The Red Bulletin n°2012-02 février
The Red Bulletin n°2012-02 février
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2012-02 de février

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (202 x 276) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : Red Bull Stratos et Felix Baumgartner au pas de charge !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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56 Action Pour l’instant, Hadeel apprend le boulot. Elle file un coup de main à la fédération de sport auto. Elle est une des trois seules filles ayant intégré cette année le groupe de 300 étudiants en génie mécanique à l’université de Ramallah, au grand dam de ses parents qui envisageaient une carrière professionnelle plus « convenable » pour une jeune femme, loin de l’environnement très masculin de la compétition automobile. Hadeel a tenu bon et n’en croyait pas ses yeux quand elle a découvert l’existence des Speed Sisters. « Cela a aidé mes parents à comprendre qu’il peut y avoir un avenir pour une jeune femme dans ce domaine en Palestine. Là, je vais apprendre et pouvoir préparer les voitures pour les courses. Voir ces femmes qui courent, ça me donne aussi une sacrée confiance en moi. Je veux être prête pour les rejoindre en compétition en mars. » Un jour de course s’étire dès l’aube. En Palestine comme ailleurs. Le soleil apparaît tout juste audessus des collines jordaniennes qui dominent Jéricho quand les premiers participants ont déjà lancé leur véhicule dans de spectaculaires et bruyants demi-tours sur place. Sur une surface faite de cailloux et de sable et située juste derrière l’aire de course, chacun chauffe la gomme de ses pneus. La scène se déroule tout près de la frontière orientale qui délimite la Cisjordanie, près d’un grand checkpoint militaire israélien. Le seul garde en faction observe le ballet des voitures depuis son mirador. Les spéciales chronométrées sont une source de fierté pour les Palestiniens, d’autant plus que les Israéliens n’ont pas d’équivalent sur leur sol. « Ils adoreraient venir et courir ici, avance Monty, un officiel de la fédération palestinienne, en regardant le drapeau de l’état hébreu qui flotte au loin au-dessus des arbres. Mais les choses sont ainsi faites, cela n’arrivera pas. » Les premiers spectateurs sont arrivés. Ils se pressent autour des échoppes où l’on vend du mais grillé. Certains ont déjà pris place sur les tôles ondulées des baraquements qui entourent l’aire de compétition. Près des spectateurs et du portique enjambant la ligne de départ et d’arrivée aux couleurs du drapeau palestinien, on a installé une aire VIP où on aime se montrer dans ce genre d’occasions. De grandes photos de Yasser Arafat et du Premier ministre Mahmoud Abbas sont posées derrière des rangées de chaises en simple plastique blanc. Des policiers, dans leur uniforme bleu et noir, surveillent le tout à quelques mètres de là. Alors que la foule grossit de plus en plus, Betty, vêtue d’une combinaison de course rouge, arpente le circuit en compagnie de son frère George. Avant la compétition, elle vient repérer méthodiquement chaque mètre du tracé qui slalome autour des plots. Elle note aussi sur son petit calepin les trajectoires idéales. Dans sa main, elle a pris le plan officiel du circuit, souligné de traits aux feutres bleu et orange. Combinaison noire et jaune roulée à la taille, Noor est accroupie près de sa BMW garée dans le « parc fermé ». Elle appose très délicatement sur la carrosserie l’autocollant portant le numéro 53 sous l’œil de gamins ébahis. L’habitacle intérieur a été débarrassé de tout élément superflu pour gagner du poids. La mère de Noor, qui tient avec sa fille une boutique de vêtements dans Ramallah, lui a fait cadeau... de sa voiture. C’est dans ce même véhicule qu’elle avait l’habitude d’installer Noor pour l’emmener à l’école pendant de longues années. « Elle a été choquée quand elle a vu pour la première fois la voiture ainsi transformée, dit Noor d’une voix rauque. Je me souviens qu’à l’époque c’était une voiture qui sentait bon le parfum de ma mère. Aujourd’hui, avec ce cadeau, elle me montre avant tout son envie de me voir heureuse. Je le suis ! » Noor est une sportive née. Elle a pratiqué la boxe, le tennis et le footballaux côtés des hommes avant de se lancer dans la compétition automobile dans les rues de Ramallah en 2008. Elle est repérée par le patron de la fédération des sports mécaniques. Grâce au passeport américain dont elle bénéficie par son père, elle a été retenue parmi dix pilotes sur 7 000 pour conduire en F2 Series, en Israël. « J’aime les voitures depuis que je suis toute petite, confie-t-elle en plissant ses yeux marrons pour se protéger du soleil couchant. Si quelqu’un me demande ce que je préfère entre le sexe et la course « J’a I VU lES SPEEd SISTErS ET JE mE SUIS dIT : POUrqUOI PaS mOI ? » Sahar Jawabrah, 44 aNS. » »
