Terre Information Magazine n°306 jui/aoû 2019
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1947-1954 # TERRE D’HOMMES HISTOIRE Les troupes africaines en Indochine Texte  : Michel Bodin – Photos  : ECPAD 1952  : mission de reconnaissance d'un bataillon de tirailleurs africains au Cambodge. 52 # Juillet/Août 2019 - TIM 306 La contribution des soldats africains est un des aspects les moins connus de la guerre menée en Extrême-Orient par l’armée française. Pourtant, 60 340 y débarquent entre 1947 et 1954, soit 12,7% des effectifs envoyés en Indochine. PRÉVUS DÈS LES PREMIERS PLANS d’un corps expéditionnaire pour l’Asie en 1943, les Africains ne figuraient pas parmi les troupes envoyées en 1945. Sur les conseils du général Leclerc, le général de Gaulle avait renoncé à leur emploi. Il ne fallait pas heurter la susceptibilité des États-Unis dont l’aide était précieuse pour l’armée française. Par principe anticolonialistes, ceux-ci n’auraient pas vu d’un bon œil l’emploi de colonisés contre d’autres colonisés. Enfin, on redoutait les réactions des populations indochinoises devant des soldats »noirs». Mais dès la fin de 1945, il devient patent que les troupes françaises ne suffisent plus à tenir le Sud indochinois, d’autant que l’on prépare la reconquête du Tonkin. La reprise en main, la nature difficile du pays, les pertes, un ennemi actif et insaisissable aggravent la situation des effectifs qui s’usent rapidement dans des missions incessantes en milieu pénible. Par ailleurs, on avait promis un séjour d’un an aux éléments
débarqués en 1945 et début 1946. Comme il était hors de question d’envoyer des appelés, qu’on hésitait à avoir recours aux troupes maghrébines, et que dans le même temps le nombre de volontaires dans les Troupes coloniales était faible, il ne restait qu’une solution  : le recours aux Africains. Les responsables militaires estimaient que du fait de leurs aptitudes au combat et de leur habitude des milieux tropicaux, ils n’auraient pas de difficultés d’adaptation. DES TROUPES INDISPENSABLES À la fin de 1946, la décision d’envoyer des Africains s’impose. On pense pouvoir disposer de 5 000 hommes immédiatement et de 5 à 10 000 engagements par an. En juin 1947, le gouvernement annonce l’envoi de 4 400 hommes dont 2 400 avant décembre et, en août, il prévoit la mise sur pied de quatre bataillons d’infanterie. L’effort africain ne cesse alors de croître. Sous forme de groupes de renforts puis de bataillons constitués (bataillons de marche de tirailleurs sénégalais ou d’Afrique orientale française), les Africains deviennent indispensables au com- mandement. Ils permettent de rapatrier les premiers contingents, de limiter le temps de séjour des Européens et de compenser la crise chronique des effectifs. On prévoit un déficit de 14 000 hommes en 1949 ; il est ramené à 7 000 grâce aux tirailleurs des bataillons de marche. Injectés dans des unités existantes en remplacement des Métropolitains (2 e et 6 e régiments d’infanterie coloniale et les régiments d’artillerie coloniale) ou opérant en formation homogène, ils prennent une part de plus en plus importante au dispositif français. Ils ne sont que 0,7% dans les forces terrestres d’Extrême-Orient en juillet 1947 mais 16% en juillet 1954 1. Chaque demande de renfort (celle des généraux de Lattre en 1951 et Navarre en 1953 par exemple) est satisfaite en grande partie par l’apport africain. Ces contingents constituent donc un des rouages essentiels de la politique des effectifs des troupes françaises en Extrême-Orient. FAIRE FACE AUX ASSAUTS VIÊT-MINH Sur le terrain, surtout fantassins et artilleurs, les Africains participent au Le général Dodelier décore un tirailleur sénégalais du 24 e RTS au poste avancé de Yen Vi. contrôle de zone. Ces missions statiques (occupation de postes, surveillance des axes, protection des villages, ouverture de routes, patrouilles, petites opérations) les usent en profondeur. En effet, en dépit parfois d’un manque de préparation faute de temps et de Un tirailleur sénégalais du 27 e BMTS surveille des prisonniers viêt-minhs. moyens, ils mettent du cœur dans leurs missions. Ils ont presque toujours un bon moral. Seuls les artilleurs et deux bataillons de fantassins opèrent dans un groupe mobile. À maintes reprises, ils font face avec courage et succès aux assauts viêt-minhs. En mai 1951, à Yen Vi, un poste bétonné soutenu par l’artillerie de position, une compagnie du 24 e régiment de marche de tirailleurs sénégalais casse les attaques du régiment 48 de l’Armée populaire vietnamienne, lui infligeant au moins 200 morts. À Diên Biên Phu, les artilleurs servent leurs pièces avec vaillance en dépit du feu nourri de l’adversaire. Comme dans les conflits précédents, les gouvernements ont fait appel aux soldats d’Afrique. Mais en Indochine, il ne s’agissait pas d’une guerre classique mais d’une guerre révolutionnaire à laquelle les Africains ont dû s’habituer. Leur valeur au combat dépendait de leur préparation et surtout de leur encadrement. À la fin du conflit, on dénombrait 2 561 Africains tués et 3 706 blessés. n 1 18 887 sur un total de 118 324 hommes. TIM 306 - Juillet/Août 2019 # 53



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