Terre n°163 déc 18/jan-fév 2019
Terre n°163 déc 18/jan-fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°163 de déc 18/jan-fév 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Le Groupe Terre

  • Format : (210 x 265) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,2 Mo

  • Dans ce numéro : le parcours d'Autre Terre...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 Dossier De sa naissance à aujourd’hui… le parcours d’Autre Terre On était de bonne volonté terre n°163 2018 Daniel D’Ambrosio, chargé d’éducation permanente, Groupe Terre asblNous sommes au début des années 60. Depuis plus de dix ans, quelques volontaires, sous la houlette de William Wauters, se mobilisent pour venir en aide aux plus démunis de l’entité de Vivegnis, non loin de Liège. Influencées par le mouvement Emmaüs, ces personnes organisent régulièrement des ramassages de vêtements, papiers et métaux leur permettant de mettre en œuvre des actions de solidarité pour les plus démunis du village. Les premières initiatives Du haut de ses 83 ans, Godefroid Bodeüs, surnommé « Gody », a connu de près les premiers projets de solidarité internationale de Terre. Aujourd’hui, Gody est encore très présent au sein 19601 Et si on remontait le temps pour se retrouver dans les années 60, à l’aube des tout premiers projets de Terre dans le Sud ? Se plonger dans cette période, c’est un peu comme ouvrir une boîte à souvenirs dans laquelle on trouverait un fatras de rencontres, lectures, soutiens et opportunités, mais surtout une volonté inébranlable de détruire la pauvreté et la misère. du groupe, particulièrement lors des assemblées générales des travailleurs et volontaires. Je suis arrivé à Vivegnis au début des années 60. J’ai participé à mon premier grand ramassage en 1961 pour Joseph Dessart, qui était missionnaire en Bolivie. Petit à petit, des gens sont venus nous trouver pour qu’on soutienne des projets dans le Sud, notamment le service auxiliaire de missions, ou encore cette dame dont le mari était archéologue sur les ruines de Djémila en Algérie. Une équipe est allée sur place pour se rendre compte que le projet de cette dame n’était pas très clair. On a donc cherché autre chose sur Djémila. On a d’abord placé des tuyaux d’irrigation, mais cela n’a pas donné grand-chose. Puis, on s’est rendu compte qu’il y avait du plâtre. C’est ainsi qu’on a commencé la plâtrière. C’est également à cette époque que je me suis rendu en Inde parce que, parmi les volontaires, j’étais le seul à parler anglais. Moi qui n’avais jamais quitté la Belgique, je me suis retrouvé à Trivandrum. J’ai été accueilli par un missionnaire qui m’a fait découvrir le projet de sucrerie. Avant mon départ, on m’avait confié 50.000 francs belges à remettre sur place si le projet était intéressant. Ce que j’ai fait en quittant Trivandrum. En lisant ces lignes, on pourrait penser que si Terre décide d’aller dans le Sud, c’est peut-être moins par choix stratégique que par succession d’opportunités et de rencontres. Pourtant, la réalité est peut-être à aller chercher dans un contexte plus large. Pour Gody, on s’est tourné vers le Sud car on s’est
rendu compte que la situation économique en Wallonie s’était améliorée. À la fin des années 50 et au début des années 60, on continuait à faire des ramassages, mais en même temps, on constatait que les gens allaient mieux et qu’il y avait des problèmes dans ce qu’on appelait à l’époque le tiers-monde. On en parlait beaucoup à cette époquelà, notamment par l’entremise des travaux de René Dumont 1. Ajoutons à ce constat que cette période est marquée par une vague de décolonisation en Afrique. C’est aussi à ce moment qu’on voit apparaitre une série d’ONG de solidarité internationale. Une vision de la coopération L’émergence de ces organisations non gouvernementales témoigne d’un changement de vision de ce qu’allait devenir la coopération au développement. Pour José Constant, volontaire en Bolivie à la fin des années 70, et actuel directeur financier du groupe Terre, à côté de la coopération d’état et des petites initiatives menées par des À la fin des années 50 et au début des années 60, on continuait à faire des ramassages, mais en même temps, on constatait que les gens allaient mieux et qu’il y avait des problèmes dans ce qu’on appelait à l’époque le tiers-monde. curés et des sœurs aux quatre coins du monde, on a commencé à avoir une série des gens qui avaient une réflexion plus intégrée et davantage à vocation économique, comme SOS Faim et Îles de Paix. Terre était fort ancrée dans cette idée que si l’Europe et la Belgique commençaient à s’en sortir, c’est parce qu’il y avait un réel élan économique. Tant que les gens n’auront pas la possibilité d’avoir accès à des revenus, ils ne pourront pas avoir accès à une série de services, comme les soins de santé par exemple. Gody ajoute que l’objectif, à travers les projets menés dans le Sud, était que les travailleurs ou les structures locales puissent se réapproprier entièrement le projet. En Algérie, la plâtrière a été remise en 1972 au gouvernement algérien et ça fonctionne toujours. Une plâtrière, une sucrerie, des systèmes d’irrigation en Algérie… Pour être menés à bien, des projets de ce type ont besoin d’argent. Comment Terre s’y prenait-elle pour trouver les fonds nécessaires ? Pour José Constant, tout sortait des grands ramassages. Nous avions aussi quelques sources de financement privé, comme Misereor 2 notamment. Aujourd’hui, Autre Terre appellerait cela des dons institutionnels. Nos projets ont été financés entièrement sur des fonds propres. Cela nous donnait une grande liberté. On réalisait les projets que l’on voulait où on voulait. Nous n’avions de comptes à rendre à personne. Cette situation a duré une bonne vingtaine d’années, jusqu’à ce que l’on crée Terre Tiers-Monde et Information (TTMI) en 1984. Aujourd’hui, un projet comme celui de la plâtrière de Djémila serait impossible à mettre en œuvre avec le soutien de la coopération belge. Quand on demande à Gody quel regard il porte sur les projets de solidarité internationale dans les années 60, il répond  : on était de bonne volonté, mais c’était une vision européenne. En gros, c’était  : « Nous, on sait tout. Eux, ils ne savent rien. On va les aider. On va leur apprendre à travailler ». Heureusement, cette vision a changé avec le temps. Aujourd’hui, on est moins prétentieux qu’avant. On tient compte des avis des gens. On a beaucoup appris des personnes. On s’est rendu compte qu’elles pouvaient nous apporter beaucoup de choses. I 1. Agronome français (1904-2001), connu pour son combat pour le développement rural des pays pauvres et son engagement écologiste. Il est notamment l’auteur de L’Afrique noire est mal partie, en 1962. 2. ONG allemande n°163 2018 terre 5



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