Stylist n°37 20 fév 2014
Stylist n°37 20 fév 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°37 de 20 fév 2014

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Timar

  • Format : (225 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 21,6 Mo

  • Dans ce numéro : ne demandez pas la tête de toutes les princesses.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Réenchanter le présent Mais qu’est ce que cette étourdie de Cendrillon, ou cette perverse de Peau d’âne avec sa bête morte sur le dos ont à nous apprendre sur notre époque ? La figure de la princesse, idéal universel de la femme au foyer plan-plan, a-t-elle encore de l’avenir en ces temps de Femen et de Pussy Riot ? A priori oui, parce qu’elle est tenace : « Bien éduquée, gracieuse, la princesse représente la femme dans sa forme virginale, décrit l’anthropologue Catherine Monnot 1. Cette figure de la féminité présentée aux petites filles à travers l’imaginaire des contes n’a jamais vraiment quitté le paysage. » D’ailleurs, quand Disney, grand pourvoyeur de féérie, a essayé de s’en affranchir, la révolution a fait long feu. Il y a deux ans, le studio annonce sa volonté de renoncer aux héroïnes de lignée royale, une vieille habitude qui remontait à 1936, avec la sortie de Blanche Neige. Son directeur, John Lasseter, promet d’en finir avec l’adaptation des contes de fées. Loupé. Dans leur dernier film d’animation La Reine de neiges, paru fin 2013, on ne retrouve pas une, mais deux princesses aux longs cheveux blonds et aux yeux de biche. Un double mea culpa en somme. « Dans une société en pleine crise des valeurs, on comprend facilement le besoin de se tourner vers ces histoires de l’enfance, explique le spécialiste des tendances Thomas Jamet 2. Le conte de fée nous permet de transcender une société speed et éphémère. » Dans son ailleurs intemporel (il était une fois), avec ses lieux communs (la forêt, le château, le village), la princesse donne un peu de magie à nos angoisses contemporaines. Mieux, contre les chaos de l’hyper-démocratie, le retour en grâce de ces souveraines a quelque chose de fondamentalement politique : « Nous vivons dans une société du sondage permanent. En période de crise, la monarchie incarne la stabilité. Pour les Anglais, la reine ce n’est pas que les tenues et le carrosse. C’est un phare dans la nuit », explique, depuis Londres, Franck Guillory 3. Et comme pour tout come-back réussi, les princesses modernes n’hésitent pas élargir un peu leur répertoire afin de continuer à prendre la lumière. Classiques dans la littérature jeunesse, avec des succès d’édition comme Les Colombes du Roi-Soleil (Flammarion) où l’on croise de jolies héritières et autres collerettes de l’Ancien Régime, elles se font populaires à l’extrême dans La Belle et ses Princes presque charmants sur W9, conte de fée cathodique cheap et gênant où des versions plantureuses d’Aurore attendent un prince charmant – qui a troqué son cheval blanc pour une Renault tunée. On en retrouve même une version coquine dans la littérature pour mémères avec la figure 28 STYLIST.fr Beyoncé en marquise pour le vogue US kate Middleton et le prince william rebelle zahia d’Anastasia dans Cinquante nuances de Grey, qui reprend tous les codes du genre à ceci près que la jeune vierge effarouchée devient une cendrillon porn aux côtés de son prince S.M.. Mais la meilleure illustration de la permanence du pouvoir de séduction de la prétendante au trône se trouve encore dans la presse people, avec l’inépuisable phénomène Kate Middleton. Depuis son mariage avec le prince William en avril 2011, chacune des apparitions de cette héroïne à la Perrault est commentée, ses tenues décortiquées et imitées. Des écoles proposent même, pour la modique somme de 3000 € la semaine, d’apprendre aux petites filles entre 8 et 11 ans à devenir Kate Middleton. « Kate, c’est la marque parfaite : sophistiquée et accessible, commente le journaliste Franck Guillory. Son histoire avec le prince William convient parfaitement à notre époque en quête de réenchantement : celle d’une roturière qui charme un prince avec qui elle aura beaucoup d’enfants. » En plein délire cathartique, trois milliards de téléspectateurs ont suivi le mariage princier afin de se persuader, quelques heures durant, que les contes de fées sont encore possibles entre deux Snapchat. Si les petites filles ont toujours adoré jouer à la princesse, les jeunes adultes d’aujourd’hui ne se gênent pas pour prolonger le plaisir à leur manière. La princesse et son conte de fée sont passés du divertissement familial à un véritable art de vivre. Outre les reproductions de mariages royaux (après des années de mariées bohèmes aux pieds nus et aux fleurs dans les cheveux, la tendance 2014 réintroduit les robes meringues), les après-midi cupcakes au salon de thé, ateliers macarons, enterrement de vie de jeune fille et baby shower sont les nouveaux avatars de la royalisation du quotidien. Une esthétique princière que l’on retrouve jusque sur les catwalk. Lors des dernières Fashion Weeks, les modèles Valentino défilent couronnées de tiares et chez Chanel, Cara Delevingne clôt le show dans une robe blanche scintillante, des sneakers brodées de strass pour toute pantoufle de vair. Le prêt-à-porter, aussi, regorge de diadèmes et fait la part belle aux jupes longues et vaporeuses. princesse power De quoi donner des envies d’incendie de soutiens-gorge aux féministes qui ont passé leur vie à essayer de tourner le dos à cette atmosphère de maison de poupée dans laquelle la société essayait de les confiner. Mais inutile d’immoler votre push-up, car la nouvelle princesse n’est pas si réac que ça. Le retour à cet idéal pur et précieux, est avant tout une réaction à trop de Nabilla, de Zahia, trop de vide. Promues par la société du vedettariat et de la célébrité éphémère, les vraies princesses des années 2000 sont cathodiques. « La représentation du merveilleux, issue de la presse people, s’est substituée à celles des contes d’antan, argent et spectacle devenant les baguettes magiques des princesses fabriquées, élues et déchues », écrit l’écrivain et philosophe Pierre Péju 4. Les contes de fée modernes se jouent sur le bitume rex features ; disney ; sonny ; dr
