Stylist n°6 23 mai 2013
Stylist n°6 23 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de 23 mai 2013

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Timar

  • Format : (225 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 31,9 Mo

  • Dans ce numéro : tour du monde des destinations les plus dépaysantes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 40 - 41  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
40 41
PHOTOS : OWEN SWEENEY/REX FEATURES ; JEFFREY MAYER/WIREIMAGE ; GETTY IMAGES ; AFP/GETTY ; WIREIMAGE ; DR La tête à claques est une réalité ancestrale. Souvenez-vous, à l’école, de la gamine de devant qui levait le doigt et trépignait sur sa chaise en disant : « Moi, moi, je sais ! », dès que la prof posait une question. Eh bien, la poupée exaspérante a grandi, et le monde des adultes en est également truffé. Gwyneth Paltrow, dans le rôle de la donneuse de leçons, s’est ainsi hissée à la tête du classement des personnalités les plus agaçantes établi en avril par le magazine américain Star. Face à un specimen de tête à claques, on se sent immédiatement porté par deux envies. L’emplafonner, d’abord. Puis analyser à froid le bien-être ressenti après cette intense séance de détestation. Si cette figure est si pérenne, si on la croise tous les jours dans « ON SE SENT PROTÉGÉ DERRIÈRE SON ÉCRAN D’ORDINATEUR » Éric Delcroix, spécialiste des réseaux sociaux et de l’identité numérique, nous explique pourquoi nous avons tous tendance à faire parler le « hater » qui est en nous. « La jalousie est le sentiment qui motive la critique. Les réseaux sociaux ont décuplé et facilité notre tendance à cracher sur les autres. On peut aujourd’hui se déchaîner sur des célébrités ou des wannabes en quête de notoriété, mais aussi fédérer quelques alliés : c’est le phénomène des « haters » (ces gens qui adorent détester tout et tout le monde,ndlr). Les réseaux sociaux génèrent de la frustration : la mise en avant constante de la vie des uns crée de la comparaison, de l’envie et de la haine chez les autres. Caché derrière notre ordinateur, on se sent protégé. On ose tout, puisqu’on peut choisir de rester dans l’ombre et de commenter en anonyme. N’oublions pas que les réseaux sociaux permettent de donner librement son avis, alors pourquoi s’en priver ? Le « hater » guette chacun de nous… » 40 STYLIST.FR LA DÉTESTATION QUE GÉNÈRE LA TÊTE À CLAQUES CRÉE DU LIEN SOCIAL nos vies et dans les médias, c’est qu’elle doit avoir une fonction d’utilité publique, non ? LES FIGURES LITTÉRAIRES La littérature du XVIII e siècle a été riche en personnages à baffer. Voltaire s’est même servi de cet archétype pour donner de la substance à Candide et à l’Ingénu, parfaites figures du naïf qui pose sans cesse des questions agaçantes. Ces têtes à claques-là servaient évidemment à porter un regard neuf sur la société française pour mieux en établir les contradictions. Côté féminin, le personnage de la pucelle effarouchée était très à la mode avec La Nouvelle Héloïse de Rousseau et Les Liaisons dangereuses de Laclos. Cécile de Volanges, ça vous revient ? Une espèce de cruchonne avec le Q.I. d’un pigeon que Valmont manipule à loisir. Alors qu’il lui fait découvrir toutes les positions du Kama-sutra, elle a l’air de croire qu’ils jouent aux dominos. Mais modérons nos ardeurs envers la pauvre Cécile : à cette époque, la jeune fille bonne à marier était forcément une idiote, donc inévitablement crispante pour un lecteur moderne. COMMENT DEVIENT-ON LE BOUC ÉMISSAIRE DU MOIS ? Il est clair que Gwyneth Paltrow ne s’est pas réveillée un matin en se disant : « Tiens, je meurs d’envie qu’une armée de trolls anonymes critique ma blondeur, ma passion des œufs durs et du Pilates. » Mais au pays du triple-cheese, son style de vie ultrasain en a fait une cible. C’est la création en 2008 de The Goop, son blog cuisine-santé exsudant la Javel, qui a accéléré cette entreprise d’acharnement. Depuis, l’actrice enchaîne les boulettes avec une telle assiduité qu’on a la sensation qu’elle joue le jeu de la fille pourrie gâtée et donneuse de leçon : le régime de ballerine anorexique que suivent ses enfants ou bien son nouveau livre de cuisine proposant des recettes hors de prix… Enfermée dans cette image de nonne psychorigide, même ses dérapages sentent le coup fourré : quand, ce mois-ci, elle déclare ivre morte à une soirée qu’elle a dû se raser le pubis au dernier moment pour honorer sa robe toute en transparence, on voit venir gros comme un éléphant sa tentative de montrer la fille cool qui est en elle. Bref, tête à claques tu es, tête à claques tu resteras. Car le public a besoin de toi. JUSTIN BIEBER NABILLA BENATIA Qu’elles s’appellent Justin Bieber, Paris Hilton ou Nabilla Benatia, les têtes à claques du moment servent d’exutoire. Le déclencheur est souvent une mono-expression (moue boudeuse, regard sous Lexomil, tic de langage…) qui va devenir un gimmick. L’exemple le plus flagrant remonte à novembre dernier, pendant le Saturday Night Live, célèbre émission de la chaîne américaine NBC. L’objet de la rigolade : un pastiche de la série Homeland et de son personnage principal, l’agent bipolaire Carrie Mathison, interprété par Claire Danes. Et dans l’imitation de Claire Danes, la comédienne Anne Hathaway qui s’en donne à cœur joie : lèvre qui tremble, regard de folle perdue, crises de larmes démentes, etc. Depuis, il est admis que Danes, c’est la timbrée qui chiale. Et les réseaux sociaux se régalent. Tout le monde poste et reposte la séquence. Les Tumblr du
