Stemp Caen n°14 mars 2013
Stemp Caen n°14 mars 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°14 de mars 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Air de Com

  • Format : (210 x 290) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 13,7 Mo

  • Dans ce numéro : dossier spécial... habitat et déco.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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La région, est une des régions les plus surprenantes de l'Ethiopie. Découverte à la fin du 19e siècle seulement, la basse vallée de l'Omo, compte un grand nombre d'ethnies qui ont conservé pour la plupart leurs modes de vie ancestraux. Ce n’est pas un voyage facile, car cette zone du pays est très reculée. C’est presque une mini expédition qu’il faut monter pour s’y rendre. La route depuis Addis Abeba, la capitale, est longue. C’est environ 900 km de route, pas toujours goudronnée, puis de piste, qu’il faut parcourir jusqu’à la frontière Sud Soudan. Des kilomètres de pistes parfois difficiles, sous la chaleur, assaillies, comme dans le parc Mago, par des nuées de mouches tsé-tsé affamées. Durant les trois premiers jours, je descends la vallée du rift, du nord au sud, en longeant un chapelet de lacs sauvages (Ziway, Langano, Awasa, Abaya et Chamo) où pullulent crocodiles et hippopotames qui batifolent ou se reposent, l'œil aux aguets et oiseaux en tout genre  : pélicans géants, ibis, aigrettes, cormorans, anhingas, hérons, aigles, etc… Plus au sud, près du lac Turkana, la basse vallée de l'Omo est un site préhistorique de renommée mondiale, où ont été découverts de nombreux fossiles, notamment l'Homo gracilis, d'une importance essentielle pour l'étude de l'évolution humaine. C’est non loin d’ici, dans la vallée du Rift, qu’a été découverte Lucy, notre ancêtre à tous, en 1974 par une équipe de paléontologues internationaux, dont le français Yves Coppens. C’est au cinquième jour que je pénètre véritablement dans la vallée de l’Omo où cohabitent, avec une certaine tension, une dizaine d’ethnies réparties sur tout le sud-ouest du pays. Certaines de ces tribus, comme les Dassanech, ne comptent plus que 600 à 700 individus, d’autres, comme les Hamers, sont plus de 40 000. Ces peuples sont pour la plupart des pasteurs semi-nomades, liés aux variations des saisons. Ils cultivent un peu de millet et de sorgho, à la saison des pluies. Ils récoltent le miel des ruches en bois fixées dans les arbres. Ils se nourrissent de lait, parfois de ces animaux sauvages qui abondent dans les forêts. Démunis de l'essentiel, détachés des biens matériels (réflexion idiote et toute relative d'une occidentale), ils semblent très attachés à l'esthétique  : perles et cauris ornent fronts, cous, oreilles..., de lourds colliers de métal s'empilent autour du cou, des bracelets de fer blanc enserrent bras, poignets, chevilles. Les hommes portent des tissus colorés dont ils se drapent le corps ou 11`,10r. ""`• 4°414.•'ey "INK s:.  : Village de la tribu Dassanech s'entourent le bassin à la façon d'un pagne, très court parfois. Les femmes, souvent torse nu, portent des jupes, en peau de chèvre ou de vache, ornées de perles métalliques et de broderies. C’est chez les Hamers que je vais vivre une première expérience étonnante  : le « sauté de taureaux » ou « Ukuli ». Il s’agit d’un rite initiatique, qui marque le passage des garçons à l'âge adulte, et offre la possibilité de contracter un mariage et de posséder un troupeau. Il donne lieu à de très grandes festivités, qui peuvent durer plusieurs jours. Durant cet événement, qui rassemble toute la communauté Hamers à 20 km à la ronde, les femmes apportent de grandes quantités de Bière de Sorgo, se mettent à chanter et à danser tout en invitant les jeunes hommes à les flageller pour, disentelles, encourager le jeune à réussir les épreuves, lui prouver leur attachement et leur affection, mais aussi pour montrer leur capacité à endurer la souffrance. L'homme choisi s'empare d'une fine badine. Un sifflement dans l'air et aussitôt le bruit sec de la tige flexible qui s'abat sur le dos de la femme. Pas un clignement d'yeux, pas une grimace, pas un cri. La peau éclate, le sang perle. Et l'on recommence. A la longue, les traces ne forment plus qu'une plaie sur le dos. Le bruit assourdissant des clochettes qu’elles portent aux jambes et la transe dans laquelle elles semblent entrer atténue la souffrance des coups de fouet. Outre les accessoires et les peintures, les hommes portent des coiffures très élaborées  : coupes diverses, cheveux savamment tressés. Cependant, au milieu de ce défilé haut en couleur et en originalité se distingue un jeune homme, vêtu d'une simple peau, le crâne à demi rasé, le reste des cheveux
