Stylist n°7 30 mai 2013
Stylist n°7 30 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de 30 mai 2013

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Timar

  • Format : (225 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 32,8 Mo

  • Dans ce numéro : êtes-vous sûre d'être prête pour la maternité ? toute la vérité pour vous aider à trancher.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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la cause gay et lesbienne. Celle qui a passé son temps à combattre la misogynie ordinaire du circuit. Résultat : une quarantaine d’années plus tard, il plane encore une aura mystique autour de cette femme. La majorité des joueuses actuelles, celles qui foulent les courts de Roland-Garros cette semaine, se sont fait prendre en photo à ses côtés. Anna Kournikova, Venus Williams, Marion Bartoli… toutes reconnaissent ce qu’elles lui doivent. Peut-être lui ont-elles posé la même fameuse question sur le match appelé « La bataille des sexes » : « Quelle importance a eu la partie qui s’est jouée entre vous et Bobby Riggs dans votre histoire personnelle ? » Possible que l’intéressée ait commencé sa réponse par un long soupir : « Oh mon dieu, encore cette histoire… » Puis qu’elle ait lancé une attaque en fond de court : « Si je n’avais pas gagné ce match, le sport féminin serait retombé cinquante ans en arrière. J’en suis malheureusement certaine. » Façon de dire que la dame se sentait investie d’une mission ? Peut-être bien… UNE FILLE FAIT LA VAISSELLE L’histoire de celle qui est née Billie Jean Moffitt aurait de quoi faire saliver n’importe quel producteur hollywoodien à la recherche d’un sujet de biopic solide, tant elle part de rien et va loin. Famille de classe moyenne, vivant à Long Beach, Californie. Principes d’éducation méthodistes. Dimanches après-midi passés à griller des côtelettes au barbecue et à jouer au softballavec son frère cadet Randy – qui deviendra plus tard professionnel de baseball. « Le tennis est venu par hasard, se souvient Billie Jean. Quand j’avais 11 ans, ma meilleure amie de l’époque, Susan Williams, m’a proposé de venir taper des balles avec elle. Ça m’a plu. Mais de là à penser en faire une carrière ! » Il ne va pourtant pas falloir longtemps pour que la jeune fille se fasse remarquer. « À la maison, je répétais sans arrêt : « Papa, maman, je sais que je vais faire quelque chose de grand de ma vie. » Ma mère me répondait : « OK, Billie Jean, mais si tu commençais par faire la vaisselle… » » Son père, pompier – mais aussi ancien joueur de basketballayant raté sa carrière – décide quand même d’investir quelques dollars sur l’avenir sportif de sa fille. Un placement risqué à une époque où personne ne s’intéresse aux performances féminines. Mais visiblement, le tennis comble la vie de Billie Jean. Autant, si ce n’est plus, que son mariage avec un étudiant en droit et en sport, Larry King. Dans une interview pour la chaîne ESPN, elle se laisse même aller au lyrisme : « Mes yeux se brouillent, mes oreilles commencent à bourdonner, mais je me sens extatique quand 40 STYLIST.FR BILLIE JEAN EN 1973. BILLIE JEAN ET VENUS WILLIAMS EN 1999. je tape la balle parfaite. C’est un peu comme avoir le plus beau des orgasmes ! » LES SPORTIVES AU RABAIS Dans les années 1950 et 1960, le tennis est plutôt la chasse gardée des enfants de la bourgeoisie. Et pour les filles, c’est encore plus difficile de faire son trou à cause d’un système de primes discriminatoires. Grace Lichtenstein, journaliste et auteure du best-seller sur le sport féminin, A Long Way Baby, résume : « Il faut se remettre dans le contexte de l’époque. L’égalité n’existait pas. Les sportives étaient payées une misère comparées à leurs homologues masculins. « J’ÉTAIS LA SEULE À NE PAS VOULOIR PORTER DE JUPE » Dans le tennis, on raconte qu’elles gagnaient 10 à 20% moins que les