Stylist n°5 16 mai 2013
Stylist n°5 16 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de 16 mai 2013

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Timar

  • Format : (225 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 49,6 Mo

  • Dans ce numéro : Steven Spielberg... et s'il avait été une femme ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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H ollywood, année Zero Dark Thirty. H Depuis la sortie frilida, de son film sur la traque de Ben Laden, la réalisatrice Kathryn Bigelow n’a plus besoin qu’on rappelle le nom de son ex-mari (James Cameron) pour la présenter. La dernière séquence de son film est d’ailleurs une parfaite métaphore de la place des femmes dans le monde cruel du blockbuster. On voit le personnage de l’agent de la CIA, Maya (Jessica Chastain), quitter le Pakistan à bord d’un avion militaire américain étrangement déserté par ses soldats et ses officiels. Celle qui vient de débusquer l’ennemi public numéro 1 s’en va comme elle est arrivée, discrètement, sans tambour ni trompette. Un peu comme ces nombreuses réalisatrices qu’on laisse loin de l’artillerie lourde, isolées involontaires d’un univers où le mâle domine sans partage. Car au pays de Superman, Bigelow, première femme de l’histoire à remporter l’Oscar du meilleur réalisateur en 2010 (pour Démineurs, sorti en 2009), est un arbuste qui cache (mal) la forêt. Lors du Festival de Cannes 2012, l’absence de réalisatrices en lice pour la Palme d’Or a entraîné PHILIPPE DJIAN À la sortie, en août, de son livre Oh…, l’auteur de 37°2 le matin annonce son projet de vie : être un écrivain féministe. « J’ai envie de parler à la place d’une femme. » Et pour tracer le portrait de son héroïne, Djian brise le cliché qui veut que la femme soit douce et soumise. 24 STYLIST.FR CATHERINE HARDWICKE, RÉALISATRICE DU PREMIER VOLET DE TWILIGHT. une polémique suivie de très près aux États-Unis. Nombre de productrices, monteuses, scénaristes, cinéastes ont alors signé la pétition au titre explicite : Where are the women directors ? Mais l’écho de ce cri a-t-il été entendu sur les collines californiennes depuis ? Pas sûr. DES STUDIOS AVIDES DE MUSCLES D’après le rapport annuel réalisé par Martha M. Lauzen, directrice exécutive du Center for the Study of Women in Television & Film*, sur les 250 films les plus rentables du box-office américain, seulement 9% d’entre eux ont été réalisés par une femme. En consultant la liste des projets, on comprend qu’il n’y a aucune raison que ce micro-chiffre bouge d’un iota cette année. Interrogée sur ce marasme, l’universitaire en charge du rapport reste fataliste : « Cette situation reflète le monde de l’entreprise DANIEL COHN-BENDIT « Nous sommes tous des juifs allemands », revendiquaient les fans de Dany et de mai 68. Pour la Journée de la femme 2013, une photo du député européen en talons aiguille pour Marie Claire pousse à entonner : « Nous sommes tous des rousses à lunettes avec des talons rouges. ».1 ? (Iirle Vela ER MyBattle capta IMD6 Malin - The New York.. dans son ensemble. Dans cet univers, on pense encore qu’une femme n’est pas capable de gérer un gros budget. L’obsession, pour les dirigeants de studio, est de limiter au maximum les risques. Et, pour eux, engager une femme en est un. » Une logique qui rencontre toutefois quelques contradictions, car ces mêmes dirigeants n’hésitent pas, en revanche, à faire confiance à des hommes relativement inexpérimentés. « La Columbia a confié à Marc Webb, auteur d’un unique long-métrage (500 Jours ensemble), la réalisation de The Amazing Spider-Man. » Mathématiquement, plus le budget du film est élevé