PARIS HILTON MILEY CYRUS monde entier collectionnent les photos de la pauvresse en larmes. Pour Claire, le mal est fait. UN PUBLIC RASSURÉ Prenons un cas d’école compliqué : celui du duo télé. Soit l’animateur et l’idiot assis l’un à côté de l’autre. Un dispositif ardu car, ici, la tête à claques se situe pile entre le personnage médiatique et la personne privée. Il agit sous son nom propre mais, télévision oblige, joue un rôle (en tout cas, on l’espère !). Nikos Aliagas et Sandrine Quétier dans 50 Minutes Inside, Michel Denisot et Ariane Massenet au Grand Journal, Cyril Hanouna et Énora Malagré dans Touche pas à mon poste ! … autant d’exemples d’une mécanique où l’animateur principal joue à celui qui sait, et son acolyte au benêt qui ne capte rien et pose des questions débiles. Le rôle de tête à claques télévisuelle en tant que faire-valoir est tout à fait dévalorisant. Et sûrement difficile à vivre. Mais quel intérêt pour nous, téléspectateurs ? La détestation que génère la tête à claques soude une communauté. Elle crée du lien social. Il suffit de constater à quel point Énora Malagré irrite les auteurs d’un bon nombre de tweets, pour s’en convaincre. Son goût pour la provoc’a carrément fédéré un club de « haters ». Et pour l’émission, c’est devenu un moyen d’exister – et tant pis si l’animatrice a envie de se défenestrer. Mais ce système a un autre intérêt : il place le téléspectateur en position de supériorité. L’idiot de la télé rassure celui qui est de l’autre côté de l’écran. On se sent forcément plutôt intelligent quand Nabilla fait une sortie sur « la guerre mondiale de 1978 ». MISE À MORT VIRTUELLE Mais ce qui nous excite chez cette tête à claques provient aussi du pouvoir que l’on a sur elle. Un principe qui n’est pas sans rappeler les jeux du cirque romain. Entre elle et nous, un système simple s’est mis en place : tu as décidé de t’exposer à mes yeux, donc tu m’appartiens un peu. Je peux baisser le pouce et te mettre à mort. Or, comme je suis de mauvaise humeur, tu vas prendre cher. Dans une société sur-stressée, la tête à claques est une soupape. On déverse sur elle une haine dont on veut se débarrasser. Mais il arrive que certaines réussissent à tourner cette exaspération à leur avantage, jusqu’à la transformer en argument marketing. Ainsi la starlette/actrice/productrice/animatrice Kim Kardashian n’hésite pas à outrer le moindre de ses défauts pourvu qu’elle le convertisse en billets verts. Ce qui suffit à prouver qu’elle n’est pas du tout l’idiote qu’elle prétend être. FEMMES EN DANGER Eh oui, vous n’aurez pas manqué de noter dans les exemples précités une domination plutôt marquée des femmes. Or le public féminin n’admet plus de se voir constamment caricaturé. On ne supporte plus l’hystérique – terme tellement connoté sexiste – façon Danes. Ni la superficielle qui ne vit que pour changer de sac à main, comme Nicole Richie. Ce qui nous mène à une piste dans notre analyse du phénomène : la tête à claques est-elle un concept qui encourage la misogynie ? On attaque Victoria Silvstedt sur ses faux seins, Kim Kardashian sur son gros cul et Paris Hilton sur sa sexualité. On se dit qu’à concentrer autant de clichés, elles n’ont que ce qu’elles méritent. Ben oui, Nabilla, allô quoi, tu fais du mal à la condition de la femme ! Et parfois, la vérité est une claque nécessaire pour se remettre les idées en place. Décryptage #POURQUOI TANTDEHAINE Top 5 des tweets haineux les plus débiles (et drôles parfois aussi) Le + ado CARRIE MATHISON, PAR ANNE HATHAWAY. « Miley Cyrus se rase sans doute plus souvent que Justin Bieber. » Le + facile « Lana Del Rey, on dirait qu’elle a mangé Donald Duck. » Le + drôle « Nabilla est musulmane. Allah quoi ! » Le + juste « Si vous cherchiez encore une raison de haïr Gwyneth Paltrow : dans son « livre de cuisine », elle nous donne la recette de… l’œuf dur !!! » Le + méchant « Report : Anna Wintour pense que Kim Kardashian est la pire chose qui soit arrivée au monde depuis la mode des sandales + chaussettes. » STYLIST.FR 4 41 1



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :