The Red Bulletin n°2012-04 avril
The Red Bulletin n°2012-04 avril
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2012-04 de avril

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (202 x 276) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 13,5 Mo

  • Dans ce numéro : Maya Gabeira... la surfeuse brésilienne ne chasse que les très grosses vagues.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 74 - 75  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
74 75
74 Action On y promet les plus gros rouleaux jamais vus à Teahupoo, le spot de prédilection de Michel Bourez (voir The Red Bulletin – Mars 2012). Teahupoo est une ligne importante sur un CV. Gabeira s’y est fait rouler et compresser, le 29 août par Chopes, le petit nom de la vague géante. Une chute d’une violence inouïe, dont la vidéo circule toujours sur le Net. Ce jour-là, Burle la tracte en jetski vers une vague plus petite que les autres. Gabeira sort trop tard et trop loin. Atterrissage dans le récif. Un endroit impossible. Elle plonge, plaquée au fond. Quand elle en ressort, tout juste à moitié immergée, un rouleau monstrueux s’abat sur elle, bientôt suivi par cinq autres. Une fois récupérée, une évacuation d’urgence s’impose. Elle est sonnée, a bu la tasse et saigne d’une oreille. Rapidement, sa pression artérielle s’emballe, sa température grimpe. Elle a l’estomac saoulé d’eau de mer. Symptômes classiques en surf. Gabeira a senti l’odeur de la mort de près. Son détracteur le plus virulent n’est autre que Kelly Slater, la légende vivante. L’Américain lui a reproché publiquement d’avoir mis en danger plusieurs vies. Surtout que, ce jour là, les autorités avaient interdit la sortie des bateaux. Elle n’était pas la seule, d’autres étaient à l’eau. Gabeira a été chagrinée que l’idole planétaire du surf d’une génération de surfeurs la réprimande. Elle en porte encore la cicatrice, au plus profond d’elle-même. Les critiques ont stigmatisé son inexpérience et sa technique, encore trop basique pour affronter Chopes. Huit ans après ses débuts, la Brésilienne encaisse une vraie déferlante dans le microcosme du surf. La fille poursuivie depuis toujours pour un cliché volé sur une vague ou sur la plage est sidérée du revirement de l’opinion. Et s’emballe : « Pourquoi ne parle-t-on jamais des autres, de tous ceux qui ont chuté à Teahupoo ? C’est arrivé à beaucoup, mais il n’y a jamais eu personne pour les critiquer. C’est parce que je suis la pauvre petite fille fragile qui a essuyé six rouleaux ? Je comprends que certains pensent que j’étais insuffisamment préparée. Mais j’ai aussi mon propre point de vue. J’ai peut-être eu beaucoup de chance mais ce n’est pas la première fois que je me retrouvais dans cette situation et personne n’avait jamais rien dit auparavant ! » Une respiration. Elle reprend, presque amusée : « Ce sont les mêmes qui disent que j’ai de la chance quand je prends une bonne vague ! Je vais finir par croire que je suis doublement chanceuse ! » aya Gabeira prend la route. Elle emprunte King Kamehameha Highway qui borde la côte et mène à l’aéroport. Elle voit les rouleaux qui crachent leur écume. Une grosse houle se lève et génère des murs de cinq mètres qui s’abattent en fanfare. Gabeira ralentit à hauteur de Waimea Bay pour mieux admirer le fracas de la nature. Confidence : « J’ai toujours un nœud à l’estomac quand je pars. Ça sera du gros, demain. » Son regard ne lâche plus Waimea Bay. « C’est un de mes spots préférés. J’y resterais bien, mais le surf est devenu un métier pour moi. Et il faut que j’avance, que je passe à l’étape suivante. » Une planche rose dépasse de l’une des fenêtres arrière du véhicule. Elle est emballée à la va-vite dans un plastique de protection tenu par du gros scotch. Derrière son siège, un sac à dos renferme la nouvelle assurance-vie des surfeurs : la Billabong V1 wetsuit. Cette combinaison a, dans le dos, un compartiment hermétique qui gonfle grâce à une cartouche de CO ² à déclencher manuellement. Une bulle d’air joue le rôle d’un ballon qui propulse le surfeur à la surface et échappe à l’essorage. À Jaws, un simple rôle d’observatrice l’attend. En retrait de l’action. L’année dernière a été douloureuse pour Gabeira. Son ami, le vétéran Sion Milosky, s’est noyé en Californie. Elle a aussi pris de gros wipe-outs, dont celui de Teahupoo. Ils l’ont poussée à réfléchir à l’évolution de sa carrière. À tout juste 24 ans. « J’ai eu quelques signaux d’alerte. J’ai