moins une réalisatrice a de chance de se retrouver à la tête du projet. Et quand elle décroche enfin VIVE LES « HOMEN » ! Passage en revue des hommes féministes… LANA WACHOWSKI Avant, le cadet de la fratrie Wachowski (les réalisateurs de Matrix) s’appelait Larry. Un jour, sans prévenir, il s’est transformé en Lana, femme à dreadlocks rouges. Sur le tournage de Cloud Atlas, le dernier opus du duo Wachowski, Tom Hanks les appelait « papa » et « maman ». ANGELINA JOLIE (QU’ON NE PRÉSENTE PLUS) ET JENNIFER YUH NELSON, RÉALISATRICE DE KUNG FU PANDA 2. AIMÉ JACQUET Il y a le surnom roots « Mémé » et la victoire de la coupe du monde 1998. Mais sait-on que l’ancien coach a aussi contribué à émanciper le football féminin ? Dès 2011, il exige que la Fédération dépense dix fois plus pour les filles et déclare : « À mon sens, la femme est l’avenir du football. » L’ÉQUIPE ZERO DARK THIRTY : JESSICA CHASTAIN, L’ACTRICE, MEGAN ELLISON, LA PRODUCTRICE ET KATHRYN BIGELOW, LA RÉALISATRICE. un contrat, la marge d’erreur est quasi nulle. Récemment, Patty Jenkins en a fait les frais. Applaudie pour son drame Monster – qui valut un Oscar à Charlize Theron en 2004 –, elle devait être la première femme à diriger un film de superhéros Marvel : Thor 2, le monde des ténèbres. Oui mais, finalement non. Pour expliquer ce rendez-vous manqué, le studio répond du bout des lèvres et préfère invoquer des « désaccords créatifs ». Bien sûr, personne n’ose affirmer que le sexe de Patty pourrait être la cause réelle de son éviction. Toutefois les raisons évoquées pour justifier cette séparation « à l’amiable » ont d’étranges relents machistes. Selon un membre proche de la production, la cinéaste, jugée trop lente, aurait eu du mal à prendre des décisions franches. Comprendre : on n’a pas retrouvé en elle l’image du leader-prédateurintraitable-qui-sait-dire-non, JAMES DEEN Son surnom, c’est « the feminist porn star », car dans ses filmsX, il va jusqu’à regarder ses partenaires dans les yeux. L’acteur a même planté un tournage : « Je devais punir les filles en les baisant violemment. C’était glauque. Le sexe n’est pas une punition, ni un instrument pour asservir ! » J.-V.C. PHOTOS : GETTY ; JUSTJARED.COM ; DR. ILLUSTRATION LÉONARD RONCIN
cliché tenace dans tous les milieux professionnels… Côté personnages principaux, même combat : si le héros est une femme, passe donc t ton chemin. Catherine Hardwicke – réalisatrice du premier volet de la saga Twilight – racontait cet été au magazine The Atlantic comment, depuis le succès de F Hunger Games (film d’action porté par l’actrice Jennifer Lawrence), ses collègues scénaristes se pressaient d’écrire des histoires avec des personnages féminins mais se voyaient systématiquement rembarrés par les patrons de studios toujours avides de muscles. L’actrice Michelle Rodriguez (Fast and Furious, Resident Evil…) a cerné le problème et a déclaré au site Purepeople : « Ce cinéma ne sait jamais quoi faire des femmes puissantes. En général, ils ont déjà un mec fort dans l’histoire, que faire de la fille qui l’est aussi ? Moi, je ne suis la petite amie de personne. Et je ne me déshabille pas. Alors je meurs. » LARA CROFT, FEMME AU FOYER Pour comprendre de l’intérieur ce mécanisme pervers, nous avons essayé d’interroger davantage de réalisatrices américaines. Seulement voilà, la DGA (Directors Guild of America), le puissant syndicat des réalisateurs US, nous a plantés, laissant tous nos messages sans réponse. « HOLLYWOOD EST CONTRÔLÉ PAR DES FINANCIERS QUI SE FOUTENT BIEN DE LA QUALITÉ DES FILMS » QUENTIN UNCHAINED. Il faut dire que critiquer le système revient à signer son arrêt de mort et la langue de bois est