Stylist n°6 23 mai 2013
Stylist n°6 23 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de 23 mai 2013

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Timar

  • Format : (225 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 31,9 Mo

  • Dans ce numéro : tour du monde des destinations les plus dépaysantes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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E•\I « Ici, (c’est 9est Beyrouth 0 ! » 99 Dielle rêvait de devenir astrophysicienne. De percer les mystères de Da la matière noire, de défricher Da la forêt de Lyman-alpha ou de découvrir de nouveaux rayons cosmiques. Jusqu'à Jusqu’à ce que sa prof de maths la dévie de cette trajectoire intersidérale et Da la contraigne, après un trimestre en première scientifique, à un atterrissage forcé en section littéraire. Sans cette enseignante visionnaire, Caroline Bourgeret ne serait peut-être jamais devenue journaliste, n'aurait n’aurait pas posé ses valises au Liban et nous aurait donc très certainement privé d'II d’Il pleut aussi sur Beyrouth*. Un tout petit Divre, livre, sur De le plan pian de la pagination, mais monumental quant à la claque qu'on qu’on prend en le lisant. Parce qu’avec qu'avec des mots d'une d’une simplicité extrême mais d'une d’une force redoutable, il nous propulse dans la galaxie de la violence déraisonnée et et dans Da la nébuleuse de l’horreur. l'horreur. Finalement, sans s’en s'en rendre compte, Caroline Bourgeret Boureret est devenue l’astrophysicienne D'astrophysicienne d'un d’un conflit qu’elle qu'elle nous fait vivre au travers du prisme de son ingénuité. Celui d’une d'une gamine bombardée reporter de guerre, sans avoir rien demandé à personne. LE LC MDAIN, LIBAN, C'EST C’EST G3I000LOO RIGOLO Petit fOashipack. flashback. Nous sommes au printemps 2006. Caroline Bourgeret, 23 ans, fraîchement diplômée d'une d’une école de journalisme, débarque au Liban, Da la fleur fDeur au au fusil. Ce pays, elle l'a l’a découvert deux ans plus pDus tôt, lors d’un d'un stage dans un grand quotidien Docal. local. Elle y est déjà retournée à plusieurs reprises. Le Liban, elle veut y vivre et y travailler. Même si elle n’a n'a sans doute 36 STYLIST.FR Propulsée à 23 ans dans l’enfer de la guerre… Voilà ce qui est arrivé à la journaliste Caroline Bourgeret qui se trouvait au Liban lorsque le conflit avec Israël a éclaté en 2006. Aujourd’hui, elle tire de cette expérience un livre magnifique. par Claire Raynaud pas bien mesuré l’explosivité l'explosivité de Da la situation, surtout depuis que le Hezbollah –—quilsrei qu’Israël considère comme une organisation terroriste— – a fait son entrée au gouvernement libanais l’année D'année précédente. Caroline accepte un boulot dans une boîte de production basée à Beyrouth. « J'avais « J’avais un mini-salaire et le patron m'avait m’avait dit que, comme je n’avais n'avais pas d'appart, d’appart, je pourrais dormir au bureau, se souvient-elle. On tournait des trucs alors qu'on qu’on ne savait même pas à qui on allait vendre nos sujets. » » À en croire le ton qu'elle qu’elle emploie dans les courriers adressés à ses proches, les premiers temps sont plutôt insouciants. La lettre du 12 juillet 2006 commence ainsi : « « Le Hezbollah a capturé deux soldats israéliens à la frontière. Ouais, bon. Ce n'est n’est pas la fin du monde. Ils veulent un échange de prisonniers et voilà. Ce genre d'accrochage d’accrochage arrive tout le temps. Et puis Des les Israéliens ne se privent pas de survoler le territoire libanais à basse altitude. À chaque fois qu’ils qu'ils s’amusent s'amusent à passer le mur du son au-dessus de Beyrouth, j'ai j’ai l’impression l'impression qu'une qu’une fusée Ariane vient de décoller de mon balcon. » » Ce seront Des les dernières paroles légères qu'elle qu’elle prononcera au cours des trente-trois jours suivants, et bien après d'ailleurs. d’ailleurs. La rigolade est terminée. Quelques heures plus tard, Dsrael Israël largue sa première bombe sur Beyrouth. Durant cinq semaines, le pilonnage va aller crescendo. LA GUERRE EN PLEPNE PLEINE PCNRE POIRE Trois jours après le début du conflit, son boss la convoque: : « Tu « es la nouvelle correspondante de M6 à Beyrouth. Je n’ai n'ai personne d’autre d'autre sous la main. » » Une promotion inattendue pour Da la jeune fille, un rien iconoclaste, dont les expériences face caméra se limitent à quelques plateaux bidons enregistrés au caméscope au coin de la rue de son école de journalisme. Avant son premier direct, elle pleure. Beaucoup. Appelle en prières Marine Jacquemin, Kofi Annan, sa mère et Superman. Autour d'elle, d’elle, ça pète de partout... partout… mais personne ne vient à son secours. « Alors « je suis passée en mode automatique », résume-t-elle résume-telle sobrement. Plus de procrastination possible. Elle enchaîne les directs et les reportages pour M6, BFM TV, RMC ou TV5. Découvre en quelques jours l'atrocité, l’atrocité, le malheur indicible, la dévastation. Et se surprend à devenir haineuse devant tant d'absurdité. d’absurdité. Mais refuse de quitter le pays, malgré les injonctions de l’ambassade l'ambassade de France. Pas pour devenir une star du 20 heures, mais pour des raisons plus profondes. « « Le Liban, c’était c'était déjà mon pays, j’aurais j'aurais eu l’impression l'impression de déserter comme une naze », lâche-t-elle. Pour se donner du courage, elle continue d’écrire d'écrire des lettres à ses proches. Parfois terribles. Parfois drôles. UNE DESCENTE IIMEIF1CLE DIFFICILE Dans ses moments de très grande angoisse, Caroline appelle aussi Gisèle, sa grand-mère, qui Oui lui a ressassé pendant toute son enfance ses histoires sur la Seconde Guerre mondiale. « Je « me disais que si si eDDe elle avait survécu à ça, j’y j'y survivrais aussi. » » Caroline Bourgeret sort physiquement indemne de cette boucherie express, dans laquelle plus d’un d'un millier de civils Dibanais, libanais, dont des centaines d'enfants, d’enfants, perdent la vie. Moralement, c’est c'est autre chose. Le 11 août 2006, le Conseil de sécurité de l'ONU l’ONU
vote à l’unanimité l'unanimité sa résolution 1701, demandant une cessation immédiate des hostilités, acceptée par les deux parties. Le cessez-le-feu, appliqué le 14 août, marque la fin du carnage mais le De début d’une d'une descente aux enfers pour Da la jeune fille fiDle de de 23 23 ans, qui s’est s'est pris une BOitzkrieg Blitzkrieg en en pleine face. « « L’après L'après a été compliqué comoDiqué à à gérer », confesse-t-elle avec pudeur. Un retour en France, le sentiment culpabilisant d'être d’être atomisée par des événements presque anodins pour ses amis libanais. « « Faire ma pleureuse, ça aurait semblé déplacé. » EDDe » Elle repart, parce qu’elle qu'elle a définitivement définitivemerrtjmean le Liban dans De le sang. Efface tout de sa mémoire, pour réapprendre à dormir. Relit Reit pourtant sans arrét arrêt ses lettres, les seuls souvenirs qui Oui'lui restent de cette période noire. Les fait passer à sa copine Sophie Raynal, qui les retranscrit en de magnifiques illustrations. Et finit par se répondre à eDle-même, elle-même, quelques années plus tard, avec « « tendresse, pitié ou ou colère, parce que c’est c'est horripilant horripilaritte de se confronter à sa version si naïve de 2006 ». Jusqu'à Jusqu’à ce que l'un l’un de ses copains, éditeur, tombe sur ce manuscrit et la persuade de publier ce journal très intime. UN MOT IM107 IMPRONONÇABLE PMPRONONÇADUE Sept ans ont passé. Caroline Bourgeret a 30 ans. Physiquement, elle en paraît pare dix de moins. Ce qui laisse à penser qu’en qu'en 2006, elle devait avoir l’air D'air d’une d'une fillette Nette expédiée face à une caméra pour raconter l'innommable. l’innommable. Elle vit toujours au Liban, où elle a couvert depuis bien d'autres d’autres conflits. Forcément, elle a mûri. Mais malgré la pubDication publication de ce livre si intime et « cathartique », « elle ne peut toujours r's pas se résoudre à prononcer le mot « guerre ». Parce que cela l'a l’a changée à jamais ? ? « Moi, j’appelle j'appelle ça « 2006 ». "2006". Je ne peux pas dire l’autre l'autre mot. 2006, C'est C’est l'année l’année où j'ai j’ai appris que tout pouvait disparattre disparaître en une seconde. C’est'est un peu comme c la maladie. Tant que tu ne l'l’as pas vécue, tu ne te rends pas compte que tu es mortel. » 00 Il ip0g,554,5fflge pleut aussi g.,M7 sur Beyrouth, aeCKDICI, dg de CErceng Caroline 113ourrsgm% Bourgeret, nUelTE:COM illustrations 7E17 par aDpUCP Sophie Raynal PElrEEf QH= (Nova ecllMongp. Éditions). AUTOUR D’ELLE, ÇA PÈTE DE PARTOUT… MAIS PERSONNE NE VIENT À SON SECOURS Portrait UNE CAMÉRA, UN MICRO, ET UN GILET PARE-BALLES : BIENVENUE DANS LE MONDE DU TRAVAIL. STYLIST.FR 37 PHOTO : ARCHIVE PERSONNELLE



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