Stylist n°73 11 déc 2014
Stylist n°73 11 déc 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°73 de 11 déc 2014

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Timar

  • Format : (220 x 297) mm

  • Nombre de pages : 78

  • Taille du fichier PDF : 44,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... rien ne sert de mâcher ses mots.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Xoxoxoxo Dans une société du commentaire où il est de bon ton de donner son avis (sur tout), on se targue même d’être devenus des experts (sur n’importe quoi). On n’a jamais eu autant de choses à dire sur la cuisine, l’hôtellerie ou encore le service de transport à la personne qu’à l’ère du tout connecté. Et ça tombe bien, parce qu’on nous l’a jamais autant demandé. Alors pour appâter le chaland, rien de mieux qu’une langue (de pute) bien pendue. Selon Gérald Bronner, sociologue des croyances, « traiter une information représente un coût énergétique pour le cerveau. De fait, nous avons tendance à être plus attentifs à une information négative, qui apporte une plus-value cognitive. Entendre « ce film est super » est une info neutre, qui attirera moins notre attention ». Mais, à la différence du bashing facile dans lequel excelle le hater, la critique négative apparaît comme le hobby de ceux qui en ont (des neurones) : « Notre système éducatif nous incite à exprimer notre intellect de manière critique. Dire « non, mais » c’est montrer qu’on a une capacité d’autonomie mentale. Et c’est considéré comme une manifestation d’intelligence. » Quel genre de relou êtes-vous ? Stylist passe à la critique les différents profils. L’ANTI-TWEE Éduquée dans un milieu de béni-oui-oui, l’anti-twee a longtemps cru que les seuls rôles auxquels elle pouvait prétendre étaient Barbie (pour la plastique) et Martine (pour son côté aventurière du quotidien). Tel Néo dans Matrix (le look backroom SM en moins), son monde rose bonbon s’est craquelé le jour où elle a découvert que la Révolution française avait été menée par la bourgeoisie. Depuis, elle se sent investie d’une mission de taille dans notre société dominée par Taylor Swift et une armée de chatons : ouvrir les yeux aux moutons de Panurge. Pour l’anti-twee, être d’accord, c’est capituler. D’où sa désolation quand Isaac Fitzgerald, rédacteur en chef de la rubrique littérature de la version US de Buzzfeed, a juré à ses lecteurs qu’il ne traiterait que des angles positifs dans ses chroniques. Convaincue qu’il est devenu impossible de produire de la critique sans être muselée (en bataille : le patron d’Uber qui, dans un mauvais remix de la Stasi, a menacé d’aller fouiller dans la vie des journalistes virulents, ou cette blogueuse condamnée à 1500 € d’amende pour avoir balancé sec sur une pizzeria du Cap Ferret), cette Snowden bas de gamme, aussi acharnée que les Anonymous débusquant les haters qui s’adonnent au revenge porn, a pour bêtes noires les community managers, qui, sous le terme politiquement correct de « modérateurs », sont les nouveaux pourfendeurs de la liberté d’expression. « pour l’anti-twee, être d’accord, c’est capituler » Pourquoi on l’écoute : parce qu’à défaut d’avoir un avis pertinent, elle nous maintient dans un état d’autocritique permanent. Comme on sait qu’elle ne sera pas d’accord, on affûte longuement nos arguments avant de lui proposer d’aller manger une pizza, ce qui nous évite de sombrer dans la béatitude léthargique d’un ex-fan de tectonique. L’opportuniste Petite, l’opportuniste ne savait pas trop quel camp privilégier, du coup, elle a choisi le plus simple : hurler avec la meute. Au bahut, c’est celle qui observait la baston de loin et s’empressait après la bataille d’abattre la victime à terre – bien souvent, d’un pauvre coup de pied dans son sac à dos. Devenue adulte, sa lâcheté lui interdisant la violence physique, elle préfère dézinguer les gens au sol grâce à sa verve, pour prouver qu’elle existe (coucou chui là !). Quand elle s’attaque à quelqu’un, c’est que sa cote de popularité est en chute libre. Comme ces éditorialistes qui se sont payé Sarkozy… au lendemain de sa défaite en 2012, après cinq ans de silence béat. Ou dans un style plus subtil, comme Bret Easton Ellis, qu’on n’avait plus croisé en librairie depuis un bon moment et qui a réglé de vieilles rancunes à coups de tweets corrosifs contre des ennemis décédés (il a traité feu David Foster Wallace d’écrivain pénible et prétentieux et salué la mort de J.D. Salinger d’un classieux « Yeah ! ! Thank’s god he’s finally dead ») avant de sortir un nouveau livre. Le gros avantage de l’opportuniste, c’est qu’elle n’est pas vraiment une femme de conviction. Elle critique juste pour communier avec ses pairs dans la désapprobation. Du pain béni pour les marques qui peuvent rallier cette déçue chronique à leur cause. À Montréal, une community manager convainc, à coup d’invitations gratos, les clients déçus sur Yelp, UrbanSpoon et TripAdvisor de revenir sur les lieux du crime pour les faire changer d’avis. Un geste commercial qui débouche souvent sur un (nouvel) avis dithyrambique. C’est bien connu, il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis. Pourquoi on l’écoute : d’abord parce qu’elle est souvent drôle (des années de lâcheté lui ont appris à viser pour tuer), mais surtout parce que c’est un véritable baromètre du old. Quand elle s’attaque à un artiste/lieu/mouvement, c’est que même votre gardienne est passée à autre chose. LA GOOD WIFE Cette grande émotive a souvent du mal à réagir sur le moment. Si vous l’entendez s’exclamer un truc complètement hors de propos, ce n’est pas qu’elle a perdu la tête, mais qu’elle vient juste de trouver la réplique parfaite. Celle qu’elle aurait 4 4