vraisemblablement celle que tout le monde parle couramment là-bas. Devant leur silence, nous avons réuni un maximum d’interviews données par les quelques femmes fortes du milieu et découvert avec effroi que nombre d’entre elles sont responsables de la pérennité de vilains clichés. En août 2011, l’incontournable hebdomadaire américain The Hollywood Reporter, crcran : titrait : « The i ne (Female) Directors », sous les visas visages radieux d’Angelina Jolie et de Jennifer Jei Yuh Nelson. À l’époque, l'époque, Jr Jolie venait de boucler son premier I, long-métrage en tant que réalisatrice, réalisatri, Au pays du sang et du miel, un drame brutal sans aucune star, sur fond de guerre en ex-Yougoslavie. Nelson, quant à elle, apportait son témoignage en qualité c de réalisatrice la plus rentable de l’histoire après avoir signé Kung Fu Panda 2. À l’intérieur l'intérieui du magazine, les deux femmes femrr parlaient chacune de leur exr expérience avec le ton policé propre au jeu de la promo. La journaliste osait toutefois cette question, un tantinet perfide, à A Angelina Jolie : « Mais comment comr bigre avez-vous trouvé le temps d’écrire votre scénario ? » ? » Curieuse interrogation à laquelle madame r Brad Pitt répondait sans détour : « J'écris « J’écris dès que je le peux, c’est-à-dire c'est-à généralement quand mes enfants dorment ou sont à l’école. Parfois, pendant l’écriture d’une scène horrible, j’entendais dans mon dos : « Maman, s’il te plaît, raconte-moi une histoire, je n’arrive pas à dormir ! » Alors je m’interrompais, et j’allais raconter des aventures de Jeannot Lapin. » Difficile de se battre pour l’égalité lorsque Lara Croft joue la Desperate Housewife (en omettant, le temps de l’interview, les quinze nounous prêtes à se battre pour devenir celle qui aura l’honneur de raconter les histoires de Lapinou à la meute Pitt-Jolie). À L’OUEST, RIEN DE NOUVEAU ! Pour Peter Biskind, ancien rédacteur en chef du Premiere U.S. et auteur du Nouvel Hollywood et de Sexe, Mensonges & Hollywood (éd. Le Cherche Midi), les femmes devraient se réjouir d’être tenues à l’écart des blockbusters : « Hollywood est contrôlé par des financiers qui se foutent bien de la qualité des films pourvu qu’ils soient rentables. Si je suis conscient de la gravité de ce sexisme, il n’y a aucun intérêt aujourd’hui pour une cinéaste à vouloir intégrer la machine. Le cinéma indépendant offre des possibilités plus intéressantes. » Difficile de lui donner tort. Et c’est d’ailleurs dans le cadre de festivals indies, comme Sundance, que se développe enfin la parité. C’est en marge que s’est organisé l’avènement d’une nouvelle génération, de Lisa Cholodenko (The L Word) à Kelly Reichardt (Wendy et Lucy). Laissons donc Hollywood à son farouche immobilisme et concentrons-nous sur le cinéma qui sait reconnaître le talent, quelque soit son sexe. * Auteure de The Celluloid Ceiling : Behind-the-Scenes Employment of Women in the Top 250 Films of 2012, éd. Université de San Diego. Cover Story TOP 5 DES FILMS DE RÉALISATRICES LES PLUS RENTABLES DE L’HISTOIRE Comédies romantiques ou films d’animation sinon rien ! 1 1 KUNG FU PANDA 2 de Jennifer Yuh Nelson (2011) 665,7 millions de dollars 2 MAMMA MIA ! de Phyllida Lloyd (2008) 609,8 millions de dollars 3 3 ALVIN ET LES CHIPMUNKS 2 de Betty Thomas (2009) 443,1 millions de dollars 4 TWILIGHT, CHAPITRE 1 FASCINATION de Catherine Hardwicke (2008) 392,6 millions de dollars 5 5 CE QUE VEULENT LES FEMMES 2 4 de Nancy Meyers (2001) 374,1 millions de dollars Recettes calculées sur l’exploitation du film dans le monde entier. Source : boxofficemojo.com STYLIST.FR 25



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