perdu certains de mes héros, dont Sion. J’ai pris conscience que même ceux qui surfent au plus haut niveau ne sont pas à l’abri du coup fatal. Tu comprends que ça peut aussi t’arriver. » Si c’est fréquent à Jaws, d’autres spots peuvent aussi être vénéneux. Signe qui ne trompe pas, dès que des sessions sont annoncées, les photographes s’amoncellent. Jaws est le lieu idéal pour faire ses preuves et appâter les sponsors. Certaines attitudes sont éloignées de la soi-disante fraternité dans laquelle baignerait la confrérie mondiale du surf. Gabeira ne s’y fait pas. « La présence de toute cette foule me rend nerveuse, avoue-t-elle. Le surf, non. C’est lui qui me donne envie de continuer. » lle goûte aux sollicitations, aux couvertures de magazines mais n’est jamais plus heureuse que quand elle s’évade avec Burle. Elle sait qu’elle aura encore des risques à narguer pour conserver ce petit bout de notoriété. « Tout ça, c’est un cirque dans lequel je dois me prouver des choses. » Au fond, pourquoi faire tout ça ? Elle sourit, secoue la tête. Mais n’apporte pas de réponse à la question qu’elle vient de se poser à voix haute. Les bouchons n’ont pas eu raison de nous. Gabeira s’est garée. Nous voilà au parking. Elle dépose son board à l’enregistrement. Les hôtesses n’ont pas un regard sur son long sac avalé par l’un des tapis de l’aéroport. Pas le premier du genre de la journée. Le lendemain, quatre heures et demi du matin quand elle se réveille. Sa chambre d’hôtel est parfumée au tabac froid. Le vent s’est levé. Une heure et un café au lait de soja plus tard, elle déboule sur le parking de Kahului Harbor, où photographes et caméramen attendent d’être embarqués. Direction le show du jour. Elle arrime sa planche, la plus petite, dédiée au tow-in (surf tracté). Si elle échoue à choper les grosses vagues en pagayant, elle fera appel à l’assistance motorisée de Burle.
CLOTHES : BILLABONG, HAIR & MAKE-UP : KATy yUNG fOR TRESEMME AND MAC, PRODUCTION : fX GROUP Sept heures, le ciel est serti de reflets de bronze. Adossées aux falaises d’argile, les planches alignées brillent sous les premiers rayons du soleil. Au sommet, la foule. Lointaine et discrète. Dans l’eau, jet-skis, bateaux. Et des surfeurs prêts à bondir après avoir pagayé depuis la rive. Depuis la gueule du monstre, la terre est invisible. Elle ne réapparaît au rider qu’à la chevauchée de la crête de la vague qui jaillit en trois pics. Le vent, 15 nœuds, soulève la lèvre du rouleau comme la houppette de Tintin. Les vagues mesurent entre six et neuf mètres. Certaines sont estimées à 15 mètres de hauteur. Personne n’ose s’y aventurer. Action Après 40 minutes de jet-ski pour rejoindre le spot de Jaws, à travers l’obscurité et les vague scélérates, Maya Gabeira pagaie prudemment. À chaque wipeout (gamelle), la bronca. Les surfeurs locaux, instruits par les moindres recoins de Jaws, sont à leur avantage. Parmi eux, David Wassel, sauveteur sur la côte nord d’Hawaii – personnage haut en couleurs et volontiers sarcastique. En 2004, ici à Jaws, il échappe à « la chute la plus périlleuse et la minute la plus terrifiante » de son existence après avoir été aspiré et plaqué au fond de l’Océan Pacifique. Désormais, Wassel vit au présent. Il raconte : « Vous sentez le vent sur votre visage, un vent qui s’échappe vers le haut. C’est un peu la même sensation qu’en kite. » L’élan est bon, il parvient à maîtriser sa trajectoire et fonce droit à travers les mâchoires du monstre. Rattrapé à la sortie, il est englouti par l’écume, tire sur le cordon, déclencheur du système de survie de la combinaison, remonte dare-dare à la surface. Allongé sur son board, il rame jusqu’à un bateau de la sécurité. Avec sa bosse dans le dos, pas encore dégonflée, il ressemble à une tortue Ninja. De l’eau (plate), David, un Red Bull ? Il décline, avant de décapsuler et d’apprécier l’ovation qui lui est réservée. Il jette un œil vers Maya Gabeira, qui s’est rapprochée du line-up. La zone de déferlement des vagues. Elle semble hésitante à engager un take-off (entrée dans la vague). « Elle a vu rouge à Tahiti, analyse Wassel. Ça doit semer le trouble dans sa tête. » Lui n’a aucun doute sur l’impact de Gabeira pour la place des femmes dans ce sport : « Elle est sur le point de faire taire ce milieu de machistes. » Les Brésiliens portent le surf féminin à un niveau inédit en bâtissant sur les solides fondations maçonnées par Kennelly, l’une des pionnières. « Les