SVM n°23 décembre 1985
SVM n°23 décembre 1985
  • Prix facial : 18 F

  • Parution : n°23 de décembre 1985

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Excelsior Publications

  • Format : (203 x 280) mm

  • Nombre de pages : 204

  • Taille du fichier PDF : 235 Mo

  • Dans ce numéro : Exel... le Macintosh explose.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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REPORTAGE Crismatec préfère l'Apple II à un mini-ordinateur quinze fois plus cher L'USINE OU'LE MICRO EST Si le micro-ordinateur n'existait pas, il faudrait l'inventer. Il lui arrive de damer le pion à des ordinateurs spécialisés en principe plus puissants, voire à des mini-ordinateurs quinze fois plus chers. Chez Crismatec, à Grenoble, la seule société française à produire la matière première des mémoires à bulles, 32 vulgaires Apple II y contrôlent la chaîne de fabrication, et ses responsables ne les remplaceraient pour rien au monde. 1 L N'Y A PAS DE PETITS ORDINATEURS, il n'y a que des ordinateurs mal utilisés. Voilà cinq ans, Crismatec, seule société française spécialisée dans la cristalloge nèse, innovait en plaçant des Apple Il dans un milieu peu favorable : poussière, chaleur, rayonnement électromagnétique... Au jourd'hui, l'entreprise compte trente-deux micro-ordinateurs pour quarante-six em ployés. En l'occurrence, cette 2 CV de la micro-informatique professionnelle - que n'importe qui peut acheter dans une boutique deux fois moins cher que le véhicule en ques tion, et dont la technologie a peu varié depuis son invention en 1976 - a été préférée à deux concurrents de taille. D'abord, les automates programmables, sortes d'ordinateurs très spécialisés conçus précisément pour contrôler diverses machi nes et faits pour fonctionner en milieu indus triel et non dans un salon, contrairement aux Apple Il ; ensuite les mini-ordinateurs (qui n'ont de mini que le nom), capables de gérer une entreprise moyenne, qui sont au micro ordinateur ce que le vélo de Bernard Hinault 132 Une unité de tirage du cristal - le matériau de base des circuits de mémoires à bulles- contrôlée par l'un des.32 Apple Il en activité chez Crismatec. SCIENCE lt VIE MICRO l'i0 23• DECEMBRE 1985
est au tricycle, et dont un exemplaire a fonc tionné un temps chez Crismatec avant d'être mis au placard pour incompétence. A quoi servent les micros dans cette usine située à Grenoble ? Crismatec fabrique les cristaux qui servent de matiêre première aux circuits de mémoire à bulles plus performants mais plus coûteux que les circuits de mé moire vive classiques en silicium (voir notre article). Ces cristaux sont issus d'un mélange de quatorze terres rares, dont Rhône-Poulenc est le premier fabricant mondial. L'élabora tion de ces terres rares ne va pas sans difficul tés : elles doivent être d'une grande pureté pour entrer dans la composition des cristaux. Or, leur qualité n'est pas aisément contrôla ble et de plus, elles coûtent entre dix et cin quante fois plus cher que le silicium, et repré sentent 50% du prix de revient des mémoires. Pour obtenir les cristaux, on place le mélange de terres rares dans un creuset soumis pendant une semaine à de très hautes températures (1 200 à 1800 °C). On procède ensuite au tirage• du cristal : on l'extrait de la machine sous forme d'un bloc cylindrique de 13 à 20 kilos puis on le découpe en tranches de 1/2 à 1 mm d'épaisseur. On passe alors ces tranches dans un four pour leur faire subir une épitaxie•, une seconde cristallisation qui accroît leur épaisseur de 2 à 3 microns (milliè mes de millimètre). Enfin, ces tranches sont soumises à des tests et à des vérifications dans des machines à rayons X et des machi nes dites de caractérisation, ces dernières étant pilotées par des Apple 11. Le meilleur choix Etant donné la lenteur de fabrication d'un• cristal•, le responsable du dispositif, Bruno Delagenière, a estimé qu'un micro-ordinateur était mieux adapté qu'un automate program mable : Les entrées-sorties ne sont pas très nombreuses. Par contre,/'ampleur du traitement de 1'information est considérable. Si nous avions choisi des automates programmables, il nous aurait fallu en plus d'autres ordinateurs pour le traitement d'algorithmes mathématiques et d'équations physiques compliquées. Même si les automates sont devenus plus souples d'utilisation, ils restent limités dans les possibilités de programmation, et coûtent beaucoup plus cher. L'Apple représentait le meilleur choix. Ces micro-ordinateurs se sont révélés très fiables. Depuis leur mise en place, il y a cinq ans, auprès des générateurs de haute fréquence où 1'on chauffe le mélange de terres rares, nous n'avons eu aucune panne, sinon la défaillance d'une mémoire. L'entretien se limite à un nettoyage du clavier tous les deux ou trois ans. Il y a cinq ans, l'utilisation d'un micro-ordinateur en milieu industriel constituait une in novation. L'Apple devait alors réaliser des ap plications en temps réel, c'est-à-dire qu'il devait réagir quasi immédiatement aux variations de paramètres propres à la chaîne de fabrication. Le choix s'est porté sur cette caté gorie de matériel en raison de plusieurs critè res. D'abord le bus : les Apple Il possèdent plusieurs connecteurs internes pouvant rece SCIENCE & Vit : MICRO 1'1° 23 DECEMBRE 1985 voir un nombre impressionnant de cartes qui complêtent, améliorent voire modifient radi calement les performances de l'ordinateur. L'invention du connecteur interne, due à Apple, a d'ailleurs été reprise par IBM sur son PC. Crismatec a utilisé cette faculté pour adapter le bus à un format industriel, ajouter une carte horloge réalisée sur mesure ainsi qu'une carte de conversion analogiquenumé rique. Cette dernière permet de transformer des grandeurs variables en continu (une température, par exemple) en données binaires manipulables par l'ordinateur. Elle traduit les grandeurs en question par des nombres de 23 bits, ce qui permet d'atteindre une préci sion au 1/200 000.