SVM n°22 novembre 1985
SVM n°22 novembre 1985
  • Prix facial : 17 F

  • Parution : n°22 de novembre 1985

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Excelsior Publications

  • Format : (203 x 280) mm

  • Nombre de pages : 196

  • Taille du fichier PDF : 235 Mo

  • Dans ce numéro : 5 vérités sur le TO9 de Thomson.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 38 - 39  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
38 39
va-et-vient entre l'atelier de l'architecte, Adrien Fainsilber, et le bureau d'études Sa toba qui opérait le DAO, c'estàdire la produc tion informatique de plans d'architecte aux différentes phases du projet : APS (avant-pro jet simplifié), APD (avant-projet détaillé), dos sier d'appel d'offres (pour les entreprises de gros oeuvre et de second oeuvre). plans d'exécution. L'architecte fait des croquis dé taillant tel élément ou tel problème, avec les cotes nécessaires. Puis, l'opérateur introduit ces croquis dans la mémoire de l'ordinateur. En corrigeant ou en créant un fichier, ou en core par l'intermédiaire d'une table à numéri ser. ou directement sur l'écran par un crayon optique, il choisit les points qui limitent les arêtes du dessin. Avec ces informations, l'or dinateur - ou plus exactement. le logiciel qui tourne sur la machine - complète le dessin. Plus rapide, plus précis Les avantages de l'informatisation ont été multiples. Le plus important a probablement été le fait de pouvoir essayer d'innombrables variations. La rapidité de calcul de l'ordina teur, à partir du moment où la base de don nées élémentaire a été constituée, est beau coup plus grande que celle de la démarche nécessaires - tandis qu'un dessinateur fera toujours des erreurs. De même, dans le cas d'une répétition de plans, l'ordinateur dupli que à l'identique - tandis que le trait humain ne peut jamais se reproduire d'une façon exactement semblable, et que des écarts ap paraissent toujours lors des transferts de cal que à contre-calque et à papier, voire par la déformation du calque luimême, due à l'hu midité. Enfin, le travail d'architecte admet qu'un dessin peut être faux : la cote est la vraie référence d'un plan et l'emporte sur le dessin. Cette bizarrerie s'explique par le fait que, lorsque les architectes sont pressés (et. par tradition corporative, les architectes sont toujours pressés - sinon, ils goûtent au bis trot du coin le dernier arrivage d'un de ces Morgon, je t'en parle pas...), quand ils sont pressés, ils n'ont pas le temps de corriger le dessin et ne modifient que la cote. Ces avantages jouent à plein dans la prépa ration de la Tête Défense qui est. avec La Villette, le Grand Projet où les architectes ont 8 été le plus loin dans l'informatisation. Estce C'est dans la conception du projet de la Cité un hasard s'ils sont tous les deux les monu des sciences de La Villette quel ïnformatique a ments d'une nouvelle culture - technique joué le plus grand rôle. Elle dessine les plans pour l'un et de communication pour l'autre-, avec une précision parfaite quand le Grand Louvre et l'opéra de la Bastille (ci-dessous. plan de la Géode). abritent la culture du passé ? Encore Johan Otto von Spreckelsen, l'archi tecte danois choisi en avril 1983 pour réaliser la Tête Défense, atil travaillé à la main pour préparer son avant-projet simplifié. Mais dans Parc de la Villette les phases suivantes, réalisées par l'équipe d'architecture de !'Aéroport de Paris, l'infor SALLE HEMISPHERIQUE ma tique est directement associée à la concep tion. Non plus par un bureau d'étude exté rieur, comme à La Villette, mais intégrée dans l'atelier : quand vous y pénétrez, vous voyez les tables d'architecte à votre droite, et les consoles graphiques dans des petites salles à votre gauche. L'ordinateur est ici d'autant plus utile que l'arche de la Tête Défense compte 36 niveaux : autant de répétitions fastidieuses (souvent doublées