Stylist n°19 26 sep 2013
Stylist n°19 26 sep 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de 26 sep 2013

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Timar

  • Format : (225 x 297) mm

  • Nombre de pages : 62

  • Taille du fichier PDF : 40,7 Mo

  • Dans ce numéro : Guillaume Henry, l'homme de Carven, rhabille Stylist.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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44 STYLIST.FR UN TRAVAIL D’ÉQUIPE. LABORATOIRE DE COULEURS LE DRESSING VINTAGE DE DREW BARRYMORE REVISITÉ CONSULTER L’HOMME DE L’OMBRE Retour aux essayages. Pour expliquer aux stylistes un chaloupé indispensable au travail de patronage, il bouge les épaules comme un danseur de l’émission Soul Train. Un certain Benoît et son ombre à la Nosferatu marmonnent des suggestions dans un coin de la pièce. Guillaume l’écoute attentivement et le prévient : « J’ai peur que tu trouves que ça fasse paysanne », avant que Suzy sorte de sa cabine avec une robe à la fois éthérée et cow-girl, plissée et vichy. Mais qui est ce Benoît qui pourrait faire plier les désirs de Guillaume ? Un styliste qui officie comme consultant pour la marque. « Je bosse pour des magazines. Je sais où doit aller Carven. Guillaume commence la collection dans sa tête, puis c’est un ping-pong d’idées. Il apporte les ingrédients, je l’aide à les marier. Je ne vais pas lui dire « Cette saison c’est bleu et imprimés à pois ! » Mon rôle est d’éditer les looks pour le défilé. Pour délivrer le bon message à la presse, il faut être précis. Et puis il n’y a pas de conflit d’ego avec Guillaume, c’est très fluide. » Pendant ce temps, on raccourcit la jupe. Tout peut changer jusqu’au dernier moment, dans les backstages du Grand Palais, le matin du 26 septembre. LA COLLECTION VUE PAR GUILLAUME HENRY LE FLOUTAGE : L’ART DE MANIER LES MATIÈRES FLUIDES. « J’AVAIS ENVIE D’UNE TENSION NERVEUSE 1990’S. À CETTE ÉPOQUE, IL Y AVAIT UNE VRAIE LIBERTÉ AU NIVEAU DES COULEURS » « C’est un vestiaire élégant pour aller en free party. » « Je voulais un été très caniculaire, très frais, camouflage est dévoré dans une broderie très mais sans tomber dans le romantisme délicate. C’est un peu comme un vestiaire pour trop mielleux parce qu’on aime bien chez Carven aller dans une free party ou un festival, mais avoir toujours une forme de dualité. J’avais super élégant. Ça raconte aussi l’insouciance envie d’une tension nerveuse un peu 1990’s. et l’ennui des jeunes deL.A.. J’imagine À cette époque il y avait une vraie liberté une bande de filles au bord d’une piste de skate. au niveau des couleurs, il n’y avait pas de tabou On mélange le vichy à la gaine, car à l’époque d’associations. Je voulais revenir à ça et au trip on n’avait aucun complexe à montrer sa lingerie Buffalo. Pour les broderies cow-boy, on est techno par-dessus ses robes en Liberty. C’est partis d’une archive Carven, en forme de bélier, une association d’idées qui ne doit pas raconter traitée ici de façon plus urbaine. L’imprimé les années 1990, mais Carven été 2014. »
photos : BERTRAND DESPREz/agence VU traîner dans l’atelier Le quatrième jour, Cyril m’accompagne au premier étage de Carven, direction l’atelier. Je plaisante sur les expressions utilisées par Guillaume pendant le rendez-vous déco. « Sa lumière zénithale, ce n’est pas un concept flou ou fumeux de diva de la couture, me coupe Cyril. Parce qu’il a une idée tellement précise et arrêtée, et qu’à deux watts près, sa lumière ne sera plus zénithale du tout. » Alexia, la chef de l’atelier, cesse de superviser l’équipe qui s’occupe des patrons digitalisés et vient à notre rencontre dans cette pièce exiguë où le temps semble s’être suspendu, contrairement à celles avec machines à coudre et autres appareils bruyants sur lesquels il ne vaut mieux pas laisser traîner ses doigts. « Il va te dire, le volume doit être gourmand, ou alors il dit : « le volume doit être pffff », en gonflant ses joues et en exécutant des gestes précis avec ses mains, raconte-elle. On se parle en code, c’est presque de la télépathie. C’est une