Stemp Caen n°16 juin 2013
Stemp Caen n°16 juin 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de juin 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Air de Com

  • Format : (210 x 291) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 11,7 Mo

  • Dans ce numéro : numéro spécial pour ses deux ans d'existence.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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TEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEM BALADE EN INDE DU NORD PARTIE I  : LE LADAKH Par Nicolas Renauld...je vais tenter de revenir à Leh à pied, en traversant les montagnes par des chemins de transhumance de yacks... 38 - Juin/Juillet 2013 - STEMP CAEN N°16 Il y a quelques années, je décidai de partir en Inde sans but précis, juste avec l’idée d’aller à la rencontre de peuples et de cultures, qui étaient alors pour moi, encore totalement inconnus. Mon seul objectif est de me fondre le mieux possible dans la population, de manière à réaliser des clichés vrais, des portraits authentiques et non volés, de photographier des morceaux de vie, et, en résumé, des instants de vérité. Je décide de commencer mon périple par le Ladakh, province haut perchée, isolée du monde 9 mois sur 12, et coincée entre Kashmir, Chine et Népal. Ici, on oublie rapidement qu’on est en Inde. Il s’agit plutôt d’un morceau de Tibet en exil, où l’atmosphère est partout chargée de spiritualité. À une altitude moyenne de 4000 mètres, le climat est rude, aride l’été et glacial l’hiver. La végétation n’a que quelques mois pour exister. C’est pourquoi la vie agricole passe en accéléré. Le Ladakh est le royaume du silence que seuls le vent et le chant des moines bouddhistes viennent troubler. Mon périple débute par Leh, « la capitale ». Cette grosse bourgade de 8 000 habitants, sans système d’eau courante ni électricité, est coupée du monde quasiment toute l’année. Une seule route y mène depuis Manali, et se poursuit jusqu’à Srinagar, au Kashmir. Elle est l’une des routes les plus hautes et dangereuses du monde. Elle est impraticable l’hiver, et bien souvent, les éboulements, causés par les pluies printanières, la rendent également incertaine en cette période. Quand tout va bien, il faut compter 3 jours de bus pour atteindre Leh depuis Manali, qui se trouve à 485 km sur les contres-forts himalayens, et qui est la dernière étape civilisée avant elle. Arrivé à Leh, je reste 3 jours sans effort brusque, le temps à mon corps de s’habituer à l’altitude, et à mon sang de fabriquer les globules rouges nécessaires au transport de l’oxygène raréfié. J’en profite également pour affiner mon emploi du temps de la semaine à venir. Mon but est, en réalité, de mettre au point un trek, une traversée de la région à pieds, en quelque sorte. Le souci est que, dans pareil endroit, le risque est énorme. Certains cols culminent à 5 000 mètres, les cartes sont approximatives et les ravitaillements impossibles. Je me rends dans une petite agence locale de Sherpas, et j’expose mon idée. On m’arrête tout de suite. Personne ne semble « chaud » pour me guider dans pareille aventure. Trop longue à préparer, trop compliquée à organiser, et surtout, on me l’affirme, le « Dundunchen-La » qui culmine à 4820 mètres, est encore, à cette saison, recouvert de neige, et donc, infranchissable… Qu’à cela ne tienne, je partirai seul ! Les risques existent. Je les connais. Mais mon expérience acquise lors de la « Translaponie » (une traversée de la Laponie suédoise, en autonomie et sans moyen motorisé), me permet de mieux les appréhender et d’y faire face avec plus de sérénité. Je connais mieux mon corps et de quoi il est capable. Je suis à son écoute. Je sais également que, dans pareille situation, chaque geste compte, et qu’un faux-pas peut devenir dramatique. Au même titre qu’en Laponie, un réchaud allumé trop prêt de la tente peut coûter la vie, ici, une cheville cassée ou une mauvaise direction empruntée peut être fatale. L’Himalaya n’est pas le massif du Mont-Blanc, il faut redevenir humble face à la nature. Je quitte donc Leh pour Lamayuru, à 5 heures de piste vertigineuse en bus. De là-bas, je vais tenter de revenir à Leh à pied, en traversant les montagnes par des chemins de transhumance de yacks. Mon problème, au moment du départ, est le poids de mon matériel. Entre le sac à dos, la tente et le matériel photo, ce sont près de 30 kg que je dois transporter. C’est déjà trop ! Et je n’ai pas encore prévu de ravitaillement… J’ai 7 kg de matériel photo qu’il
OIGNAGETEMOIGNAGE faudrait remplacer par de la nourriture, mais c’est évidemment impossible ! Pas grave. J’emporte 1 kg de cacahuètes salées et 2 saucissons secs. Deux éléments très caloriques de survie, en comptant avant tout sur les hameaux traversés pour trouver ma nourriture. La première étape de ce trek, qui m’emmène de Lamayuru à Hinju, m’oblige à franchir un premier col de près de 4 000 mètres. Je me rends vite compte que la suite va être très dure. Je m’arrête au bout de 3 heures et songe déjà à arrêter et à rebrousser chemin. Je reprends mes esprits et poursuis tout de même. Et lorsque le soleil se couche, je n’ai toujours pas Hinju en vue. Je suis en pleine montagne, complètement épuisé, obligé de m’arrêter tous les 100 mètres pour souffler. Je décide d’être raisonnable et de planter la tente pour la nuit. La ration de survie est la bienvenue, je l’attaque dès le premier soir. J’ai marché 10 heures d’affilée, sans encore croiser âme qui vive… Le lendemain matin, je me réveille complètement cassé. Je plie le camp et continue dans la même direction. J’atteins Hinju au bout d’une heure. Il est 9 heures du matin, et je n’en peux déjà plus ! Les gens de ce petit hameau sont sidérés de voir un étranger ici. Certains d’entre eux n’avaient jamais vu d’« homme blanc ». Je fais comprendre, par des gestes, à une vieille femme Ladakhi, que j’ai faim. Elle m’invite dans sa modeste demeure et rallume le poêle pour faire chauffer le thé salé. Comme lors des grandes occasions, elle va chercher une petite boîte en fer, l’ouvre et y pioche une cuillère de beurre de yack rance qu’elle met dans ma tasse. Elle me la tend avec le sourire. C’est un honneur pour moi. Je suis accepté comme un ami. Il y a là un portrait du Dalaï Lama. Tout ici respire la gentillesse et la sagesse. Cette famille n’a rien, et pourtant, elle le partage. Cette pièce unique autour du poêle abrite femmes, enfants et grands-parents. Peu d’hommes valides vivent ici, ils sont, pour la plupart, partis à Leh gagner leur vie, et ne remontent au village que quelquefois dans l’année. Je suis si fatigué que je demande la permission de passer la journée ici, avec eux, et d’y passer la nuit prochaine… Retrouvez la suite de ce voyage dans le prochain numéro de STEMP www.nicolas-renauld.fr STEMP CAEN N°16 - Juin/Juillet 2013 - 39



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