puisqu'une arche compte deux pieds) que s'épargnent les dessinateurs. Par exemple, pour modifier un plan-type des toilettes, il suffit de modifier un fichier pour voir toutes les toilettes corri gées sur tous les étages. Informatique et plan D. - -...Ll f lassique qui consiste à gratter à la lame de rasoir le calque posé sur la planche à dessin, bvant de dessiner la modification. Le gain de temps tient par ailleurs à ce que toutes les données sont introduites en grandeur réelle ; il n'y a donc aucune difficulté pour produire un dessin à l'échelle désirée, 1/200, 1/100 ou 1/50. A la main, il faut redessiner, ou em ployer la photocopieuse qui fait perdre beau coup en qualité. Sa précision parfaite•, comme le disent les architectes rencontrés, est un des atouts ma jeurs de l'informatique. Dès lors que les infor mations sont correctement introduites dans l'ordinateur, elles sont appliquées de façon systématique à tous les endroits où elles sont 38 che à dessin sont d'ailleurs complémentai res : le projet n'est travaillé qu'en deux dimensions sur l'ordinateur, toutes les coupes sont donc réalisées à la main. De même, de nombreuses adaptations de détail sont dessinées sur la planche. Et on ne sait pas encore faire sur machine la superposition des différents plans de réseaux (électricité, eau, ventilation) sur le plan de construction. Péché de jeunesse Plus que d'une radicale impossibilité tech nique. ce blocage relève probablement d'une.., question de maturité des systèmes ou des méthodes de travail. C'est un peu ce que _,,., 25 montre l'histoire de l'informatisation semi L'ordinateur a permis d'effectuer ratée du ministère de !'Economie et des Fi d'innombrables variations, qu'il aurait été trop nances à Bercy. Les architectes ont travailllé long de dessiner à la main. Mais il est plus sur la planche à dessin, jusqu'à confier leurs adapté aux projets répétitifs. esquisses aux bureaux d'études, quis'étaient SCIENCE lit VIE MICRO l'l 0 22l'lOVEMBKE1985
engagés à en tirer, par l'informatique, l'avantprojet détaillé. Mais, lors de la constitution de la base de données du projet, les opérateurs ont fait des erreurs. Il a fallu tout reprendre à la main., Les activités modernes, explique Paul Chemetov, l'architecte du ministère, complexifient la préparation et accélèrent la production. Ici, il n'y a pas eu de préparation : on était trop pressés pour supporter cette phase intermédiaire. Si on avait eu le temps, je vous aurais raconté une autre histoire.• La remarque est valable de façon générale : à quelques années près, l'histoire de la conception des Grands Projets aurait été différente : car leur genèse a précisément coïncidé avec le moment où la technique architecturale a basculé ; ces années 80 sont contemporaines de l'invasion de tous les échelons de la chaîne du bâtiment par l'informatique. Les architectès subissent maintenant une pression d'autant plus forte qu'avec la micro-informatique, les systèmes de DAO, qui exigeaient des budgets de plusieurs millions de francs, L'informatique n a pas été utilisée pour la conception de l'opéra de La Bastille qui a tout de même donné lieu à une belle étude d'impact : l'ordinateur opère une modélisation en JD variable selon la position de l'observateur. descendent vers la barre des 250 000 francs. D'autant plus forte aussi que les péchés de jeunesse de l'informatique se dissipent, à mesure qu'émergent de nouvelles possibilités. L'intégration 2D-3D n'est plus qu'une affaire de coùt : à partir d'un même système de coordonnées, l'ordinateur peut produire des représentations en deux et en trois dimensions. Une base de données commune à tous les intervenants d'un projet devient possible : cela permet aux bureaux d'études (qui règlent les problèmes particuliers de ventilation, électricité, sécurité, eau, etc.) et les corps de métiers (qui bâtissent le projet à partir des plans de l'architecte et des bureaux d'études) de travailler sur la base de fichiers communs définis par les architectes. L'intégration du calcul de construction (le• métré•) au dessin est en préparation : elle donnera à l'architecte le coût de construction de ce qu'il dessine. D'ici à quelques années, les systèmes experts pourraient devenir des outils courants de l'architecte, simplifiant l'analyse des problèmes de réglementation concernant la sécurité, les niveaux acoustiques, l'isolation thermique, etc. La synthèse d'images devrait être l'étape succédant à la généralisation des logiciels de DAO en 3D. Cette mutation des SCIENCE VIE MICRO 1'1° 22 - l'IOVEJllBKE 1985 techniques intervient alors que la profession d'architecte est en crise : les difficultés économiques des dix dernières années ont entrainé un affaiblissement sévère de l'activité du bâtiment. Il y a moins de constructions, donc moins de commandes aux 22 000 architectes français. Au point que certains d'entre eux n'hésitent pas à dire que leur profession est sinistrée. L'ordinateur pourra-t-il en redresser la situation économique ? L'architecte-traducteur Au même titre que les ouvriers des chaines automobiles qui s'adaptent à la robotisation, l'informatisation amène les architectes à transformer leur façon de travailler. C'est d'abord une question de formation - et d'état d'esprit. L'informatisation, dit Paul Chemetov, c'est une traduction : on transcrit des données d'un système de représentation dans un autre. A l'architecte de maîtriser cette traduction : • Il faut que quelqu'un informe l'opérateur de l'ordinateur, dit Eberhard Viala, un architecte qui a travaillé avec Adrien Fainsilber sur La Villette. Cela crée un nouveau rôle pour l'architecte.• Celui-ci est conduit à une autre pratique de travail : • Quand on a une petite structure, dit Eberhard Viala, on a intérêt à ne pas avoir de charges fixes, et notamment de salaires. Si je réalise un projet par/'informatique, je passe trois jours avec l'opérateur pour lui expliquer ce que je veux ; il me donne ensuite un fond de plan avec lequel je fais le tour de mes bureaux d'étude. Je n'embauche personne, je court-circuite tout le processus de production. Et cela me donne une très grande liberté : je maîtrise mieux mon projet que quand je travaille avec d'autres architectes et dessinateurs qui sont des intermédiaires et donnent leur avis ; la machine n a pas de sensibilité, alors qu'avec des architectes. il y a des déformations. La mutation est inévitable. Elle doit cependant surmonter des obstacles de court terme qui tiennent autant au coût encore élevé de l'informatique qu'à la mentalité des architectes. Elle devra aussi éviter l'écueil de sa propre mécanique : Je pense que l'informatique va se généraliser. dit Jean Nouvel, et avoir une influence sur l'architecture : sa facilité fera qu'on aura davantage recours à la répétitivité des formes. Cette inquiétude esthétique n'est pas la moins subtile des réticences à l'informa'tique. Sauf à considérer les progrès de celle-ci. qui se transforme progressivement d'outil d'application en outil de création. Pour moi, dit Michel Cornic, un dessinateur de !'Aéroport de Paris passé à l'ordinateur, c'est un changement de métier. Après vingt ans de travail sur la planche, on n'évolue plus, alors qu'on a envie de découvrir les possibilités de la machine. Avec le JD, on atteint déjà le summum, c'est extraordinaire. Et on n'est qu au bas de l'échelle : on ne sait pasjusqu'où ça va aller. Personne ne le sait : mais l'ordinateur arrive, et va transformer J'architecture comme il transforme le reste. Avec cet intérêt particulier que l'architecte est un homme de culture hybride, en même temps artiste et technicien. Quant aux Grands Projets, ils sont bien les témoins d'une mutation, de l'époque où l'on dessinait un bâtiment à léquerre vers celle où la conception se fait sur écran. Hervé KEMPF 39



