Stemp Caen n°5 déc 11/jan 2012
Stemp Caen n°5 déc 11/jan 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de déc 11/jan 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Air de Com

  • Format : (184 x 260) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 23 Mo

  • Dans ce numéro : mode... du beau, du chaud et du confort pour l'hiver.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 26 - 27  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
26 27
TEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEM Un champ de tomates aux multiples tuteurs 14* r Par Arnaud Richard• 26 - Déc/Janvier 2012 - STEMP CAEN N°5, f"Au passage, ils me font visiter les petites maisons en bois présentes sur différents petits bras du Danube... Bricolage d'un ećarteur de fortune avec une branche et un morceau de tissu LA SERBIE, UN VOYAGE DANS LE TEMPS J'ai la Serbie gravée en mémoire, pour la chaleur de son peuple mais aussi pour l’impression étrange d’être directement projeté, assis sur ma selle, dans un décor d'antan. La retraite ici n'est pas quelque chose de connu, on voit d'ailleurs des gens très âgés encore à l'effort. Des grandmères dos-cassées, habillées de blouses multicolores qui charcutent la terre généreusement en retour de quoi elles attendent qu'elle les nourrisse, elles et toute leur famille. ES PRATIQUES et des valeurs qui sont depuis longtemps Ddéjà obsolètes chez nous. Ces gens ont encore tout le savoir-faire du jardinier d'autrefois et profitent encore d'une terre riche et fertile pour s'y exercer. Le pays pourrait très bien vivre de cette pratique ancestrale, surtout quand on se penche sur l'état du salaire moyen dans le pays qui ne dépasse pas les 250 euros mensuel. Il peut y avoir des différences de développement entre nos campagnes et nos villes, ici le phénomène semble multiplié par cinquante. Une discussion avec un Serbe m'apprendra que la logique du marché a poussé les gens à s'appauvrir d'euxmêmes, surtout dans les zones urbaines. Ils travaillaient énormément la terre mais il est devenu plus facile de pousser la porte d'un supermarché. Mais, y entrer leur rappelle la petitesse de leurs moyens. Les rayons sont presque autant fournis que les nôtres, mais les caddies ne comptent que quelques produits et les caisses pourraient toutes afficher "moins de 10 articles". "Pourquoi tous ces tentations, pourquoi toutes ces lumières...pourquoi être attirer par tout ce tourbillon de consommation quand la terre a tout pour donner et faire pousser à celui qui remonte les bras et la travaille ? " Ici, les voitures me frôlent et c'est la première fois, depuis mon départ, que j'ai un sentiment d'insécurité. Je bricolerai un écarteur "maison" avec une branche et un morceau de tissu rouge trouvé sur la chaussée. "Banco ! " les véhicules s'écartent sans même klaxonner, il suffisait de leur faire un petit signe. Sur la route, je ne tarde pas à croiser quelques gaillards. Je les prends en photo… Ca les amuse. On ne se comprend pas vraiment même si j'ai quelques rudiments de Slave en poche. Un ancien qui a vécu en Allemagne s'improvise en traducteur providentiel. Je comprends qu'ils veulent m'inviter à déguster une "rakija" de leur cru (un alcool de vie local à base de fruits). Un des forçat me fait sentir que je ne peux pas refuser en me donnant une bonne claque amicale dans le dos et j'ai l'impression qu'il m'a décollé une omoplate. Les Serbes sont charmantssauf qu'ils sont aussi très forts. Je croise plusieurs fois par jours des carrures à la "Golgot 13". C'est un très beau peuple, les hommes et les femmes sont très grands, la plus grande moyenne en Europe avec le Monténégro. Ils ont une silhouette définitivement athlétique et sont des accrocs du sport. Je dois dire que c'est une compagnie agréable sur les pistes cyclables que de croiser des filles toutes très sportives, élancées et qui sont souvent très jolies ! Discrètement bien sûr… Je suis donc invité à goûter dans le jardin chez Rade. Il est très heureux de m'accueillir chez lui et la table est rapidement remplie de toutes sortes de légumes frais mais aussi du pain, du fromage, des bâtonnets de poissonet de l'oignon "jeune". Ils raffolent de ce dernier et en mange à tous les repas. C'est peut-être le secret de leur force ? Je vais m'y mettre tiens. Rade est toujours aussi jovial et je le vois à la vitesse à laquelle il trinque et remplit mon verre. Il est 14 heures, il fait 32 degrés, je suis assis depuis 20 minutes et j'en suis déjà à ma quatrième rasade de rakija, faut que je calme le rythme-là. Je ne fais pas 1 mètre 90 pour 90 kilos moi ! Je quitte cette joyeuse équipe avec un bon plein de protéines et me dirige vers la deuxième ville de Serbie en laissant derrière moi la vie campagnarde. Novi Sad est une assez jolie ville avec une grande cité universitaire. Quelques parcs très soigneusement arborés apportent un beau poumon de