manière littéraire d’aborder des codes mathématiques. » Le secret du succès de Carven réside donc dans l’échange optimal entre les hémisphères gauche et droit du cerveau de Guillaume. La découverte de l’atelier se poursuit, et j’ai l’impression d’être en visite présidentielle, tant les employés ont l’air de faire du zèle. En fait, ils sont simplement heureux de travailler. Comme aux essayages, l’ambiance est détendue, les blagues fusent. Pourtant, les horaires pourraient alerter l’inspection du travail. Un mois avant le défilé, c’est 8 h 30-23 heures, week-ends inclus. « On ne peut pas faire un travail aussi précis en peu d’heures, tempère Alexia. Quand l’étau se resserre, on est tendus mais nous sommes soudés parce qu’on est tous fiers du travail fourni. Si on n’aime pas bosser dur, on n’a pas sa place chez Carven. » Cyril acquiesce : « C’est la force de Guillaume. Comme il sait faire des vêtements, il faut que tout le monde autour de lui sache faire des vêtements. Il sait les construire, en parler, les toucher, les mettre en volume. » Alexia reprend : « Il envisage tout sans rien oublier et rend lisibles les croquis pour les gens de l’atelier. Ce n’est pas : je fais un dessin, je te le balance et démerde-toi. » Même si au moment de son recrutement, Guillaume Henry était en phase avec Henri Sebaoun sur le positionnement de la marque, « pas de haute couture. Mais des robes » (dixit Guillaume), l’atelier a conservé l’art et la manière de travailler d’une grande maison. Sophie, qui s’occupe des matières floues, sort la tête de son bout de tissu pour intervenir, et témoigne : « Parce que Guillaume est un technicien, nous avons redonné ses lettres de noblesse au jersey, matière considérée cheap. » À la coupe, deux employés passent plus de quatre heures par pièce pour placer les motifs et faire les raccords de rayures. « Il faut que toutes les rayures soient parallèles au sol car Guillaume est très géométrique », détaille Alexia. Au studio, situé au deuxième étage, Emmanuelle, la responsable en R&D, développe encore les broderies à deux semaines du show : « On innove avec des développements exclusifs de matières, comme cette soie polyester, pour rester dans la gamme de prix abordables propre à Carven. On n’a rien à envier aux maisons de haute couture, on travaille de la même façon. » Garder l’esprit libre Cover Story la broderie de la robe qui va fâcher mon banquier. Avant de partir, je jette un dernier coup d’œil sur le portant où attendent passivement toutes les pièces de la collection : du Liberty, des couleurs vives, des pantalons camouflage, de la broderie, des rayures. L’esprit 1990’s aurait-il été validé par la fondatrice de Carven, Madame Carmen de Tommaso, aujourd’hui âgée de 104 ans ? « C’est dingue, mais il y a dix ans, Guillaume avait remporté le concours organisé par l’association Grog-Carven qui récompense le meilleur élève de toutes les écoles de mode parisiennes. Madame Carven lui avait dit : « Je serai votre marraine dans le métier » , confie Cyril qui ajoute que Guillaume est plus inspiré par la personnalité de la fondatrice que par ses collections. Un petit bout de femme qui décide de créer sa marque car elle n’arrivait pas à s’habiller. Au lieu de prendre des matières nobles, elle a pris du coton parce que c’était l’après-guerre et qu’il n’y avait rien. Elle pilotait ses avions, elle était complètement émancipée et à l’époque, elle s’en foutait de ce qu’on pensait d’elle. Elle savait qu’elle n’était pas Dior ou Balenciaga et ça fonctionnait car toute une frange de Françaises était en phase avec sa vision. » Soixante ans plus tard, l’histoire se répète… Il est presque 21 heures, je quitte la maison Carven, complètement lessivée d’avoir observé pendant une semaine ce travail de fourmi. Je n’ouvrirai pas un Tumblr tout de suite pour être prise en photo lookée sur le pont des Arts, mais en attendant, je m’arrête pour manger une grosse crêpe au Nutella. Qui dégouline sur mon top. Fort heureusement, ce n’est pas un Carven. STYLIST.fr 45



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