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


SVM numéro 22 novembre 1985 Page 1SVM numéro 22 novembre 1985 Page 2-3SVM numéro 22 novembre 1985 Page 4-5SVM numéro 22 novembre 1985 Page 6-7SVM numéro 22 novembre 1985 Page 8-9SVM numéro 22 novembre 1985 Page 10-11SVM numéro 22 novembre 1985 Page 12-13SVM numéro 22 novembre 1985 Page 14-15SVM numéro 22 novembre 1985 Page 16-17SVM numéro 22 novembre 1985 Page 18-19SVM numéro 22 novembre 1985 Page 20-21SVM numéro 22 novembre 1985 Page 22-23SVM numéro 22 novembre 1985 Page 24-25SVM numéro 22 novembre 1985 Page 26-27SVM numéro 22 novembre 1985 Page 28-29SVM numéro 22 novembre 1985 Page 30-31SVM numéro 22 novembre 1985 Page 32-33SVM numéro 22 novembre 1985 Page 34-35SVM numéro 22 novembre 1985 Page 36-37SVM numéro 22 novembre 1985 Page 38-39SVM numéro 22 novembre 1985 Page 40-41SVM numéro 22 novembre 1985 Page 42-43SVM numéro 22 novembre 1985 Page 44-45SVM numéro 22 novembre 1985 Page 46-47SVM numéro 22 novembre 1985 Page 48-49SVM numéro 22 novembre 1985 Page 50-51SVM numéro 22 novembre 1985 Page 52-53SVM numéro 22 novembre 1985 Page 54-55SVM numéro 22 novembre 1985 Page 56-57SVM numéro 22 novembre 1985 Page 58-59SVM numéro 22 novembre 1985 Page 60-61SVM numéro 22 novembre 1985 Page 62-63SVM numéro 22 novembre 1985 Page 64-65SVM numéro 22 novembre 1985 Page 66-67SVM numéro 22 novembre 1985 Page 68-69SVM numéro 22 novembre 1985 Page 70-71SVM numéro 22 novembre 1985 Page 72-73SVM numéro 22 novembre 1985 Page 74-75SVM numéro 22 novembre 1985 Page 76-77SVM numéro 22 novembre 1985 Page 78-79SVM numéro 22 novembre 1985 Page 80-81SVM numéro 22 novembre 1985 Page 82-83SVM numéro 22 novembre 1985 Page 84-85SVM numéro 22 novembre 1985 Page 86-87SVM numéro 22 novembre 1985 Page 88-89SVM numéro 22 novembre 1985 Page 90-91SVM numéro 22 novembre 1985 Page 92-93SVM numéro 22 novembre 1985 Page 94-95SVM numéro 22 novembre 1985 Page 96-97SVM numéro 22 novembre 1985 Page 98-99SVM numéro 22 novembre 1985 Page 100-101SVM numéro 22 novembre 1985 Page 102-103SVM numéro 22 novembre 1985 Page 104-105SVM numéro 22 novembre 1985 Page 106-107SVM numéro 22 novembre 1985 Page 108-109SVM numéro 22 novembre 1985 Page 110-111SVM numéro 22 novembre 1985 Page 112-113SVM numéro 22 novembre 1985 Page 114-115SVM numéro 22 novembre 1985 Page 116-117SVM numéro 22 novembre 1985 Page 118-119SVM numéro 22 novembre 1985 Page 120-121SVM numéro 22 novembre 1985 Page 122-123SVM numéro 22 novembre 1985 Page 124-125SVM numéro 22 novembre 1985 Page 126-127SVM numéro 22 novembre 1985 Page 128-129SVM numéro 22 novembre 1985 Page 130-131SVM numéro 22 novembre 1985 Page 132-133SVM numéro 22 novembre 1985 Page 134-135SVM numéro 22 novembre 1985 Page 136-137SVM numéro 22 novembre 1985 Page 138-139SVM numéro 22 novembre 1985 Page 140-141SVM numéro 22 novembre 1985 Page 142-143SVM numéro 22 novembre 1985 Page 144-145SVM numéro 22 novembre 1985 Page 146-147SVM numéro 22 novembre 1985 Page 148-149SVM numéro 22 novembre 1985 Page 150-151SVM numéro 22 novembre 1985 Page 152-153SVM numéro 22 novembre 1985 Page 154-155SVM numéro 22 novembre 1985 Page 156-157SVM numéro 22 novembre 1985 Page 158-159SVM numéro 22 novembre 1985 Page 160-161SVM numéro 22 novembre 1985 Page 162-163SVM numéro 22 novembre 1985 Page 164-165SVM numéro 22 novembre 1985 Page 166-167SVM numéro 22 novembre 1985 Page 168-169SVM numéro 22 novembre 1985 Page 170-171SVM numéro 22 novembre 1985 Page 172-173SVM numéro 22 novembre 1985 Page 174-175SVM numéro 22 novembre 1985 Page 176-177SVM numéro 22 novembre 1985 Page 178-179SVM numéro 22 novembre 1985 Page 180-181SVM numéro 22 novembre 1985 Page 182-183SVM numéro 22 novembre 1985 Page 184-185SVM numéro 22 novembre 1985 Page 186-187SVM numéro 22 novembre 1985 Page 188-189SVM numéro 22 novembre 1985 Page 190-191SVM numéro 22 novembre 1985 Page 192-193SVM numéro 22 novembre 1985 Page 194-195SVM numéro 22 novembre 1985 Page 196