hommes, mais la réalité était bien pire que ça ! » Quand elle entame sa carrière sur le circuit en 1958, Billie Jean n’a que 15 ans. Même si elle remporte vite ses premiers tournois, ses gains sont estimés à 100 $ par semaine. « Quand je me suis lancée dans ce sport, aucune ne rêvait de remporter des titres. La seule chose qui nous préoccupait était plutôt de savoir comment on allait pouvoir gagner notre vie ! » Alors, pour ne pas s’enfermer dans une voie sans issue, Billy Jean mène tout de front : tournois de tennis, études à la fac, petits boulots pour payer son indépendance. Sur les courts, elle est vite remarquée à cause de ses binocles qui lui mangent la moitié du visage, de ses cheveux courts et de son air renfrogné. LIBERTÉ, ÉGALITÉ, COMPÉTITIVITÉ Dès qu’il s’agit de mener les combats d’émancipation relatifs au sport féminin, Billie Jean se révèle être parfaitement dans son élément. La raison ? Si on l’écoute, cela remonte à loin : « À 11 ans, je me souviens que mon club à Long Beach voulait faire une photo de groupe de ses jeunes joueuses. On m’a dit de sortir du cadre car j’étais la seule à ne pas vouloir porter de jupe. Ça m’a marquée. » Billie Jean aimerait que le monde du sport se débarrasse des concepts de masculinité et de féminité : « Parce que cela influence les enfants. Cela me tue de voir des gamines qui se comportent passivement, alors qu’au fond, ce sont des lionnes. Pareil pour les mecs. Ils jouent aux gros machos alors qu’ils sont sensibles, eux aussi. » En 1970, quand Billie Jean découvre que le tournoi Pacific Southwest Open adopte un système de prix, disons, plutôt particulier – 12 500 $ pour le vainqueur homme, 1 500 $ pour la gagnante femme – sa colère explose. Dans la foulée, elle décide de s’en prendre aux racines de cette discrimination. Pas de système de bourses dans les universités américaines pour les filles douées pour le sport, aucun classement pour les tenniswomen, etc. À partir de ce moment, l’image de Billie Jean dans les médias va changer. De simple joueuse, elle devient une militante de la cause féministe, dont la voix porte autant que celle d’une Angela Davis. La rupture est consommée quand elle s’allie avec la firme Philip Morris et lance le Virginia Slims Tour, première série de tournois professionnels réservés aux meilleures joueuses de tennis mondiales. Billie Jean King commence à faire trembler l’establishment. Surtout lorsque les premières rumeurs laissent entendre que le mariage de Billie Jean King n’est qu’une façade et que, dans l’ombre, elle développe une relation lesbienne avec sa secrétaire. DÉFIER UN HOMME Houston, Texas. 20 septembre 1973. Dans les gradins de l’Astrodome, 30 372 personnes ont pris place. Au marché noir, le prix des tickets peut flamber jusqu’à 100 $. 36 chaînes de télévision à travers le monde retransmettent la partie. L’audience est estimée à 50 millions
PHOTOS : CORBIS ; GETTY IMAGE de téléspectateurs. Parce que « The Tennis Battle of the Sexes » – le nom hollywoodien donné à l’événement – dépasse le simple cadre du sport ? Vrai. Mais aussi parce que 1973 est une année de changement dans l’histoire du sport féminin. La même année, la petite ligue de baseballa été obligée d’accueillir des filles en son sein. Et le marathon de Boston s’ouvre aux deux sexes. Celui qui est à l’initiative de cette Bataille des sexes est un ancien tennisman numéro 1 mondial, Bobby Riggs. À l’époque, ce Californien de 55 ans n’est pas seulement connu en sa qualité d’amateur de paris clandestins. Autant pour amuser la galerie que pour faire fonctionner son business, l’homme s’est construit un personnage de macho à l’ancienne. Sur les courts comme dans la vie. Et Riggs est parfait dans ce rôle de mâle alpha tout content d’éructer sa vérité. Alors quand un journaliste lui demande s’il n’a pas un minimum de respect pour le tennis féminin, la réponse fuse : « Les femmes