Terre Information Magazine n°263 avril 2015
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52. VIE DES UNITÉS Se souvenir [Première guerre mondiale] LA GUERRE DES GAZ « Pendant la Grande Guerre, l’arme blanche a très largement disparu, la baïonnette du fantassin a été en réalité peu utilisée, le sabre du cavalier pas du tout… Les blessures les plus horribles ont été provoquées par les obus de tous calibres et, pourtant, c’est l’usage du gaz qui a été le plus traumatisant pour les combattants. Tuer, blesser de toutes les façons possibles était acceptable, mais empoisonner, non, cela ne l’était pas. » Professeur Jean-Jacques Becker 1. Texte : Bernard EDINGER Photos : Historial de la Grande Guerre et Yazid Medmoun/CG80 TIM 263 — AVRIL 2015 Téléphonistes munis du masque de protection, dans un boyau. La première utilisation de gaz de combat à grande échelle sur le front de l’Ouest pendant la première guerre mondiale eut lieu le 22 avril 1915, près d’Ypres en Belgique, par les forces allemandes contre les troupes françaises. Profitant d’un vent favorable, les Allemands libèrent 168 tonnes de chlore contenus dans 5 730 bonbonnes en face de la 45 e division d’infanterie et de la 87 e division territoriale dans le sec-
teur de Langemarck-Pilckem. « Nous avons vu le ciel absolument obscurci par un nuage jaune-vert qui lui donnait l’aspect d’un ciel d’orage, témoignait un médecin de bataillon cité par l’historien Yves Buffetaut. Nous étions alors dans les vapeurs asphyxiantes. J’avais l’impression de regarder au travers de lunettes vertes. En même temps, l’action des gaz sur les voies respiratoires se faisait sentir : brûlures de la gorge, douleurs thoraciques, essoufflement et crachements de sang, vertiges. Nous nous crûmes tous perdus. » Un autre médecin, Octave Béliard, qui était en seconde ligne, vit refluer « des hordes sans chef qui fuyaient. Des régiments entiers avaient jeté leurs armes, tournaient le dos à l’ennemi. Des hommes se roulaient par terre, convulsés, toussant, vomissant, crachant le sang. Et une terrible odeur, charriée par le vent, entra dans nos narines ». LES TROUPES FRANÇAISES SE RESSAISISSENT Toutefois, le nuage se dissipant, les troupes françaises se ressaisissent. Les forces allemandes, se méfiant du gaz, n’exploitent pas vraiment leur succès. Les Français s’aperçoivent que le chlore étant soluble dans l’eau, ses effets se réduisent grâce à l’application sur le visage de tissus humidifiés par l’eau ou, encore plus, par l’urine. Il y eut plusieurs milliers de morts, mais leur nombre du fait des gaz n’est pas certain car l’attaque était accompagnée d’intenses bombardements d’artillerie et suivie pendant près de deux jours de contre-attaques pour reprendre le terrain abandonné. Pendant celles-ci, les gaz ne furent pas utilisés. En dépit des immenses effets psychologiques résultant de son usage, les pertes causées par les gaz pendant la Grande Guerre furent relativement limitées, en partie grâce aux masques de plus en plus performants. Dans l’armée française, « seulement » 8 000 morts Soldat francais du 366 e regiment avec un brassard de la croix-rouge, portant un appareil respiratoire à oxylithe. 1 Président d’honneur du Centre international de recherche de l’Historial de la Grande Guerre dans « Gaz ! Gaz ! Gaz » (Historial de la Grande Guerre et 5 Continents) 2 Dans « Ypres 22 avril 1915 » (YSEC). dûs aux gaz furent recensés sur 1,4 million de tués. Et 190 000 dangereusement atteints sur quatre millions de blessés. Les deux camps développèrent pendant toute la guerre des gaz toujours plus performants. Le plus connu était le gaz moutarde utilisé par les Allemands à partir de 1917. Il fut aussi appelé ypérite : sa première utilisation fut déclenchée près d’Ypres. Ce gaz stagnait au sol et restait longtemps actif. Il provoquait des cloques et causait des hémorragies internes et externes. Ses victimes pouvaient mettre des semaines à mourir. DÉGOÛTÉ PAR LA MISSION Le général allemand Von Deimling, commandant un corps d’armée devant Ypres lors de l’attaque d’avril 1915, fut cité par Buffetaut 2 comme disant : « Je dois reconnaître que la mission d’empoisonner l’ennemi comme on empoisonne les rats me fit l’effet qu’elle doit faire à tout soldat honnête ; elle me dégoûta. Mais si ces gaz toxiques amenaient la chute.53 d’Ypres, peut-être gagnerionsnous une victoire qui déciderait de toute la campagne. Devant un but aussi grand, il fallait donc taire les objections personnelles ». En dépit des traités internationaux de 1925 interdisant l’usage des armes chimiques, celles-ci furent utilisées par l’Espagne au Maroc dans les années 1920, puis par l’Italie en Libye et en Éthiopie dans les années qui suivirent. Craignant l’utilisation de gaz par le camp adverse, aucun belligérant n’en utilisa au combat lors de la seconde guerre mondiale. L’Irak de Saddam Hussein utilisa des gaz dans sa guerre contre l’Iran (1980-1988), tuant 20 000 soldats. Par ailleurs, le 15 mars 1988, le général Ali Hassan el- Majid, un proche du dictateur irakien, tua 5 000 de ses propres compatriotes civils par un bombardement aérien au gaz sur la ville de Halabja au Kurdistan irakien. Surnommé ensuite « Ali le chimique », le général el-Majid fut arrêté après la chute de Saddam Hussein, puis jugé pour génocide et pendu en janvier 2010. l À VISITER Historial de la Grande Guerre, Château de Péronne, place André Audinot, 80200 Péronne. TIM 263 — AVRIL 2015



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