’un oiseau vous a chié dessus. » Et ajoute en français : « Vous êtes beau. Si joli. Tout en vous est équilibre et perfection. » Avant de reprendre : « Vous n’êtes qu’une merde. » Inimaginable. Une vraie performance d’acteur. Une démarche spirituelle comme le bouddhisme ne vous a jamais tenté ? Non, mais j’ai beaucoup de respect pour la méditation parce qu’elle apporte réellement quelque chose. Tous ceux qui cherchent leur voie ont mon respect. Je n’ai aucun préjugé. Quand j’avais 9 ans, j’ai demandé un jour à mon père en rentrant de l’école : « Papa, ça veut dire quoi nègre ? » Furieux, il a explosé : « Ne prononce plus jamais ce mot. » Mais il ne m’a pas expliqué pourquoi. Il était juste en colère. Le premier homme noir que j’ai rencontré était Nat King Cole. Si noir de peau, presque pourpre. Un homme adorable. J’en ai déduit que tous les gens de couleur étaient les personnes les plus agréables au monde. Prenez ça pour de la naïveté ou simplement de la nondiscrimination mais je n’ai pas changé aujourd’hui. Votre franc-parler a égratigné les politiques. Vous avez notamment ironisé sur le QI de George Bush et plus récemment, vous vous en êtes pris à Barack Obama après la marée noire dans le Golfe du Mexique. Pourquoi ? Leur incroyable ignorance m’agace. Surtout sur le manque d’eau et la piètre qualité de l’air sur la planète, alors que les conséquences sur la santé et la faim sont profondes. Par exemple, je soutiens 46 Action Médecins Sans Frontières. Aux États-Unis, nous avons Waterkeeper Alliance, organisation dirigée par Robert Kennedy Junior, quelqu’un de très brillant. Il est écrit dans la constitution américaine que l’eau appartient à tous et que nous n’avons pas le droit de la polluer. Et pourtant, des types comme Cheney, Bush et autres montrent ou ont montré une incroyable arrogance. Quel mépris ! On est en pleine décadence. Les gens ne se rendent pas compte qu’ils détruisent parce qu’ils n’écoutent que ces leaders politiques. Revenons à Easy Rider. Depuis la mort de Dennis Hopper, êtes-vous toujours en contact avec Jack Nicholson ? Je ne le vois pas beaucoup mais on se téléphone de temps en temps. C’est un mec vraiment marrant et un acteur énorme. Rappelez-vous la scène du feu de camp. Elle est mythique. Devant la caméra, je prépare un joint. Jack a l’habitude de fumer depuis longtemps. Là, pour son rôle d’avocat paumé, il joue le type qui n’a jamais touché à ça. En lui tendant le joint, je murmure : − C’est de l’herbe. − Tu... Tu veux dire de la marijuana ? Je suis déjà assez fracassé avec l’alcool et tout le bordel. Je ne veux pas devenir accro. − Tu ne deviendras pas accro. − Je ne sais pas. Tu dis qu’il n’y a pas de problème ? La caméra revient sur moi. Je ne dis rien. Juste un sourire. Jack reprend : − Attends... Attends, laisse-moi voir. Ça sent bon. Il se penche vers moi. J’allume le joint. Jack le prend, tire dessus longuement et me lance : − Humm, ça sent bon. Tu es sûr que ça ne va rien me faire ? Je ne réponds pas, puis lui glisse : − Tu dois garder l’air dans les poumons longtemps. Le voilà qui retient sa respiration. Le plan suivant est sur Dennis (Hopper). Il est là, à côté de nous en train de parler de soucoupes volantes et de toute cette merde qui, soi-disant, vient de Mars ou de Jupiter. Dans son coin, Jack retient sa respiration. Je lui glisse : − Hé mec, t’es défoncé. − Je sais, oui. Mais j’ai vu ces trois objets, ils se déplaçaient. Ils ont fait du surplace « Les gens adorent Easy Rider. Même aujourd’hui. Ils m’identifient à mon personnage. Mais je suis Peter Fonda. » puis ils sont partis à toute vitesse. Puis, Dennis enchaîne et continue de parler d’extraterrestres… La performance d’acteur de Jack est bluffante. En une seule prise et quelques minutes, on avait tout dans la boîte. Mille fois merci, Jack ! Ce rôle pour Jack Nicholson… (Il coupe) Quand j’écris le scénario en 1967 au Canada, je m’interroge beaucoup. L’avocat, rôle joué par Nicholson, va être tué. Il est le plus innocent de tous. Dans toutes les dramaturgies grecques que j’ai étudiées, l’innocence est toujours la première vertu mise à PHOTO ADDITIONNELLE : ddp images
mal. Il n’y a aucune raison qu’il soit tué mais ça arrive parce qu’il se trouve avec nous. Cette dramaturgie oblige les spectateurs à choisir avec qui ils ont envie de continuer le voyage. Il ne reste plus que deux personnages : Billy (joué par Dennis Hopper,ndlr) et moi (Peter Fonda incarne Captain America, le pote de Billy. Tous deux quittent Los Angeles au guidon de leur chopper pour rallier la Nouvelle-Orléans,ndlr). Voulez-vous suivre un type déjanté armé d’un couteau ou vous embarquer avec un mec énigmatique mais cool ? Si vous souhaitez prendre la route et mener une vie au jour le jour, il vaut mieux filer avec Captain America et non Billy. Quels sont les ressorts de la séquence finale ? Quand Billy se fait descendre, c’est un choc pour les spectateurs. Captain America fait demi-tour pour le secourir. Vous voyez les types qui ont tiré dans le pickup dire : « Faut faire demi-tour. » Quand j’écris cette scène en ce 27 septembre 1967, je veux que les spectateurs s’imaginent que les tueurs vont retourner aider Dennis parce qu’ils ont réalisé l’horreur de leur acte. Mais, en fait, j’ai toujours prévu qu’ils revenaient pour se débarrasser du témoin. Et Captain America, sorte de personnage mythologique, se fait tuer à son tour. Sa moto explose. Sur le plan final, vu du dessus, on voit ma moto en flammes et le corps de Dennis plus loin. Vous n’apercevez pas le mien. Il faut passer image par image pour le deviner. Mais, je me répète, j’aime bien l’idée que l’on ne voit pas mon corps, comme si je n’avais été qu’un rêve, un mythe. Les gens adorent encore Easy Rider. On me le dit tout le temps. Ils m’identifient à mon personnage. C’est faux : je suis Peter Fonda. Je suis « Rock Bottom » mais les gens l’oublient. (1) Peter out signifie s’épuiser (2) Rock bottom pour toucher le fond e 65 Festival de Cannes du 16 au 27 mai et sur www.festival-cannes.fr The Lazarus Protocol, LE film Le film sera projeté pour la première fois à Cannes dans quelques jours. Produit par Terra Mater Factual Studios, Tomcat Productions, Finger Films et... Peter Fonda, The Lazarus Protocol déroule un scénario insoutenable autour des événements du 11 Septembre 2001 grâce à une multitude d’images d’archives. Le réalisateur Paul Finelli est derrière la caméra de ce long-métrage incontournable qui devrait défrayer la chronique sur la Croisette. the red bulletin : Croyez-vous à la théorie selon laquelle le gouvernement américain est derrière les attentats du 11 septembre ? peter fonda : J’en ai entendu parler mais je ne la partage pas. Il était intéressant de jouer un type, fondamentalement mauvais, qui pense cela. Je crois aussi que, comme pour l’assassinat du président Kennedy, nous ne connaissons pas toute la vérité. Dans ce film, il y a notamment une scène où je reviens chez moi et parle à mon fils qui me croyait mort. Il réalise alors ce qui s’est vraiment passé le 11 Septembre. Je lui dois la vérité. Il comprend que je suis le cerveau derrière les attentats. Dans cette confession, je lui dis aussi à propos des terroristes à qui certains promettent le ciel après les attentats : « Qu’est-ce qui t’attend au ciel ? Malheureusement, nous n’avons plus de vierges à offrir mais peutêtre qu’il y aura soixante-dix belles chèvres. » Toujours sur les terroristes, action je prononce une phrase que George Bush a vraiment dite : « Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes. » Dans le film, je déclare aux terroristes : « Comment ce bouffon – en parlant de George Bush – dit que je dois vous appeler ? Les scélérats ? » Les scélérats ! Ce sont les deux seuls mots que j’ai ajoutés au texte. Cela rend encore plus réel le discours politique parce que c’est une remarque complètement débile. Du niveau cours élémentaire. Quiconque utilise un tel mot pour parler des terroristes est lui-même un bouffon. Ce terroriste doit recruter des kamikazes pour les attaques contre les USA et les motiver pour cela. Il a votre look, votre côté décadent et votre humour irrévérencieux... Je suis d’accord avec l’humour irrévérencieux parce que j’adore les Marx Brothers. Ils étaient totalement irrévérents, très drôles. Je pense que notre gouvernement est vraiment décadent. C’est mon sentiment. Le style de vie américain doit être fou. Ce film montre-t-il que le monde est dirigé par la terreur ? Parfois je pense que le gouvernement affirme détenir des informations uniquement pour maintenir ce sentiment d’insécurité. Je sais que nous avons des ennemis. Je n’aurais aucune envie de les croiser mais ils ne m’effraient pas. Je raisonne comme ça car j’ai déjà un long vécu. Il n’y a que deux choses qui font peur aux bébés : la chute et les bruits. Ensuite, c’est la vie qui nous révèle toutes les autres. On n’échappe pas à cela. 47



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