The Red Bulletin n°2012-02 février
The Red Bulletin n°2012-02 février
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2012-02 de février

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Red Bull Media House GmbH

  • Format : (202 x 276) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : Red Bull Stratos et Felix Baumgartner au pas de charge !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Dramatique solitude à 31 km d’altitude. 50 ans plus tard, les images du saut de Joe Kittinger n’ont rien perdu de leur intensité. 16 autres, humbles terriens. Et le ballon représente encore l’unique moyen d’y séjourner quelques secondes contrairement à l’avion ou la fusée. Cela favorise la chasse aux records et confère un certain charme à cette quête même si le sujet reste avant tout scientifique. Les nombreux projets qui ont échoué ces dernières décennies, contribuent à accroître la place de Joseph Kittinger dans l’histoire de la conquête spatiale. Kittinger se prononce « Kittinguer » contrairement à l’homme politique Henry Kissinger. Celui-ci a opté pour une prononciation anglophone, dont l’origine allemande est bien plus directe. En 1783, âgé de 14 ans, l’arrièrearrière-arrière-grand-père de Kittinger immigre outre- Atlantique avec sa famille. Les Kittinger sont originaires de la région de Zurich. Ils cultivent avec assiduité la pomme de terre. Sur la côte est, rien ne change. Ils s’installent en Pennsylvanie et vivent de ce qu’ils savent faire : cultiver le plus ancien des légumes. Depuis, la famille s’est agrandie et compte de nombreux descendants aux quatre coins des États-Unis. Un seul se prénomme Joe. Il semble destiné à se frotter à la vitesse du son. Entre ce qu’a vécu Joe, il y a un demi-siècle, et ce qui attend Baumgartner cette année, les ressemblances sont nombreuses. Seule la préparation mentale a bien changé. Les méthodes ont évolué. Pour tester sa claustrophobie, Joe a été enfermé pendant 24 heures dans une caisse de 1m³. Kittinger : « C’était comme être dans un cercueil, étroit et sombre, se souvient-il. La discipline que vous vous imposez aide à vaincre la claustrophobie. Le fait de savoir qu’un succès signifie la poursuite de l’aventure au sein du programme a été un facteur motivant. » Bien que le premier test de Felix Baumgartner en combinaison spatiale dans une cabine pressurisée soit techniquement plus poussé, la pression reste cependant comparable pour un individu non habitué à être oxygéné à outrance. Kittinger et Baumgartner se rejoignent finalement dans leurs parcours divers et variés. Les décennies ont peu d’effet sur leur approche de la situation. Kittinger est un homme de ballon expérimenté, formé spécialement pour le saut en parachute d’urgence. À l’époque, il se laissait tomber comme un sac de patates avec son kit de survie accroché aux fesses. Baumgartner, lui, est un acrobate aérien, un artiste du mouvement avec plus de 3 000 sauts à son actif. Seul hic, il a dû apprivoiser le ballon. Pilote de chasse, Joe Kittinger s’est souvent retrouvé à 15 000 mètres d’altitude, équipé d’une combinaison pressurisée. La cabine ? Il l’a testée des centaines de fois. Sa combinaison ? Il a eu huit ans pour s’y habituer avant son grand saut. Les combinaisons pressurisées sont extrêmement rigides, chaque mouvement de bras ou de jambes prend la forme d’un effort surhumain. Sportif de l’extrême, Baumgartner n’est pas habitué à de telles contraintes. Il a d’abord dû surmonter psychologiquement les obstacles que constituaient la cabine et la combinaison pressurisée et apprendre une nouvelle façon de se mouvoir. kittinger : « Être à l’aise avec la combinaison en toute circonstance est une nécessité. Sans quoi tu es un homme mort... » Tu ne sens pas le vide. Il est pourtant là, inquiétant et hostile.
photos : getty images (2), Christian Pondella/Red Bull Content Pool Avant le saut, je me suis dit : « Lord, take care of me now. » Quand mon parachute s’est ouvert, je l’ai remercié poliment. L’ascension en ballon prévue pour l’Autrichien est calquée sur celle de Kkittinger. Seul le volume en mètres cubes du nouveau ballon est différent. La version 2012 est dix fois plus importante. Indispensable pour atteindre les 5 000 mètres supplémentaires. Un danger majeur plane au-dessus de la tête de Baumgartner. Il a pour nom flat spinning, c’est à dire « descente en vrille ». Personne n’est mieux placé que Kittinger pour détailler la descente en vrille. Il a assisté aux premiers largages de mannequins – 200 rotations/minute (140 rotations sont mortelles pour l’homme) – et testé toutes les améliorations apportées par la suite. Il a surtout fait lui-même l’expérience