Stylist n°69 13 nov 2014
Stylist n°69 13 nov 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°69 de 13 nov 2014

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Timar

  • Format : (225 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 19,2 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Liz Dilan, directrice marketing monde de Fox International Channels.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Billet Mauvaise Habitude N°51 Goûter la solitude par Audrey Diwan l a longtemps été clair pour toi qu’il ne pouvait y avoir de solitude heureuse. Tu évites les endroits vides, les trouvant trop pleins de toi. Tu as toujours fui avec application ta propre compagnie, laissant ta porte grande ouverte, ton appartement aux quatre vents, ta maison comme un moulin qui brassait toutes sortes d’amis, souvent de mauvaises graines d’ailleurs, ceux qui restaient si tard que tu t’endormais parfois avant qu’ils ne s’en aillent tous. La seule forme de solitude que tu aies jamais réussi à apprivoiser, c’est une solitude à deux, avec l’homme qui partage ta vie et que tu considères effectivement comme ta moitié. De ce fait quand vous êtes en tête à tête, tu considères qu’il n’y a qu’une personne sous votre toit. C’est mathématique. Cependant ce soir, il n’y a vraiment que toi dans ton appartement, c’est rare. Tu es d’abord envahie par le silence qui te semble envelopper tout l’espace comme un linceul. Tu trouves d’abord que ce silence sonne trop fort. Tu te rends compte que tu as peur comme une enfant. Que tu ne pourrais pas regarder un épisode des Experts et réussir ensuite à t’endormir sans avoir vérifié trois fois qu’il n’y avait pas de tueur sous ton lit. La solitude est d’abord, dans ton esprit, la disparition des autres. Un sentiment tragique d’abandon. Mais arrêtons là la psychanalyse, sans quoi il faudra que tu payes la séance à chacun des lecteurs qui acceptent « la solitude est d’abord dans ton esprit, la disparition des autres. Un sentiment d’abandon » de lire ces lignes que tu couches sur le papier. Pour en revenir à l’expérience de ce soir-là, tu passes ensuite dans une phase adolescente. Tu vas faire du bruit. Tu décides de vivre ce moment comme une parenthèse libératrice. Tu te nourris exclusivement de matières grasses ne requérant aucune compétence culinaire. Tu prends une douche, constatant avec satisfaction que tu n’es pas propre pour des raisons purement sociales mais aussi par plaisir. Tu enfiles ton seul jogging, tu regardes des vidéos débiles sur YouTube et même, tu écoutes Zaz, parce qu’on fond tu adores Éblouie par la nuit, mais ne voudrais jamais que la nouvelle se répande. Et puis tu chantes fort et mal, tu réalises à quel point les paroles sont idiotes mais tu t’en moques, l’écoutant en boucle. Enfin, ivre de mauvaise musique, saturée de mauvaises graisses et vaguement nauséeuse, tu entames la dernière étape de cette course en solitaire. Zappant au hasard, tu tombes sur l’incroyable documentaire d’Hugues Nancy, Picasso, l’inventaire d’une vie. Il te donne envie de relire Éluard, Apollinaire, de découvrir le parcours complet de Dora Maar, tu surfes à la recherche des dernières œuvres de Matisse. Tu passes la nuit dans une ronde folle et surréaliste. Tu te nourris, intellectuellement cette fois, tu dévores même, et tu écris. Et enfin, tu réalises que si tu n’as jamais voulu être seule, c’était pour te protéger d’un grave secret  : tu pourrais sans doute te passer de tout le monde. Photo  : Jean Baptiste Guy. Mise en beauté  : Mademoiselle Mu 1 4



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