automobile, je réponds sans hésitation la course. C’est un truc magnifique. Quand la voiture donne toute sa puissance, tu la contrôles. Tu es le maître. Il n’y a pas de montée d’adrénaline plus forte que ça. Quand j’irai courir en Israël, ce sera un type de compétition totalement différent mais je serai à la hauteur. Je vais montrer au monde de quoi sont capables les Palestiniens ! » Fumante démonstration. On a hâte. À 9 heures, la course est sur le point de démarrer. Les Speed Sisters regardent ça du haut de l’emplacement qui leur a été désigné. L’équipe est au complet avec le team manager et sixième membre de l’équipage, Mayson Jayyusi, 34 ans. Elle vient juste d’arriver de Ramallah où elle possède une boutique. Elle a amené T-Shirts, casquettes et une grande bannière avec le logo jaune des Speed Sisters. Au milieu d’une foule quasi exclusivement masculine, on distingue les trois silhouettes féminines, côte à côte, en bord de piste. Les gamins sont perchés, les adultes sortent leur téléphone portable pour saisir une photo. Un speaker déchaîné présente chaque pilote avant que les bolides ne slaloment sur le circuit dans d’assourdissants crissements de pneus. Chaque pilote participe à deux manches. Les dix plus rapides en disputeront une troisième pour se départager. Si tous les véhicules peuvent concourir, ils sont en revanche répartis en cinq catégories de puissance. La première manche de Betty avec sa GTI est propre. Noor ne va pas avoir autant de chance. Elle se trompe de direction à la sortie d’un virage en fin de manche et heurte un plot violemment. En plus, le moteur de sa voiture a chauffé. « Je dois y aller vraiment à fond dans la prochaine, assure-t-elle une main sur sa voiture encore fumante. Si ça prend feu, tant pis ! J’aurais donné le max, je suis comme ça, je fais tout à 100%. » Les Speed Sisters ont suscité des vocations. Sahar Jawabrah, EN bOUT dE COUrSE Ci-dessus : Betty file un coup de main à Maher, son mécano. Il transforme ici sa voiture de course en véhicule de ville. À gauche : au lendemain de l’épreuve, Noor n’oublie pas de se faire belle dans le salon situé au-dessus du magasin de vêtements de sa mère, à Ramallah. Elle est prête pour une petite virée nocturne, histoire de fêter le titre de sa copine Betty. Action une enseignante de 44 ans, a vu les images de ces jeunes femmes en action à la télé. C’est ce qui l’a décidé à les rejoindre. Elle est même la seule pilote en compétition qui porte le hijab. Aujourd’hui, c’est sa quatrième course. Elle assure prudemment sa manche et sort de la voiture avec le sourire, dissimulant tant bien que mal son visage sous son voile. La foule se presse autour des vitres de son véhicule. À son âge, elle a l’impression de revivre. « Ma famille n’apprécie pas ce genre de choses, confesse-t-elle après sa course. Mais, moi, j’adore ça. C’est une forme de liberté dans un contexte compliqué compte tenu de la situation politique dans la sous-région. J’ai vu les Speed Sisters et je me suis dit : « Si elles le font, alors pourquoi pas moi ? » Avec une bonne dose d’idées et de volonté, parfois de récup, on peut y arrriver... » Noor lance sa deuxième manche par un demi-tour sur place endiablé qui arrache les hurlements hystériques de spectateurs. À travers la poussière, on l’aperçoit, concentrée et lèvres serrées. Sa voiture chauffe. Elle est en difficulté puis abandonne. Normal, son véhicule n’en peut plus. Betty s’est offert une manche beaucoup plus rapide pour s’assurer une place en finale au milieu des hommes. Marah, elle, s’empresse de saisir le micro pour expliquer timidement aux 1 500 spectateurs présents les raisons de son abandon et les problèmes rencontrés. Quand la finale est annoncée, il est presque 18 heures. L’ambiance est à son paroxysme. Les Black Eyed Peas déversent leurs BPM dans la sono. Betty slalome avec souplesse entre les cônes du circuit et boucle impeccablement son tour avec le meilleur chrono de la journée. Elle s’adjuge logiquement le Championnat féminin. Cerise sur le gâteau, elle décroche la première place, tous pilotes confondus, dans la catégorie GTI. Les Speed Sisters achèvent une nouvelle année de succès, contribuant à promouvoir la popularité du sport auto au cœur de la Palestine. Joli exemple dans une société qui multiplie les efforts vis-à-vis des femmes. www.speedsisters.tv 57



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