GETEMOIGNAGETEMOIGNAGE Doyenne Mursi ébouriffés. C'est lui le héros de la journée. Bientôt il va être initié par les hommes du clan, à l'abri des regards. Le garçon qui participe au rite initiatique a été désigné par le chef de la communauté. Une fois nommé, il porte le nom d'Ukuli. L’adolescent doit sauter par-dessus une dizaine de taureaux, alignés et tenus par des garçons d’honneur qui se sont préalablement maquillés, spécialement pour l’évènement. Des couleurs, principalement du blanc et de l'ocre, ont été passées grossièrement au doigt, ou plus finement pointillées à l'aide d'une baguette. Les visages se transforment en véritable œuvres d’art. Le jeune garçon est entièrement nu car il s’agit pour lui d’une seconde naissance. Il doit alors effectuer quatre allers retours, sans chuter, pour réussir le rite, et acquérir le statut d'adulte. S’il échoue, sa mère et ses sœurs le fouetteront au sang, c’est une honte immense qui d’abattra sur la famille et il deviendra la risée du clan tout au long de sa vie. S’il réussit, il deviendra adulte, pourra fonder un foyer, repartir avec le taureau de tête et constituer un nouveau troupeau. Quelques jours plus tard, j’arrive à Jinka, dernière ville avant d’attaquer les 60 km de piste qui me séparent des premiers villages « Mursi ». Cette tribu, réputée belliqueuse, est sans doute la plus spectaculaire de la région. Les femmes Mursi sont les dernières à porter encore aujourd’hui le « labret », ce fameux plateau labial qu’on ne trouve plus que dans cette région d’Afrique. Le plateau d'argile est inséré dans la lèvre inférieure, parfois aussi dans le lobe de l'oreille. Pour permettre le positionnement du plateau, les deux incisives centrales ont été extraites. Pirogues sur le fleuve Omo Crocodile du lac Chamo Doyen Karo Les hommes Mursi, drapés dans des étoffes colorées, sont les derniers guerriers nus. Ils arborent lances ou bâtons et portent des scarifications. Femme Mursi Hommes et femmes rivalisent dans l'art de la décoration. Tout est bon pour se parer  : végétaux, cornes, défenses d'animaux mais aussi des objets amenés par la "civilisation". Les hommes, pour montrer leur puissance et leur supériorité, sont quasiment tous armés, même très jeunes. Ils traversent le fleuve pour se rendre au Soudan, échanger du bétail contre des kalachnikov. Ici, pour qu’un jeune passe à l’âge adulte, il n’est pas rare qu’il doive encore tuer un ennemi. Dans cette région, les tribus ne se mélangent pas, ou alors exceptionnellement, au marché de Jinka pour commercer. Sinon, par crainte de vol de bétail, toute intrusion en terres étrangères se termine bien souvent dans la violence et le sang. Grue sur le lac Chamo Pour rencontrer les Dassanech, certainement l’ethnie la plus démunie car établie sur une terre peu fertile, il faut rouler jusqu’à Omoraté. En venant de Turmi, la piste traverse une large plaine arborée  : acacias, moringa à fleurs roses, buissons épineux, d'où émergent de gigantesques termitières, de vraies cathédrales d'ocre, dressées vers le ciel. Enfin, il faut traverser le fleuve. Malheureusement, le pont construit il y a cinq ans s’est écroulé avant même son inauguration. La pirogue est donc le seul moyen d’accéder au territoire Dassanech. On découvre alors des villages modestes dont les huttes sont faites de tôles ondulées et de toutes sortes de matériaux de récupération. Même les parures corporelles sont constituées d’éléments de récupération. Des accessoires issus de notre société de consommation viennent se mêler à ces bijoux ancestraux, comme des morceaux de bracelets de montres qui retombent sur le front, des épingles de nourrisses, des anneaux de rideaux de douche, des capsules de bière, des morceaux de fermetures éclair, etc… Ici, la vie est plus rude car étrangement, de ce côté du fleuve, la terre est plus aride et le climat plus sec. Les récoltes y sont peu abondantes et les bêtes maigres. Les Dassanech ne sont plus qu’environ 700 individus et risquent de disparaître d’ici quelques années. La dureté de la vie et la route goudronnée, qui approche un peu plus chaque année, incitent les jeunes à abandonner le mode de vie ancestral. Puis je continue mon périple vers le nord est à la rencontre des « Arborés », peuple de pasteurs semi nomade, pacifiques, au nombre de 6 000. Les femmes Arborés sont les seules à demeurer chauves, le crâne intégralement rasé jusqu’au mariage. Comme depuis le début du voyage, je me rends compte que les repas des tribus sont frugaux et peu variés. Ils consistent généralement en une galette de teff ou de sorgho avec quelques légumes basiques, plus rarement de la viande de chèvre bouillie. Les protéines, ils les trouvent principalement dans le lait et le sang. Chaque matin, une vache est saignée à la carotide pour un prélèvement de quelques litres de sang avant d’être relâchée. Mélangé au lait, ce sang apportera vitamines, force et vigueur pour la journée aux hommes du clan. Mon périple prend fin ici. Il est évident que ceux qui veulent rencontrer ces peuples premiers ne doivent pas traîner. En effet, il y a 4 ans seulement, la route prenait fin à Arba Minch, à 400 km de là. Accéder à la vallée de l’Omo était bien sûr possible mais beaucoup plus compliqué. Aujourd’hui, on peut emprunter cette route jusqu’au fleuve. Les Chinois, qui ont le marché du réseau routier en Ethiopie, goudronnent sans cesse pour désenclaver la vallée où des centaines d’hectares de canne à sucre ont été plantés le long du fleuve. Tout cela a pour conséquence d’apporter la « civilisation » et ses méfaits à des autochtones qui, jusqu’à présent, vivaient une vie, certes difficile, mais équilibrée, en accord avec la nature et sans économie de marché destructrice… Longtemps isolées du reste du monde, quasiment inconnues encore à notre époque, ces tribus ont gardé leurs coutumes, leurs modes de vie ancestraux. Pour combien de temps encore ? www.nicolas-renauld.fr STEMP CAEN N°14 - Mars/avril 2013 - 51



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