• A l'époque, dit Bruno Delagenière, nous étions les premiers en France à réaliser du temps réel avec des micro-ordinateurs. Le système est très précis : le délai de réaction n'excède pas quelques micro-secondes. Le traitement de/'interruption est de 20 microsecondes, vingt millionièmes de seconde, performance extraordinaire en matière de temps réel. La rapidité de réaction est en effet es sentielle dans la fabrication du cristal, qui ne supporte aucun choc thermique. Ainsi, il suffit d'une coupure d'électricité de 10 secondes pour interrompre le processus d'élaboration du cristal, faire perdre une semaine, polluer le bain et abîmer le matériel qui coûte cher (les creusets sont en platine). Autre motif qui a joué en faveur de l'Apple Il : la transparence du logiciel. Non seulement il existe de nombreux programmes, bien documentés, pour cet ordinateur, mais aussi il est possible d'avoir une connaissance complète du système d'exploitation (le pro gramme utilitaire qui joue le rôle de chef d'orchestre de l'ordinateur). C'est important, car les techniciens de Crismatec ont dû le modi fier légèrement pour l'adapter à sa nouvelle fonction. Par contraste, les informaticiens maison ont dû renoncer à utiliser pour le méme emploi un PDP 11/03 de Digital, l'un des mini-ordinateurs les plus répandus du monde, en raison d'une panne de logiciel insoluble : le système se• plantait• sur 10 lignes de programme, mais jamais au même moment. Impossible de savoir pourquoi. Le constructeur, interrogé, a tenté de simuler la panne sur 5 modèles identiques du même ordinateur, sans parvenir à résoudre le pro blême. En désespoir de cause, il a contacté la maison-mère aux Etats-Unis, qui n'a toujours pas trouvé. Ça fait trois ans que ça dure•, dit Bruno Delagenière. Nous préférons les micros, sur lesquels nous maitrisons/'ensemble du système. Il est beaucoup plus difficile d'avoir une connaissance intime de tous les recoins du système d'exploitation d'un mini, plus gros, plus complexe. Belle revanche d'un micro-ordinateur talonné, sur un autre marché, par des machines 16 bits en principe plus performantes ; bel exemple de l'importance que revêt le caractère générique, adaptable à volonté, des micros d'aujourd'hui. Un concept dont les bases ont été jetées il y a neuf ans par SteveWozniak, l'inventeur de l'Apple. Rosalie HURTADO LE TRISTE SORT,, DES MEMOIRES À BULLES LA CRÉATION DE CRISMATEC, À GRE noble, en 1979, par le CEA et Rhône­ Poulenc, reposait sur un pari : substituer aux mémoires vives traditionnelles, sur silicium, des mémoires à bulles magnétiques sur substrats monocristallins (supports fabriqués à partir d'un mélange de 14 terres rares de synthèse). Malheureuse ment, les Japor ; ais ont fait baisser considéra blement le prix des mémoires sur silicium, et les mémoires à bulles ne sont plus compétiti Tranches polies de GOG (Grenat de gallium de gadolinum) pour mémoires à bulles. ves pour les usages courants. De plus, eUes sont difficiles à fabriquer. Elles offrent cependant de nombreux avantages : une grosse capacité de stockage (10 6 à 10 7 bits d'informa tions sur 1 cm 2) ; un taux de panne mille fois inférieur à celui des• puces• traditionnelles et une consommation dix fois moindre ; une bonne résistance aux conditions hostiles (électromagnétisme, poussières, tempéra tu res extrêmes de - 55 ° à 100 ° C). Ces très hautes performances expliquent que dans les milieux de la recherche spatiale et militaire, on continue à utiliser le GGG (Grenat de gal lium de gadolinum, produit par Crismatec), l'oxyde constituant le matériau de base de la mémoire à bulles. Les mémoires à bulles peuvent aussi remplacer les disquettes car elles sont fiables, rapides et surtout non volatiles, contrairement aux mémoires classiques qui perdent leurs informations dès qu'elles ne sont plus alimentées. C'est pourquoi elles équipent certains ordinateurs portatifs : le Grid Compass et le Sharp PC 5000, ainsi que deux modèles de Fujitsu inconnus ici. Elles ont aussi des applications dans les termi naux, les robots, les machines à commande numérique en milieu hostile (par exemple dans la recherche pétrolière, à cause des chocs thermiques), dans les banques (à cause de la fiabilité). Les recherches se poursuivent donc, chez Crismatec, à la SAGEM (Société d'application générales d'électricité et de mécanique) et au LET ! (Laboratoire d'électronique et de technologie industrielle). Des sociétés américaines et japonaises y tra vaillent également. 133



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