d’une descente en vrille. Impuissant. « J’ai tournoyé comme une hélice », témoigne-til aujourd’hui. Kittinger fait ses adieux à la vie, perd connaissance et revient à lui 20 kilomètres plus bas, accroché à son parachute. Miraculeux. Le spinning représente bel et bien le danger majeur d’un saut initié depuis la stratosphère. « Lancé dans le vide », signifie que le corps ne rencontre ni courant atmosphérique, ni résistance de l’air. Les mouvements mille fois répétés par l’athlète finissent ici littéralement… dans le vide. Après les 2 000 premiers mètres de saut, Kittinger réussi à ouvrir un petit parachute de stabilisation. Ça ne le freine pas mais le protège tout de même du spinning. Le vrai parachute ne s’ouvre que 25 kilomètres plus bas où l’air est plus dense. Le débit de Kittinger s’accélère, comme pour ne rien louper. Les souvenirs pleuvent. Comme si c’était hier. Top départ. « Tu ne sens pas le vide. Il est pourtant là, inquiétant et hostile, avancet-il, le regard azimuté. La vue sur la planète Terre s’étend sur sept cent kilomètres, le ciel au-dessus de toi est d’un noir profond et l’horizon décline le bleu dans tous ses tons. Sous l’effet de la réflexion, elle est bleue. Dans le vide, la lumière n’est pas réfléchie. Impossible aussi de voir les étoiles. Les yeux sont éblouis, c’est pour cela que les pupilles se rétractent fortement. » Bluffant. Kittinger débite encore et toujours. Il aborde le danger lié à l’euphorie d’altitude pendant les neuf minutes passées tout là-haut. Discours fleuve. « L’environnement hostile est toujours palpable et une overdose d’oxygène ne provoque pas d’euphorie. Le silence de mort fait le reste, précise-t-il. J’avais fait ce saut des milliers de fois dans mon imagination et, quand c’était l’heure, I was ready for it. » Et la chute libre ? Comment vit-on à 1000 km/h ? « En raison de l’absence totale de vent, on ne les ressent pas. Au début, c’est un bonheur de descendre sans vriller. Après deux minutes, les nuages foncent sur toi et tu dois te convaincre que ce n’est que de la vapeur... Avant le saut, je me suis dit : « Lord, take care of me now. » Quand mon parachute s’est ouvert, je l’ai remercié très poliment. » À l’orée de la tentative de Felix Baumgartner, Kkittinger couclue par ses mots, sans une once de nostalgie : « À l’époque, il n’était pas question de record, glisse-t-il. Nous y sommes allés pour savoir si une sortie d’urgence était possible à cette altitude. Aussi, je ne me suis jamais préoccupé de savoir si mes performances étaient enregistrées par une f édération sportive ou par qui que ce soit. » Pas de regrets, ni même celui de ne pas avoir foulé le sol lunaire. « Quand le projet Mercury a été lancé, j’ai eu la possibilité de me porter volontaire, avoue-til. Je ne l’ai pas fait. Je n’ai jamais regardé en arrière en me disant que j’aurais aimé être un astronaute du défi Mercury pour aller sur la lune. J’étais très heureux avec ce que j’avais accompli. » On ne peut pas dire que la suite a été de tout repos pour Kittinger. Il est appelé au Vietnam dès le début du conflit. Propulsé à la tête d’un escadron de F4 Phantom où il a abat même un MIG, Kittinger touche rapidement du doigt la dramaturgie de ce genre de conflit en étant lui-même abattu et conduit en prison au tristement célèbre « Hanoi Hilton ». Kittinger est libéré un an plus tard. Cet épisode de sa vie l’a marqué à tout jamais. Aujourd’hui, il a encore du mal a en parler. En 1978, il quitte l’US Air Force pour se consacrer au ballon. C’est la meilleure décision qu’il ait prise depuis belle lurette. Dans la foulée, Kittinger décroche un nouveau record du monde, celui du voyage en solo le plus long (durée et distance confondues). Il est aussi le premier homme à traverser l’Atlantique seul. « Je ne veux pas moisir à la retraite », dit-il avec ce sourire d’homme apaisé, rictus de celui qui a atteint avec fierté les objectifs qu’il s’était fixé. Quand Felix Baumgartner s’envolera pour son voyage de cinq heures au-dessus de nos têtes, Colonel Joe sera aux avant-postes, dans la salle de contrôle des ingénieurs chargés de surveiller la mission de l’Autrichien. Kittinger ne veut rien louper. Les 82 ans et la forme resplendissante de l’Américain restent le meilleur témoignage d’un défi permanent à la densité atmosphérique. Comme quoi, s’envoyer en l’air dans l’espace, ça conserve un homme. www.redbullstratos.com 2prochain épisode : 14 Mars SOMMAIRE Art Thompson, Chef de projet, et son équipe de techniciens vous dévoilent toutes les ficelles de Red Bull Stratos:• Capsule• Communication• Système de survie 17



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