filles ? Elles n’ont rien à voir avec les garçons », ose Edison de Paula, rider brésilien, proche de Gabeira. Et l’égalité des sexes alors ? Maya : « Sharapova ne sera jamais capable de prendre un set à Nadal ! Elle est super forte mais il reste plus puissant qu’elle. Cessons de comparer ce qui ne peut pas l’être. Je ne revendique rien, je ne défends pas la place des femmes. Tout ce que je fais, je le fais pour moi et rien que pour moi. » Burle a aussi connu des moments difficiles à Jaws. Mais, à 44 ans, il tient une santé de fer à rendre jaloux les gamins. Entre chaque ride, il fait demitour et vient soutenir Gabeira. Soudain, il lance : « Maya, on fonce, on y va ! » Elle n’attendait que ça. La place se libère. Elle ajuste le leash à sa cheville, grimpe sur sa planche et attrape d’une main le câble que laisse traîner le jet. C’est parti. Les regards sont braqués sur la Brésilienne et son partenaire. Personne n’aurait pris la responsabilité de remorquer Maya jusqu’au cœur de cette vague. Elle se place dans l’eau. Encore. Jaws la guette. Brusquement, elle bondit sur son board, tire sur le câble de remorquage et s’invite dans la gueule du loup. Gabeira a vaincu sa peur. Un pas immense pour elle. Rien que pour elle. Admirez Maya Gabeira sur la version iPad de The Red Bulletin ou sur www.redbull.fr 75



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 1The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 2-3The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 4-5The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 6-7The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 8-9The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 10-11The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 12-13The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 14-15The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 16-17The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 18-19The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 20-21The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 22-23The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 24-25The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 26-27The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 28-29The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 30-31The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 32-33The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 34-35The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 36-37The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 38-39The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 40-41The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 42-43The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 44-45The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 46-47The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 48-49The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 50-51The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 52-53The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 54-55The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 56-57The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 58-59The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 60-61The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 62-63The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 64-65The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 66-67The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 68-69The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 70-71The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 72-73The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 74-75The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 76-77The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 78-79The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 80-81The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 82-83The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 84-85The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 86-87The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 88-89The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 90-91The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 92-93The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 94-95The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 96-97The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 98-99The Red Bulletin numéro 2012-04 avril Page 100