MOIGNAGETEMOIGNAGE ADAM PETROL GOLUBAC verdure à cette ville de béton gris. Je m'accorde une visite du musée national de Serbie où je prends conscience de la richesse de la culture de ce pays. Je repars vers Belgrade et regoûte aux joies de la vie rurale. A vélo, en pleine nature, la plaine profite souvent d'un magnifique éclairage. Des fois je me sens en Normandie. Une Normandie que je n'ai pas connue mais que j'aurais pu découvrir, si j'étais né plus tôt. J'envie quelques instants la vie de nos aïeuls Mais je serai remis dans le droit chemin par l'excitation et la torpeur citadine dès mon arrivée aux abords de la grande et effervescente ville de Belgrade. Elue depuis plusieurs années parmi une des trois villes les plus dynamiques au monde pour sa vie noctambule. Les bords du Danube regorgent de discothèques qui flottent sur l'eau, toutes plus originales les unes que les autres. C'est un vrai spectacleet tout ça sur l'eau s'ilvous-plaît. Belgrade se divise en une partie ancienne qui a conservé ses remparts et jouxte la partie urbaine récente. Vieille ville, bords du Danube, Belgrade De l'autre côté de la rive, les citadins ont accès à de grands parcs et à toutes sortes d'installations sportives. Toute cette émulation a raison de moi et je décide de me diriger vers la périphérie. On m'a indiqué une ferme à 25 kilomètres d'ici et je compte bien aller y travailler quelques jours en échange d'un lit et d'un bon repas. Seulement, mon GPS ne reconnait pas les lieux et la carte n'est pas très exhaustive à cet endroit. Une fine équipe de cyclistes va s'attribuer la tâche de m'emmener là-bas. Même si leur dégaine me fait penser qu'ils sortent tout droit du tournage du film "Les bronzés font du ski" (je rappelle quand même qu'il fait 35 degrés), je leur fais confiance. Au passage, ils me font visiter les petites maisons en bois présentes sur différents petits bras du Danube. C'est un endroit formidable. Ces maisons sont toutes colorées et tiennent en suspens sur l'eau à l'aide d'anciens gros bidons d'essence recyclés...et tout rouillés. Arrivé à destination, j'ai une petite chambre cossue pour moi tout seul, juste au-dessus de l'étable. Ca sent un peu la vache mais ça va. C'est une ambiance magique et un retour en arrière unique sur le temps. Je suis accueilli dans une famille de 5 enfants. Ici, ils font tout eux-mêmes, ils transforment le blé en farine puis en pain et produisent toutes sortes de produits laitiers. Le patriarche va les vendre en ville une fois par semaine, sur un grand marché. J'apprends en une semaine à faire tout ça et c'est très prenant. On a droit à une belle table à chaque repas, avec des produits frais et nourrissants ! "Parce qu'il faut que ça tienne au corps mon gars si tu veux devenir un homme ! " me dira le chef de maison dans un Serbe du cru. Ce matin je dois m'occuper de sortir les vaches de l'étable. Et je vous promets qu'une vache qui veut aller dans le sens inverse de son herbage, c'est impossible à arrêter, en tous cas je n'ai pas la technique. C'est moi qu'elle a fait courir à la place car je n’ai pas voulu lâcher. Les enfants sont très heureux dans cet environnement et ne vont à l'école que deux heures par jour. D'ailleurs, comme dans l'ancien temps, on met bien une heure à pied pour y accéder. Toute la famille habite sous le même toit et la grandmère participe encore activement à la préparation du petit-déjeuner, sous le regard attentionné des premiers enfants levés. Je pousserai plus loin au sud et quitterai, non sans regret, cette vie idéale au rythme du soleil et de la nature. A Smederevo, mes nouveaux hôtes m'expliquent les difficultés de la vie ici. Ils sont jeunes, diplômés mais n'ont pas de travail. Ils espèrent qu'un jour ils pourront vivre du tourisme. J’avance sur la route mais j'ai toujours le sentiment de revenir dans le temps. C'est un spectacle unique. Une vieille dame qui bricole ses tomates derrière des quantité de tuteurs qu'on en dirait un champ de bléUn tracteur et son fier conducteur qui attend qu'on lui _,.- fasse le plein à la station essencetout y est pour déjouer les codes et la réalité d'un mois de Mai de l'année 2011. Je continue à longer le Danube et j'ai droit au décor formidable du Lac d'argent à Dojran Gradiste, puis je continue à suivre cette incroyable route qui me fait longer la chaîne des Carpates. Elle a la forme de dinosaures allongés, qui se seraient endormis au bord de ces eaux calmes. Ce pays m'a énormément plu. J'ai aimé ce voyage dans le temps, la profonde chaleur de ce peuple, toujours dans la simplicité, la nature qui a gardé ses droits et qui est respectée par l'homme, les gens qui ont gardé le fruit des traditions, les légumes qui ont goût de légume, le travail des champs qui reste l'activité principale dans les zones ruralesC'est tout ça la Serbie. C'est l'enchantement d'un dépaysement global. Une exposition photo sur le voyage "de Caen à Téhéran" vous est proposée à l'hôtel de ville de Caen sur la période des vacances de Noël et toujours sur le site www.larouedalphone.fr Une opportunité pour un cadeau original, vous pourrez vous procurer, sur commande, l'agrandissement photo de votre choix signé numériquement par l'auteur. STEMP CAEN N°5 - Déc/Janvier 2012 - 27



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :