Stylist n°145 1er sep 2016
Stylist n°145 1er sep 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°145 de 1er sep 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Timar

  • Format : (225 x 297) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 83,2 Mo

  • Dans ce numéro : tout sur la mode.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Story dans la boutique de la pionnière Luisa Jaquin, une sélection haut de gamme et rigoureuse, ses descendants ayant hérité de son courage d’assumer des choix esthétiques arbitraires. « Elle m’a appris que la mode est comme un match de foot, explique avec une métaphore typiquement italienne Andrea Panconesi, le petit-fils de Luisa et actuel PDG de l’enseigne, devenu l’un des rares empires de la mode capables de défier les capitaux asiatiques. Quand on évalue les collections pour sélectionner les pièces à proposer à la vente, on s’appuie sur un jugement qui est par nature très partial. Il faut savoir accepter la controverse, tout en restant confiant vis-à-vis de ses choix. » Depuis longtemps, la boutique ne ressemble plus à celle choisie comme siège par Luisa en 1930. Libérée de ses airs de bric-à-brac, elle a fait peau neuve dans une robe futuriste en verre et acier qui rappelle aux visiteurs le succès de son site marchand, Luisa Via Roma, lancé en 2000, devenu en quelques saisons le plus important e-shop européen dédié au luxe. CELLE QUI PORTE LE CHAPEAU Pour retrouver la graine qui a permis à ce florissant business d’éclore, on doit remonter à la fin du XIX e siècle, quand Luisa Jaquin voit le jour à Paris. Si sa jeunesse reste nimbée d’un mystère que la mémoire familiale n’arrive plus à percer, on sait pourtant qu’elle s’installe à côté de la porte Saint-Martin pour travailler comme modiste de chapeaux, à la même époque que l’une de ses contemporaines les plus célèbres, Coco Chanel, elle aussi débutante dans le métier. À l’époque, Paris dicte la tendance et les modistes travaillent dans l’ombre à côté des grands couturiers. La clientèle ne manque pas : les seules femmes à sortir « en cheveux » sont les ouvrières. Pour les autres, le chapeau est un accessoire indispensable. Les modèles de Luisa se vissent sur les têtes de la haute, et elle va régulièrement admirer le travail de ses collègues lors des événements mondains les plus courus. Son destin l’attend un jour de printemps à l’hippodrome de Longchamp. Dans la foule, un Italien guette cette femme élégante qui se désintéresse totalement du sort des chevaux. Il s’appelle Fortunato Andrei et travaille aussi dans les chapeaux, à Florence, où il fabrique des jolis modèles avec la paille réputée de la région. C’est le coup de foudre : les deux chapeliers se « Pour le gamin que j’étais, ma grand-mère dégageait quelque chose de magique » marient rapidement et leur seul enfant, Olga, naît en 1908. Ce que Luisa ne sait pas encore, c’est que Fortunato est un joueur compulsif. « À la fin d’un enchaînement de paris ratés, il n’avait même plus de quoi payer ses dettes », confirme Andrea Panconesi. Fortunato décide alors de rentrer à Florence avec Luisa et sa fille, qu’il laisse chez ses parents avant d’aller chercher fortune dans le pays qui semblait le plus à même d’aider les Italiens fauchés : l’Argentine. Terre d’exil pour ses compatriotes sans le sou, l’Amérique du Sud accueille à cette époque une population de migrants au profil semblable à celui de Fortunato : artisans, entrepreneurs et téméraires. Attendant des nouvelles qui n’arrivent pas, Luisa apprend l’italien. Au bout de deux années à jouer les Pénélope, elle se rend à Gênes et prend un paquebot pour Buenos Aires. « C’était tout elle : une femme indépendante, capable de remuer ciel et terre pour atteindre ses objectifs », affirme Andrea, admiratif. LE CHOIX DES ARMES Contre toute attente, Luisa finira par retrouver son mari au rez-de-chaussée d’une maisonnette où il vend des chapeaux, un commerce qui lui a valu une notoriété discrète et lui a permis de renflouer les caisses. Le couple reste dans la capitale argentine quelques années avant de revenir à Florence, où Luisa décide d’ouvrir en 1930 la fameuse boutique de la Via Roma, devenue rapidement le repaire d’une clientèle habituée à « changer de couvre-chef au moins trois fois par jour : le matin, à l’heure du thé et le soir, observe Andrea. Mais ma grand-mère avait d’autres idées en tête, elle avait un réel esprit entrepreneurial, une vision, des valeurs… » Cependant, les projets de Luisa se cognent contre l’Histoire : alors que sa fille Olga vient de se marier, la guerre éclate et Florence voit débarquer une armée de volontaires chargés de protéger les monuments historiques des possibles ravages des bombardements. Les statues sont enveloppées dans des sacs de sable ou des cages en fer, les églises sont scellées et enfermées dans des armures bétonnées, leurs précieux vitraux retirés et cachés à la campagne. Pour Luisa, la mode devient un geste de résistance ; elle décide de ne pas fermer les volets de la boutique de la Via Roma pour continuer à égayer les centaines de femmes qui ont vu partir leur époux au front. C’est donc dans une ville ravagée, où tous les ponts ont été détruits par les Allemands en fuite, qu’elle décide de proposer à la vente des robes du soir produites sur mesure dans un petit atelier de couture créé de toutes pièces, mais aussi des vêtements et de la lingerie qu’elle sélectionne soigneusement auprès des couturiers éparpillés un peu partout dans ce fief du textile. Sans le savoir, son business devient le modèle des buying offices qui verront le jour plus tard 9 0
