Stylist n°27 28 nov 2013
Stylist n°27 28 nov 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de 28 nov 2013

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Timar

  • Format : (225 x 297) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 36,5 Mo

  • Dans ce numéro : un sac qui porterait les courses et six autres idées révolutionnaires qui n'ont pas encore vu le jour.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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PLACARDS MULTIPLES Évidemment, tout le monde n’a pas de secrets aussi croustillants que les cinglés en toge qui passent leurs week-ends à éventrer des biches en forêt. Mais la plupart d’entre nous se trouvent un jour confronté à la question du coming out. Parce qu’on ressent quelque chose avec suffisamment de force pour avoir envie de l’assumer face aux autres, peu importe qu’ils comprennent ou approuvent. « Beaucoup de tabous ont sauté ces dernières années, analyse la sociologue de l’imaginaire Émilie Coutant. On renoue avec ce que la société moderne a tenté de gommer. Pendant des décennies, les individus se sont définis uniquement par leur âge, leur sexe et leur classe sociale. Tout ça est en train de changer. On avait enfermé des identités qui fourmillaient en nous et maintenant, ça peut ressortir. » Et pour cela, il n’y a pas 36 solutions, il faut en parler. Les gays connaissent bien ce moment où leur orientation amoureuse ne peut plus rester un secret. Où il leur faut quitter le placard tapissé de honte pour se construire. Corinne, convertie à l’Islam il y a dix ans, a ainsi goûté le frisson de l’annonce quand elle a décidé de le dire à ses parents : « Depuis six ans, je faisais le ramadan en cachette et je mentais pour ne pas aller courir avec ma mère le week-end, pendant que je jeûnais. Puis une année, je n’avais plus de mensonge sous le coude, et ma cousine, qui venait à peine de se convertir elle aussi, l’a dit à sa mère. Je me suis dit « merde », il est temps. J’ai beau être proche de mes parents, j’avais peur. Ils sont très ouverts, mais la religion, ils ne comprennent pas. Je me suis assise sur leur canapé, j’avais des trémolos dans la voix. J’ai dit : « Je ne pourrai pas aller courir samedi, je vais faire le ramadan. » Silence total. Mon père a fait semblant de s’en foutre. Ma mère a fini par me dire « Je ne comprends pas, mais tu fais ce que tu veux. » Je me sentais soulagée, même si je redoutais de les avoir déçus. » Corinne ne craignait pas de se faire jeter à la rue, ou renier par les siens, elle avait besoin de partager sa croyance avec sa famille pour ne pas avoir à refouler cette partie d’elle-même avec ses proches. DU PLACARD À LA CASE Dans les années 90, quand un ami vous disait gravement : « Il faut que je t’avoue un truc », on savait à peu près à quoi s’attendre. Soit il était gay, soit il était amoureux de vous. Mais le plus souvent, c’était la première hypothèse. 46 STYLIST.fr Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’avouer – parce que nous ne sommes plus coupables de nos choix – mais de faire exister ce que nous sommes dans l’espace public. Deux décennies d’Oprah Winfrey et l’avènement de la téléréalité ont libéré la parole. Et la multiplicité de nos déterminations : « Il n’y a plus qu’une seule manière d’être un homme ou une femme, analyse Émilie Coutant. L’idéal moderne avait instauré l’individu en valeur centrale ; avec la postmodernité c’est la personne qui prédomine. » Une personne à l’identité plus complexe, capable de jongler avec les différentes facettes de son moi comme autant de masques que l’on peut porter au grand jour. Les masques, Samuel connaît bien : « J’ai l’impression de passer ma vie à faire des coming out, raconte le jeune garçon. Non seulement je suis le fils de quelqu’un de très célèbre mais je suis aussi gay, daltonien et marathonien. Quand je rencontre quelqu’un pour la première fois, je sais que je vais devoir parler de ces différents aspects de ma personnalité et que ce sera l’objet de discussions. Et qu’il y aura un avant et un après : les gens me définiront à travers tel ou tel truc. Je serai leur copain gay, ou le fils de, ou celui qui se drogue à la course, ou « tu sais, je t’en ai parlé, le daltonien » … C’est comme si ça rassurait les gens de pouvoir mettre les autres dans une boîte, ça leur évite de penser les individus dans leur complexité. » Pour Paul Parant, auteur en 2012 d’Osez faire votre coming out, (éd. La Musardine) ces révélations intimes sont des « coming out light » : « Il ne faut pas émousser le sens originel du coming out LGBT. Ces révélations sur soi n’ont pas la même intensité, c’est rarement aussi intime et largement moins risqué. Mais la démarche, celle de l’affirmation de soi, est la même. Pour sortir du placard, il faut un certain courage, être suffisamment solide avec ses choix, avoir bien réfléchi avant de se lancer pour être capable de répondre aux questions des autres. » Lui-même gay, Paul a dû affronter une deuxième « Je suis aussi gay, daltonien et marathonien » sortie du placard lorsqu’il a annoncé à ses parents qu’il était végétarien : « Ils ont eu les mêmes réactions que pour mon premier coming out, ils ne comprenaient pas pourquoi j’étais comme ça, ils ont pensé que c’était une phase… » Chez les végétariens, la question du coming out est très présente. Et l’expression est fréquemment utilisée sur les forums, parce que ne pas manger comme tout le monde déclenche souvent une certaine hostilité. Pour Olivier, « devenir végétarien quand on a grandi dans une famille omnivore, c’est remettre en question un aspect de son éducation ». Mais ce sont surtout les a priori liés à ses pratiques alimentaires qui lui rappellent la violence de ceux qui accablent les homos. « Les préjugés du monde straight envers les végétariens tournent toujours autour du fait que sans viande, on n’a pas de force, qu’on est plus faible, et donc plus féminin. Exactement comme quand on est gay. La viande, c’est vraiment le symbole de l’homme hétérosexuel, du chasseur. Je pense que tout le monde a entendu « Je dois prendre des forces » pour justifier un steak tartare au restau. Quand on explique qu’on ne mange pas de poisson non plus, on devient carrément bizarre.
Et le « bizarre » c’est l’apanage de la minorité. Pour les autres, c’est plutôt : « moi je suis normal, je mange normalement. » Les carnivores considèrent qu’on ne doit pas toucher à « l’ordre naturel » qui voudrait que depuis toujours, on mange des animaux. » DIFFÉRENT = LOUCHE Car faire un coming out, quel qu’il soit, c’est révéler une différence. Donc faire un pas de côté, s’éloigner de la norme de son milieu. Pour Louis-Georges Tin, militant de la lutte contre l’homophobie et le racisme, et qui a dirigé en 2012 la rédaction du Pacte pour l’égalité et la diversité, le pays des droits de l’Homme n’est pas le meilleur endroit pour assumer ses disparités : « La France est la société européenne la plus centralisée. Un mouvement d’assimilation qui a commencé avec les Capétiens. Pas question d’être différent, c’est un processus ancien. C’est pour ça que notre pays a tant de mal à admettre le multiculturalisme. Même si aujourd’hui, ça craque de tous les côtés. » Corinne, par exemple, qui a fait son coming out musulman en famille, hésite à parler de ses croyances au travail. « En général, les gens ne s’aperçoivent même pas que je fais le ramadan. Ce qu’ils remarquent tout de suite, c’est quand tu ne bois pas pendant les pots. Et je n’ai pas envie de mentir. Mais je redoute d’en parler, parce que je ne veux pas devenir la caution musulmane du bureau, qu’on me soupçonne en permanence de collusion avec l’Islam de France, ou carrément d’être islamiste. Je n’ai pas envie d’être étiquetée, surtout sur un truc aussi perso. » C’est toute la difficulté du coming out : une fois que vous êtes dehors, tout le monde vous voit. Et plus le choix est complexe, plus il est compliqué à justifier. C’est pour ça qu’Élisabeth préfère parfois prêter le flanc aux idées reçues que de s’embarquer dans une laborieuse explication