Stylist n°73 11 déc 2014
Stylist n°73 11 déc 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°73 de 11 déc 2014

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Timar

  • Format : (220 x 297) mm

  • Nombre de pages : 78

  • Taille du fichier PDF : 44,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... rien ne sert de mâcher ses mots.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Enquête femme. Je ne pouvais pas me résigner à finir mes jours derrière les barreaux. » Huit mois après, Massimo s’échappe à travers un tunnel creusé de l’extérieur jusqu’à la cour interne du pénitencier, et rejoint la diaspora des militants italiens qui conflue en France sous la protection de Mitterrand. À 26 ans, Massimo est enterré quelque part dans les Alpes : Ezio fait son entrée discrète à Paris. Immigré clandestin égaré dans la foule de la capitale, il gagne sa croûte en rénovant les appartements des riches et en craignant le pire. Comprendre : être repéré et extradé, comme d’autres ressortissants italiens, notamment Paolo Persichetti, chargé de cours à l’université Saint-Denis et arrêté en 2002, après onze ans d’exil, devant ses élèves. Pourtant, il ne se sent pas en fuite : « J’avais plutôt le sentiment d’avoir mis un point final à l’histoire de Massimo. Je n’ai jamais contesté les faits qui m’ont été reprochés (parmi lesquels : constitution et organisation de bande armée, association subversive, propagande antinationale, braquage, tentative de meurtre…). J’avais juste une volonté farouche de reconstruire ma vie sur les décombres de mes erreurs. » L’envie de dialoguer avec la société reprend vite le dessus, le poussant à renouer avec sa passion pour le « langage universel de l’art », seul héritage du père récusé. Dans l’impossibilité de quitter Paris, il achète à l’aveugle des tableaux italiens qu’il revend aux collectionneurs français et réinvestit l’argent dans une galerie d’art contemporain qui devient rapidement la tribune des artistes de sa génération. L’art se révèle presque plus efficace que les manifs : ses expos sont très courues par le Tout-Paris, son nom sort de l’ombre. Il obtient le Graal du titre de séjour et commence à se sentir chez lui. Il s’autorise même à reconnaître légalement Ilia, la fille qu’il a eu avec sa nouvelle compagne : « Malgré mon rôle effectif de père au quotidien, je ne voulais pas que le fait d’avoir eu un enfant me donne davantage de chances pour être régularisé. » À LA MODE COMME À LA MODE C’est en 1997 qu’il a l’idée qui va le parachuter dans le monde de la mode : créer un répertoire dans lequel seront recensés les milliers de professionnels du secteur qui n’ont pas de visibilité collective. Les guides Modem, internationaux et gratuits, font un carton dès la première édition et ne tardent pas à s’ouvrir au design. PAR JEAN-BAPTISTE MONDINO « J’ai vécu une nouvelle révolution, mais pacifique, cette fois-ci ! L’esprit collaboratif qui a contaminé les showrooms milanais, la montée du marché français du design, la prise de pouvoir du calendrier off de la Fashion Week… Le concept fédérateur des guides a été un véritable déclencheur. » Selon Armand Hadida, fondateur et directeur artistique de l’Éclaireur, les guides « ont permis la création d’un réseau entre les professionnels qui font battre le cœur du système. Ils sont désormais un instrument de travail incontournable, notamment pour les acheteurs des boutiques multimarques. Pendant le Tranoï, les stocks distribués chaque saison s’écoulent à une vitesse impressionnante ». Rapidement, les villes représentées se multiplient, le papier devient aussi un site web, puis un espace d’exposition dans le 10 e arrondissement. Aujourd’hui, Modem constitue la mémoire illustrée de dix-huit ans de collections, avec plus de 700 partenaires de référence à chaque saison, et fait dialoguer la mode et l’art, en confiant la couverture des guides à Jeff Koons, Philippe Starck, Jean Nouvel, Jean-Baptiste Mondino ou Peter Lindbergh. Distribués au public des défilés des principales Fashion Weeks, les guides sont aussi à disposition des buyers dans les showrooms et les salons durant les campagnes de ventes, et adressés aux responsables des institutions privées et publiques les plus influentes du secteur. Ezio collabore régulièrement avec l’Italie mais préfère garder le silence sur son passé auprès de ses clients, même si ces derniers se doutent « probablement d’un truc ». Il préfère qu’on le juge pour son travail et pour avoir créé des emplois plutôt que « pour une histoire qui est loin derrière lui ». Cependant, ce n’est que dans les chansons qu’avec le temps on oublie tout : alors que ses condamnations les plus anciennes commencent à être prescrites, l’Italie réitère ses demandes d’extradition à partir de 2001. En 2004, la France accepte la demande d’extradition de l’Italie pour Cesare Battisti (ex-membre des Prolétaires armés pour le communisme et condamné par contumace pour quatre assassinats), qui fuit au Brésil. Au moment où éclate la polémique sur la position de la France, Ezio se trouve sur une liste, dressée par le gouvernement italien, de douze personnes à extrader absolument, injonction que le gouvernement français a toujours refusée. Le consul italien se voit obligé, PAR DAVID LYNCH 3 FILMS SUR LES ANNÉES DE PLOMB Activisme politique violent et lutte armée : deux décennies qui ont traumatisé l’Italie longtemps après la fin des années 80. TROIS FRÈRES de Francesco Rosi (1981) Deux jours d’obsèques dans le sud de l’Italie, loin des violences physiques mais pas des dégâts collatéraux ni des ravages moraux du terrorisme. Avec Philippe Noiret en juge d’instruction menacé de mort à Rome. LA SECONDA VOLTA de Mimmo Calopresti (1996) La rencontre entre un universitaire (Nanni Moretti) qui a toujours dans la tête la balle que lui a tiré l’ex-membre des Brigades rouges (Valeria Bruni Tedeschi). Film ultra-primé sur un dialogue impossible. LA PRIMA LINEA de Renato de Maria (2010) Coproduite par les frères Dardenne, une love story entre deux membres du deuxième plus gros groupe armé de la gauche italienne, basée sur l’examen de conscience de l’un de ses membres, Sergio Segio, libéré en 2004 après vingt-deux ans de prison. à contrecœur, de renier leur amitié pour ne pas se faire muter : lors d’une réception, une personne de l’ambassade avait repéré, dans la foule, Ezio, persona non grata. « Je reste conscient de mes responsabilités, mais je me demande comment peut-on croire que la solution, trente ans après, soit encore la prison ? Je ne suis plus l’homme qu’on réclame. » Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la perspective de la liberté définitive s’ouvre comme un précipice devant ses pieds, cloués sur place pendant toutes ces années. Sa seule certitude ? Il ne rentrera pas en Italie. « Pour moi, elle n’est plus qu’un paysage de l’âme. » * L’Italie des années de Plomb, dirigé par Marc Lazar et Marie-Anne Matard-Bonucci, éd. Autrement (2010). PHOTOS : DR PAR DAVID BOWIE 5 6



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