aux États-Unis, prémices des department stores (les boutiques multimarques) qui constituent aujourd’hui l’un des piliers de la mode contemporaine. LA JEUNE RUE « Même si j’étais encore un enfant quand elle a disparu, ma grand-mère a su me transmettre sa passion pour la mode. » Andrea Panconesi la revoit encore assise dans un coin de la boutique, en train de veiller sur les allées et venues du gratin de la bourgeoisie florentine : « J’ai le souvenir de cette femme d’une rare élégance et d’une force presque surhumaine, qui ne sortait jamais sans un chapeau parfaitement assorti à sa tenue. Ses dernières années, elle refusait de quitter ses chapeaux même à la maison. Pour le gamin que j’étais, ma grand-mère dégageait quelque chose de magique. » À sa mort, en 1964, Andrea reprend le flambeau et décide de fermer l’atelier de couture. Seule reste la sélection des pièces fabriquées ailleurs : le prêt-à-porter a bousculé tous les codes, personne ne veut plus de sur-mesure. À 20 ans, le jeune Panconesi a déjà sillonné toutes les capitales de la mode du Japon à Milan, Londres et New York, a les idées très claires sur le futur de l’industrie et un flair inné pour dénicher les nouveaux designers. « La mode ne se fait pas dans les boutiques monomarques, lâche-t-il. La mode est un mélange complexe de toutes les collections produites à une saison donnée : trouver les pièces emblématiques parmi tout le brouhaha est le cœur même de ce business. » Après avoir marqué les esprits en étant le premier Européen à vendre des pièces de Kenzo et avoir invité des artistes contemporains (Peter Doig, Kyle Bradfield…) à habiller ses vitrines, Andrea « Une femme indépendante, capable de remuer ciel et terre pour atteindre ses objectifs » se laissera inspirer par les grands magasins américains comme Macy’s, Bloomingdale’s et Saks Fifth Avenue pour renommer celui qu’il a reçu en héritage : en 1984 naît Luisa Via Roma. Pour Peter Martin, le vice-président d’Adidas interrogé par le magazine Drapers, « depuis ses débuts, Luisa Via Roma a toujours été le plus innovant de ses homologues, puisqu’il a su faire évoluer son business model à la vitesse des changements de l’industrie. » En effet, aux balbutiements du Web en 2000, quand encore personne n’aurait pensé à acheter ne serait-ce qu’un pack d’eau sans se rendre au supermarché, Luisa Via Roma propose déjà aux internautes une sélection pointue et unique de designers du monde entier. Aujourd’hui, Luisa Via Roma compte plus de deux cents employés et quatre millions de visiteurs uniques par mois, ce qui en fait le plus important site marchand de mode haut de gamme en Europe. « 90% de notre business se fait en ligne, confirme Andrea, ce qui nous permet un renouvellement complet de notre offre toutes les semaines. » Depuis 2010, deux fois par an, à l’occasion du salon professionnel du Pitti Uomo à Florence, Luisa Via Roma organise Firenze4Ever, le festival entièrement dédié aux blogueurs de mode, qui a célébré en premier la réussite de Chiara Ferragni. Si on lui demande où se cache l’esprit de Luisa, Andrea n’a pas de doute : « Dans la croyance et l’affirmation de la mode comme langage universel, capable de surmonter les horreurs du monde. » Depuis l’année dernière, le showroom reverse 0,1% de son chiffre d’affaires annuel – 110 millions d’euros – à l’aide aux migrants. Luisa, son petit-fils en est certain, l’aurait voulu ainsi. CHAPEAU BAS Mais hauts montants pour ces chapeaux célèbres vendus aux enchères. ILLUSTRATION : HELENE PARIS/MARIE BASTILLE ; REX ; DR 44 100 DOLLARS LE FEDORA DE PHARRELL Mis aux enchères sur eBay en mars 2014, le chapeau Viviane Westwood (acheté 200 dollars par la star) a été adjugé à une chaîne de restaurants de sandwichs, ravie du coup marketing. La somme a été reversée à son asso qui vient en aide aux jeunes défavorisés. 1 884 000 EUROS LE BICORNE DE NAPOLÉON En novembre 2014, un collectionneur sud-coréen met la main sur l’un des 19 bicornes authentifiés de l’empereur (sur une collection de plus de 120), vendu lors d’une vente aux enchères à Fontainebleau. Le chapeau était estimé à 400000 euros #inflation. 93 000 EUROS LE BIBI CHELOU DE LA PRINCESSE BEATRICE Mi-lunette de toilettes, mi-bretzel, mi-bois de cerf, l’immonde couvre-chef porté par la princesse Beatrice d’York au mariage de William et Kate a été vendu sur eBay et adjugé 93 000 euros à un nobody. Les fonds ont été reversés à une asso pour enfants. 91



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