doivent rester dans la chambre à coucher ou à la cuisine, et dans cet ordre de préférence ! » Pour Riggs, cela ne fait aucun doute : la deuxième édition de la bataille des sexes ressemblera à la première où il a humilié l’Australienne et numéro 1 mondiale Margaret Smith Court (6/1, 6/2). La partie a eu lieu en mai 1973. Au départ, Bobby DE 1910 À 1940, ANNÉES BCBG Jupes longues, chemises amples immaculées. La différence entre une joueuse de tennis et un personnage de La Petite Maison dans la prairie ? La visière ou le chandail sur les épaules peut-être. 1960’S, ANNÉES ÉMANCIPATION La société prône la libération des corps et de l’esprit à grand renfort de sex, drugs & rock’n’roll. Le tennis raccourcit les jupes en même temps qu’il remonte les chaussettes. Riggs avait pourtant lancé son défi à Billie Jean King qui avait hésité, puis refusé. Cette fois-ci, pour sauver l’honneur, elle ne peut plus reculer. JEU, SET ET MATCH Les supporters de Riggs friment : « Si Bobby perd, nous promettons de sauter du haut de n’importe quel pont californien ! » Dans les travées de l’Astrodome de Houston, certains s’affichent avec un T-shirt « Kill, Bobby ! Kill ! » ou sa variante moins agressive « Un whisky et Bobby, c’est ça être un mec ». Si cela pose le décor, que dire de l’entrée dans le stade des protagonistes de la seconde Bataille des sexes ? 50 MILLIONS DE TÉLÉSPECTATEURS À TRAVERS LE MONDE SUIVENT « LA BATAILLE DES SEXES » Neil Amdur, journaliste au New York Times, était en tribune de presse ce jour-là. Encore aujourd’hui, le reporter réfrène difficilement un léger rictus quand il se rappelle le protocole pas très finaud d’avant-match : « On ne va pas se mentir, c’était vraiment n’importe quoi. UNE MODE QUI FAIT DE PLUS EN PLUS COURT DE 1970 À 1980, ANNÉES MILITANTES Les joueuses s’élèvent contre l’inégalité salariale hommes/femmes. L’évolution concerne aussi les tenues : apparition des looks unisexes ou bien en Lycra et couleurs. On se serait cru dans un film de gladiateurs. Billie Jean a fait son entrée déguisée en Cléopâtre sur un bouclier et Bobby en empereur romain sur une sorte de char. Chacun était entouré de mannequins hommes et femmes. Est-ce que cela ressemblait à du sport ? On était plutôt au cirque, ou à Las Vegas si vous préférez ! » Possible que Billie Jean King, 29 ans à l’époque, cinq tournois de Wimbledon et deux U.S. Open gagnés à son actif, se soit sentie galvanisée par cette ambiance électrique. En deux heures et quatre minutes, elle plie la partie (et son adversaire) sur le score sec de 6/4, 6/3, 6/3. Bobby Riggs voit passer les balles devant lui et finira même le match avec le poignet foulé. « Dans les tribunes, on avait tous cette impression bizarre. D’un côté du court, il y avait un type qui jouait au ralenti et, de l’autre, il y avait cette femme qui avait l’air comme possédée », se souvient Neil Amdur. Une fois la bataille des sexes remportée, Billie Jean s’écroule en larmes. Après avoir brandi son trophée et empoché les 100 000 $ pour sa victoire, elle se dirige dans la salle de presse. Pieds nus. Elle a encore l’air dans un état second. « J’ai attendu dix-neuf années pour vivre ce jour-ci ! » Ce match, Billie Jean King ne l’a pas joué pour elle. Plutôt pour les championnes du monde entier. La victoire d’un genre. DE 1990 À 2000, ANNÉES MUSCLES ET MOI LOLITA Deux options : exhiber une musculature de bucheronne en optant pour des bodies ultramoulants, ou renvoyer l’image d’une ingénue à l’aise dans sa jupe légère. Enquête SUZANNE LENGLEN, VERS 1930. LES SIXTIES… MARTINA NAVRATILOVA EN 1986. MARTINA HINGIS EN 1996. VENUS WILLIAMS EN 2010. 2010’S, ANNÉES « PERSONAL BRANDING » Les tenues des joueuses rivalisent de matières et de coupes innovantes. La tenniswoman se conçoit autant comme une bête de mode que comme une athlète. STYLIST.FR 41



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