Xoxoxoxo LE FLOP 50 Le nouveau must de la critique, c’est de faire les fonds de classement des sites de critique, un peu comme une émission d’Arthur un soir de réveillon. Le pire hôtel au monde Fin 2013, le site américain Thrillist épingle, entre autres, dans sa liste des pires hôtels selon TripAdvisor, le Boulevard Hotel Ocean Drive de Miami. Un taudis « d’inspiration Arts déco » qui a failli coûter la vie à Thunlala : « CHAMBRES SALES, avec du VERRE dans le lit sous les draps. J’ai été COUPÉE dans les fesses. » Le plus mauvais livre Le site communautaire LitReactor fait le tri fin 2012 dans les 42 millions de livres notés par Amazon. Antigua, de la fantasy pour ado, rafle la palme du pire livre : « Non seulement le livre est mal édité, manquant d’évolution dans les personnages et d’originalité, mais en plus, son auteure à écrit le seul commentaire à 5 étoiles. » Le restaurant le plus dégueulasse Après s’être fait descendre sur TripAdvisor (77 personnes l’ont trouvé « horrible »), Yelp, et même Google Review (c’est dire), La Compagnie des Crêpes dans le 12 e arrondissement de Paris a été testée par une journaliste lifestyle du Figaro.fr. Elle a confirmé : malgré un service « pêchu », c’est immonde. dû envoyer du tac au tac à ce fan hardcore de Dolan qui écumait d’incompréhension à la moindre remarque négative sur Mommy. Mais ce n’est pas parce que le conflit la paralyse qu’elle n’a pas d’arguments. Elle préfère juste prendre le temps de l’élaboration pour pouvoir réagir au calme, loin du feu des passions. Vous ne la verrez jamais renvoyer son plat en criant au complot maçonnique dans un restaurant crasseux. Mais rentrée chez elle, elle compilera patiemment les critiques négatives reçues par l’enseigne à travers le monde. Puis rédigera un rapport circonstancié sur les problèmes managériaux de l’entreprise qu’elle reliera habilement au dumping social imposé par ses actionnaires, avant de publier le tout sur Yelp. Dans sa version passive agressive, la rapporteuse peut se muer en véritable bombe à retardement. « L’insatisfaite est un che Guevara qui aurait perdu sa langue » Elle encaissera pendant des mois, avant d’exploser ses critiques à la face du monde. Quitte à passer pour une opportuniste, comme Delphine Batho, Valérie Trierweiler et Aquilino Morelle : sommés de prendre la porte du pouvoir avec le sourire, ils ont décidé de se venger, la plume au poing, mordant au passage la main qui les avait nourris (« Ça va saigner », a déclaré l’ex-conseiller du Président qui préparerait, dit-on, un pamphlet sur son passage à l’Élysée). Pourquoi on l’écoute : parce que comme elle ne se contente jamais d’un avis à chaud balancé sous le coup de l’émotion, c’est une mine inépuisable d’arguments pour vos prochains débats. Et aussi parce qu’elle ne vous contredira jamais en public. LA REINE DU SILENCE Née aux prémices de la génération clash quand des polémistes en pattes d’eph'en venaient aux mains sur les plateaux enfumés de Michel Polac, la mutique a compris qu’un contre-argument en appellerait toujours un autre. Plutôt que d’essayer d’avoir le dernier mot, elle préfère s’abstenir de toute critique, convaincue que le plus grand des mépris, c’est le silence. Elle excelle donc dans les démonstrations taiseuses dignes du mime Marceau. Loin d’être aussi sympathique que Groot, l’arbre peu loquace dans Les Gardiens de la galaxie, son mutisme glaçant en dit long sur l’étendue de sa désapprobation. Vous avez beau vous plier en quatre et la traiter comme la reine d’Angleterre en villégiature dans votre 20 m² à Château Rouge, elle saura toujours vous faire comprendre que quelque chose n’allait pas… mais sans le dire. C’est ainsi qu’un mois après lui avoir sous-loué votre appart sur Airbnb, vous attendez toujours le précieux commentaire qui fera augmenter votre cote de popularité sur le site. En vain. L’insatisfaite préfère économiser sa salive, jetant le doute sur l’ensemble de la prestation. Ce qui a le chic de vous plonger dans les abîmes de l’introspection (qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Qu’ai-je fait de mal ? Mes savonnettes étaient-elles trop parfumées ?). À plus grande échelle, c’est l’équilibre de la société qu’elle ébranle. À l’instar des abstentionnistes qui prônent la révolution mutique, l’insatisfaite est un Che Guevara qui aurait perdu sa langue dans un film de Georges Méliès. Pourquoi on l’écoute : parce que son califat du silence instaure un état de terreur permanent chez ses interlocuteurs qui scrutent en tremblant la moindre de ses réactions pour savoir ce qu’elle a pensé de leur blanquette/prestation sexuelle/long métrage. En fait, elle n’en pense rien, elle avait la tête ailleurs. 45



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