de son Je suis nudiste mais j'ai froid. « Je n’ai pas envie d’être étiquetée, surtout sur un truc aussi perso » choix de ne plus boire d’alcool : « J’ai décidé de ne plus laisser passer la moindre goutte d’alcool dans mon sang il y a plus de deux ans. J’avais la résistance d’un bébé chat et au bout de deux verres, je me transformais en gremlin. Je suis contente de cette décision. Mais encore faut-il l'assumer. En soirée, arrive toujours un moment où tu dois t’expliquer. Généralement, ça se passe en deux phases. Étape 1 : « Ah super, tu attends un heureux événement ! ». Et là tu t’empresses d’allumer trois clopes et un joint pour détromper ton interlocuteur qui projette déjà sur toi ses désirs de reproduction. Passée sa déception, il faut affronter l’étape 2 : les regards soupçonneux et condescendants, ceux qui t’identifient comme une ancienne poivrote pathétique ou une rabat-joie sectaire. De temps en temps, pour m’épargner de longues séances d’interrogatoire du style « même pas un verre ? Et ça ne te manque pas ? », je dis que je me suis convertie à l’islam et on me laisse tranquille. » Ironique, n’est-ce pas ? Mais parfois, il est impossible de louvoyer, et le coming out prend des allures de « ça passe ou ça casse ». En pleine campagne présidentielle de 2007, la France s’affronte à coups de Ségolène contre Nicolas. Et pour Julie, c’est Nicolas. Un choix inattendu puisque ses parents sont militants au PS depuis toujours et que parmi ses amis, Sarkozy est perçu comme le fils taré de Pinochet. « Je me sentais de plus en plus mal dans les dîners, j’avais l’impression d’être dans les pages Rebonds de Libé. J’ai fini par craquer et j’ai dit à mes parents que j’allais voter pour Sarko. Ma mère a fondu en larmes et depuis, mon père me traite comme si j’avais un retard mental. » Pire, la plupart de ses amis refusent de lui parler. « Il faut se souvenir du climat à l’époque, certaines de mes connaissances m’ont insultée sur Facebook. Désormais, je fais super attention avant de dire à quelqu’un que je suis de droite, j’attends de le connaître assez bien. Même s’il est certain que la puissance subversive de mes opinions a diminué en un quinquennat. Il est plus simple d’être de droite en 2013 qu’en 2007. » Preuve qu’en termes de coming out comme en matière de style, les règles fluctuent d’un cercle à un autre, d’une époque à la suivante. « À l’origine, l’expression désignait la cérémonie lors de laquelle les filles de la bonne société américaine faisaient leur entrée dans le monde, nous rappelle Louis-Georges Tin. Dans cette société très traditionnelle, les jeunes filles vierges ne devaient pas être montrées. » Dis-moi ceux que la société met au placard, je te dirai comment elle va. 1 3 Confessions (pas très) intimes Trois coming out qui ont fait flop. Trop taRD : Aux derniers Golden Globes, Jodie Foster, récompensée pour l’ensemble de sa carrière, fait son coming out en direct. Sauf que tout le monde est au courant. Pile un an avant, au même micro, le scénariste Ricky Gervais se moquait : « Je n’ai pas vu son « Beaver » (Castor en VF, titre du film de l’actrice, qui signifie aussi « minou » en argot). J’ai discuté avec pas mal de mecs et visiblement eux non plus ne l’ont pas vu. » OMG. On s’en FOUT : Mère Vertu régnant en gourou healthy sur les hauteurs d’Hollywood, l’actrice Gwyneth Paltrow nous gratifie parfois de déclarations qui font l’effet d’un pétard mouillé mais qui, selon elle, lui confèrent l’aura d’une fille « normale ». Comme lorsqu’en avril dernier sur le plateau d’Ellen DeGeneres elle avouait s’épiler rarement l’entrejambe. « Disons qu’en bas, je me la joue plutôt 70’s. » OSEF. Fallait pas : Dans le Vanity Fair d’octobre, Mia Farrow balance que le vrai père de son fils Ronan qu’elle a eu avec Woody Allen est en fait… Frank Sinatra. Même lui n’a pas eu l’air étonné. Il faut dire qu’à le voir, ya pas photo. YOLO. 2 Enquête STYLIST.fr 47 photos : Robin Lynne Gibson/getty IMAGES ; Rex FEATURES



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