et devant les caméras. Il n’est plus question pour les jeunes filles de devenir la plus belle du pays, mais d’être la plus sexy du petit écran. Une mise en scène qui interpelle Fatima Aït Bounoua, écrivain et prof de lettres, qui interroge cette régression tout acidulée. « Quand les médias présentent l’histoire de Zahia comme « conte de fée moderne », quand des docus la montrent telle une Marie-Antoinette, ils valorisent ces représentations auprès des jeunes filles. On a tous aimé Pretty Woman. « inutile d’immoler votre push-up, la nouvelle princesse n’est pas si réac que ça » Mais le résultat, c’est que les filles ne rêvent plus d’être princesse mais Zahia, avec ses sacs, ses tenues et son palace. » Abandonnant Images du Monde et Point de vue qu’elles volaient à leurs mères, les jeunes filles s’évadent aujourd’hui dans Oops ! et Closer Teen, où la figure surannée de la princesse douce et élégante se fait rare. Pour la princesse Hermine de Clermont-Tonnerre, issue de l’une des plus grandes familles aristo d’Europe (et star du petit écran), c’est l’omniprésence de ces modèles légèrement vulgaires qui explique le regain de la tendance Léa seydoux dans la belle et la bête lily collins dans blanche neige protocolaire. Même l’Éducation nationale ou la RATP proposent désormais des codes de bonnes manières à destination des écoliers et usagers polissons. « On assiste à un retour du romantisme, de la politesse, comme le montre la multiplication des émissions de décoration, de tables. Ça fait quarante ans que les parents n’inculquent plus comment se tenir à leurs enfants », explique à Stylist celle qui a écrit des manuels de bonnes manières et professe dans des écoles pour aider les cadres à savoir se tenir. Pour cette « fille de… », l’image de la princesse n’est plus aussi guindée que par le passé. « Je sais changer une roue mais je ne dis pas non à ce qu’on le fasse pour moi. Je bosse mais j’aime qu’on me tienne la porte. La princesse sait se tenir, ça ne l’empêche pas d’être rock. » Et c’est ça la bonne nouvelle : Blanche Neige revient, mais elle revient de rehab. Elle a fait ses classes dans le monde réel et c’est toute vêtue de post-modernité qu’elle se présente à nous. Thomas Jamet, confirme : « Avant les mythologies classiques, la femme a toujours été dominante. Aujourd’hui, on assiste au retour de l’image de la princesse parce que la femme, à travers cette figure royale, reprend sa supériorité dans notre imaginaire. » Pour Thomas Jamet, les féministes se sont peut-être trompées de cible en s’attaquant aux héroïnes Disney, car la princesse est en réalité « une icône indépassable et respectée, qui représente à la fois la féminité absolue, mais aussi le pouvoir. » Loin de l’image passive et attentiste d’une Belle au bois dormant, elle est aujourd’hui remixée au blender 2014. Casse-cou dans Rebelle, le film d’animation de Disney et « independant woman » dans la Reine des glaces, où une femme accède au trône quand le prince charmant n’est qu’un anti-héros un peu bourru. Impossible d’échapper au parallèle avec le girl power. En effet, le retour à cette féminité puissante s’incarne aussi dans l’ère des princesses pop, de Rihanna à Lady Gaga en passant par Beyoncé. « L’éclat de la princesse actuelle n’est plus celui, passif, dont le symbole était un cercueil-vitrine de la beauté d’une Blanche Neige, réduite à son apparence. La princesse nouvelle est merveilleuse et active. Elle réalise sa liberté et son autonomie », explique Pierre Péju. À l’ère du selfie compulsif, la princesse sait, au contraire, vivre son époque avec majesté. 1. Petites Filles d’aujourd’hui, l’apprentissage de la féminité (Autrement). 2. Ren@issance mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale (F.Bourin). 3. Kate Middleton, reine du XXI e siècle (Jacov Duvernet). 4. Les Princes, les Princesses et le sexe des anges (Eres). Cover Story Scandaleuses ! L’infante Cristina Dans la salle d’audition dominée par un portrait de son père, Cristina, 48 ans, répondait, début février, aux accusations de fraude fiscale. La cadette du roi d’Espagne est soupçonnée d’avoir coopéré avec son champion olympique de mari, suspecté d’avoir détourné 6 millions d’euros d’argent public. Maha Al-Sudaïri L’ancienne épouse (répudiée) du prince héritier d’Arabie Saoudite est bien connue des maisons de luxe parisiennes qu’elle a dévalisées pendant dix ans, sans régler des ardoises monumentales. Montant : 1,5 million d’euros. Margaret Sœur cadette de la reine, Margaret fait partie de la jet-set londonienne, cible privilégiée des paparazzis dans les années 60. Plus branchée clubs que salons de thé, on lui prête de nombreux excès (drogue, sexe et relations homosexuelles). STYLIST.fr 29



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